Aave Labs a obtenu 2 licences de cryptoactifs auprès de la Financial Conduct Authority (FCA) britannique via ses filiales locales Push Protocol Ltd. L’objectif affiché : permettre aux utilisateurs d’acheter et de retirer des cryptos directement depuis leur compte bancaire, sans frais et sans quitter l’interface Aave.
En bref
Deux enregistrements FCA obtenus par les filiales britanniques Push d’Aave Labs. L’infrastructure vise un on-ramp fiat sans frais vers le protocole DeFi. C’est une première pour un protocole de finance décentralisée majeur qui obtient directement une régulation britannique de ce type.
Quelles licences la FCA a-t-elle accordées ?
La FCA a enregistré 2 entités filiales d’Aave Labs sous le statut de prestataires d’échange de cryptoactifs au Royaume-Uni. Ces enregistrements, obtenus via la structure locale baptisée Push, permettent d’opérer légalement en tant qu’intermédiaire de paiements crypto sur le territoire britannique. Le Royaume-Uni exige depuis 2020 que tout prestataire de services crypto s’enregistre auprès de la FCA, sous peine d’interdiction d’exercer. À ce jour, moins de 50 entités figurent sur le registre officiel des cryptoactifs de la FCA, ce qui rend cette double inscription particulièrement notable pour un protocole DeFi.
Le statut obtenu n’est pas équivalent à un agrément complet de type EMI (établissement de monnaie électronique) mais constitue une étape réglementaire solide, ouvrant la voie à des partenariats bancaires formels au Royaume-Uni - un pays qui a récemment renforcé son ambition de devenir un hub crypto européen via son partenariat avec Coinbase pour un centre Web3.
Pourquoi Aave cherche-t-elle à intégrer le fiat ?
Le protocole DeFi veut supprimer la friction entre les comptes bancaires traditionnels et son écosystème. Selon les informations disponibles, le dispositif permettrait à un utilisateur britannique de déposer des livres sterling directement depuis sa banque vers Aave, sans passer par un exchange tiers ni payer de frais de conversion. Le retrait fonctionnerait de manière symétrique.
C’est un virage stratégique pour Aave, qui a jusqu’ici fonctionné exclusivement via des wallets crypto. Le protocole gère aujourd’hui plusieurs milliards de dollars de liquidités en TVL sur ses pools - un actif sous-exploité si les utilisateurs doivent passer par 3 à 4 intermédiaires avant d’y accéder. La démarche s’inscrit dans une tendance plus large de développement d’une infrastructure bancaire pour agents IA et de rapprochement entre DeFi et systèmes financiers régulés.
La stratégie tranche avec la trajectoire habituelle des protocoles DeFi, qui délèguent généralement les fonctions de rampe fiat à des partenaires spécialisés (MoonPay, Transak, etc.). Ici, Aave Labs internalise cette couche via une filiale dédiée, ce qui lui confère davantage de contrôle sur l’expérience utilisateur et les marges.
« Les filiales britanniques d’Aave Labs obtiennent l’autorisation de la Financial Conduct Authority pour opérer comme prestataires d’échange de cryptoactifs. »
- Financial Conduct Authority (via The Block, traduit de l’anglais)
Quel impact sur la réglementation DeFi en Europe ?
Cette démarche intervient alors que le cadre MiCA est pleinement en vigueur pour les prestataires de services sur cryptoactifs (CASP) depuis le 30 décembre 2024 dans l’Union européenne. Le Royaume-Uni, hors UE post-Brexit, suit son propre calendrier réglementaire crypto, avec la FCA comme autorité compétente. Les deux enregistrements obtenus par Aave Labs ne sont donc pas directement transposables à l’UE, mais ils envoient un signal clair : un protocole DeFi peut obtenir une reconnaissance réglementaire sans renoncer à sa nature décentralisée.
Ce précédent pourrait peser dans les débats à venir sur la qualification réglementaire des protocoles DeFi, tant au Royaume-Uni qu’en Europe. Taurus, qui a récemment obtenu une licence MiFID II à Chypre pour les titres tokenisés, illustre une tendance similaire : les acteurs de l’infrastructure crypto cherchent à s’ancrer dans les cadres existants plutôt qu’à en attendre de nouveaux.
Pour les utilisateurs britanniques d’Aave, l’impact pratique sera conditionné au déploiement effectif du service, dont la date de lancement n’est pas encore communiquée. Le détail des banques partenaires reste à confirmer.
Notre lecture La démarche d’Aave Labs est une rupture méthodologique dans la DeFi. Obtenir soi-même une licence réglementaire, via une filiale locale, plutôt que de s’appuyer sur un intermédiaire agréé, c’est réduire la dépendance aux tiers et potentiellement abaisser les frais de 1 à 3 % habituellement facturés par les on-ramp providers. Si le modèle fonctionne au Royaume-Uni, d’autres protocoles pourraient répliquer la structure en zone UE sous MiCA.
À retenir
Aave Labs franchit un cap réglementaire inédit pour un protocole DeFi de premier plan, avec 2 enregistrements FCA au Royaume-Uni. À surveiller : la date de déploiement effectif du service fiat, l’identité des banques partenaires et l’éventuelle réplication du modèle en zone euro sous cadre MiCA.
Sources
-
HACKS & SÉCURITÉPamStealer vole mots de passe, keychains et wallets crypto
-
HACKS & SÉCURITÉStep Finance : un hack de 21,4 M$ blanchis via Tornado Cash