Les sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren ont adressé dimanche une lettre au département du Travail américain pour exiger l’abandon d’une règle proposée qui ouvrirait les plans retraite 401(k) aux cryptomonnaies et autres actifs alternatifs. La règle découle d’un décret exécutif de Donald Trump et menacerait, selon les deux élus, les économies de dizaines de millions d’Américains.

Quelle règle cherche-t-on à bloquer ?

La proposition émane d’un décret Trump signé en mars 2026, qui charge le département du Travail d’ouvrir les plans 401(k) aux actifs alternatifs : capital-investissement, immobilier et actifs numériques. La règle prévoit une « sphère de sécurité » (safe harbor) pour les gestionnaires de fonds qui proposeraient ces options à leurs clients, les déchargeant d’une partie de leur responsabilité fiduciaire.

C’est précisément ce point que contestent Warren, Sanders et le représentant Robert Scott, président sortant de la commission de l’éducation à la Chambre. Pour eux, ce safe harbor revient à retirer des protections que les épargnants en retraite ont obtenues de haute lutte. La règle s’appliquerait à environ 70 millions d’Américains qui détiennent un plan 401(k), soit la principale enveloppe d’épargne-retraite aux États-Unis.

Pourquoi Warren et Sanders s’opposent-ils à la crypto dans les retraites ?

Les deux sénateurs avancent 3 griefs principaux dans leur lettre.

  • La volatilité des actifs numériques : le bitcoin a perdu plus de 60 % de sa valeur en 2022 avant de rebondir. Des retraités proches de la sortie ne peuvent se permettre ce type de choc.
  • Des frais plus élevés : les fonds incluant des actifs alternatifs facturent généralement des commissions supérieures à celles des fonds indiciels classiques, grignotant le rendement net.
  • Un affaiblissement des protections fiduciaires : la loi ERISA impose aux gestionnaires d’agir dans le seul intérêt des bénéficiaires. Le safe harbor proposé diluerait cette obligation.

Cette position s’inscrit dans une dynamique plus large. Warren avait déjà ferraillé contre l’OCC sur ses orientations pro-crypto, accusant le régulateur d’illégalité dans ses instructions aux banques. Sanders, lui, a régulièrement dénoncé ce qu’il décrit comme la mainmise de l’industrie financière sur les régulateurs fédéraux.

La démarche intervient alors que plusieurs grandes banques mondiales accélèrent leur exposition aux actifs numériques, signe que la pression institutionnelle en faveur d’une intégration de la crypto dans les portefeuilles traditionnels s’intensifie.

Quelles chances de succès pour cette démarche ?

Le rapport de force est défavorable aux sénateurs démocrates. Le département du Travail est dirigé par un secrétaire nommé par Trump, peu susceptible de retirer une règle alignée sur les priorités de l’administration. La lettre est donc avant tout un acte politique : elle formalise une opposition, crée un tracé dans les archives réglementaires et prépare d’éventuels recours juridiques si la règle entre en vigueur.

Le précédent de 2022 est éclairant. Le département du Travail avait alors publié une mise en garde invitant les gestionnaires de 401(k) à la « prudence extrême » avant d’inclure la crypto, sans pour autant l’interdire formellement. Cette ambiguïté avait suffi à freiner la plupart des grands acteurs. La nouvelle règle représente donc un renversement de doctrine, et non une simple évolution.

Sur le plan législatif, d’autres initiatives parallèles méritent d’être suivies. Les États-Unis ont multiplié les signaux pro-crypto en 2026, du Wyoming qui autorise désormais le bitcoin dans les contrats d’assurance à la réflexion sur un éventuel crypto-dollar fédéral. Dans ce contexte, l’opposition de Warren et Sanders apparaît comme une minorité de blocage plutôt qu’un veto.

Pour les gestionnaires de fonds, l’enjeu est concret. Le FBI a procédé à 276 arrestations liées à des escroqueries crypto en 2026, un chiffre que les opposants à la règle pourraient mobiliser pour illustrer les risques d’une exposition élargie des retraités.

Lecture CryptoActu La règle Trump crée un précédent : pour la première fois, des actifs numériques pourraient être intégrés structurellement dans l’enveloppe d’épargne la plus courante aux États-Unis. Warren et Sanders ne peuvent pas la bloquer seuls, mais leur lettre contraint les gestionnaires de fonds à documenter leur décision d’y adhérer ou non, renforçant indirectement la responsabilité fiduciaire qu’ils cherchent justement à affaiblir.

À retenir

Sanders et Warren tentent de stopper une règle qui ouvrirait les 401(k) à la crypto pour environ 70 millions d’épargnants américains. Sans majorité au Sénat, leur recours passe par la pression publique et le droit. La décision finale appartient au département du Travail, qui devrait trancher avant la fin 2026.

Sources

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