L’émergence d’Internet a définitivement changé notre relation au monde dans de nombreux domaines de la vie courante. Une dynamique portée par des entreprises dont certaines sont devenues en quelques décennies les nouveaux géants de ce que l’on nomme aujourd’hui les GAFAM, devenus GAMAM si l’on prend en compte le changement de nom de Facebook pour Meta. Tout cela avec comme principal fond de commerce une apparente gratuité résumée par un principe simple et dévastateur : « si c’est gratuit, c’est que tu es le produit. »
Et afin d’asseoir ce modèle économique, la collecte des données privées tous azimuts est devenue le nouveau sport numérique à la mode. Une dynamique expliquée par certains comme le seul moyen d’optimiser toujours plus une expérience utilisateur devenue le cheval de Troie d’un véritable viol organisé de la confidentialité. En effet, qui n’a pas retrouvé des publicités sur ses réseaux suite à une discussion anodine (trop) proche de son smartphone pourtant éteint ? Un problème présenté comme « le plus important d’Internet » auquel pourrait répondre le principe de preuves à divulgation nulle (ZK Proof).
Zero Knowledge (ZK), Résoudre « le plus gros problème d’Internet »
Difficile d’imaginer une utilisation d’Internet sans avoir à estimer, à chaque nouveau site, sa volonté de laisser piller tout ou partie de sa vie privée. C’est pourtant la règle qui régit le Web2.
Un environnement sous très haute surveillance, où chacun de nos clics permet à des entreprises de connaître et d’analyser nos moindres faits et gestes. Le tout associé à des données personnelles dont la conservation ou l’échange posent de nombreux problèmes de vulnérabilités récurrentes.
Car les règles de ce jeu ont été faussées au moment même où le plateau du Web2 a été posé sur la table. Et vouloir y répondre en protégeant des données qui circulent déjà comme une monnaie d’échange jusque dans le darkweb a tout d’un combat perdu d’avance.
Un constat effectué en juillet 2023 par Brennen Schlueter, alors chef du marketing pour la plateforme Aleo axée sur la sécurité des utilisateurs, au cours de la conférence communautaire Ethereum (EthCC) à Paris. Et selon lui, les preuves à divulgation nulle (ZK Proof) pourraient permettre de résoudre cette faille de confidentialité qu’il présente comme « le plus gros problème d’Internet. »
Zero Knowledge, Révolutionner le Web3 et au-delà…
Mais Brennen Schlueter ne s’arrête pas en si bon chemin. Car bien évidemment la technologie zero knowledge (ZK) et sa protection de la confidentialité si chère à Vitalik Buterin pose des bases révolutionnaires pour le Web3 dont elle est native. Mais selon le chef du marketing pour la plateforme Aleo, ce principe innovant pourrait également permettre de remodeler l’ensemble d’Internet, Web2 compris.
Car finalement ces preuves à divulgation nulle peuvent être implémentées dans n’importe quel système, dans la mesure où elles permettent de gérer la source et non pas l’écoulement. En effet, le but du zero knowledge est de permettre de prouver la validité d’une information sans révéler l’information elle-même. C’est-à-dire par exemple, de pouvoir prouver que l’on a 18 ans sans avoir à donner son age ou sa date de naissance.
« Avec des preuves à divulgation nulle, nous pouvons réellement commencer à voir comment les données peuvent être sécurisées dès le départ en révélant les informations qui doivent être connues. Je pense que cela change la route que nous suivons avec Internet au sens large. »
Brennen Schlueter
Une logique de confidentialité et de résistance à la censure qui pourrait donc s’imposer comme une option possible dans la version actuelle d’Internet. Et cela même si Brennen Schlueter estime qu’elle « n’a pas été conçue pour donner la priorité à la confidentialité de ses utilisateurs. » Ce que semble confirmer Tiancheng Xie, directeur de la technologie pour la plateforme d’interopérabilité Polyhedra. Car selon ce dernier, cette solution zero knowledge est déjà utilisée par de nombreuses institutions financières dans le but de renforcer leur confidentialité…
Trois ans plus tard, la technologie a quitté le laboratoire : Aleo a lancé son mainnet en septembre 2024 et la mise à jour Dencun d’Ethereum (EIP-4844, mars 2024) a effondré le coût des zk-rollups comme zkSync Era, Linea, Scroll ou Starknet, qui restent minoritaires face aux rollups optimistes. Polygon a même arrêté son zkEVM le 1er juillet 2026.
C’est finalement du côté de l’identité que la promesse avance le plus vite. World ID s’appuie sur ces preuves pour authentifier quelqu’un sans le pister d’une application à l’autre, et ZKPassport dérive une preuve d’âge ou de nationalité de la puce d’un passeport. Le règlement européen eIDAS 2.0 les cite parmi les techniques de minimisation des données du portefeuille d’identité numérique que chaque État membre doit proposer d’ici fin 2026, sans les rendre obligatoires.
-
GUIDESQu'est-ce qu'Anthropic ?