La justice espagnole a placé l’ancien premier ministre José Luis Rodríguez Zapatero sous le statut d’« investigado » (mis en cause) dans l’affaire Plus Ultra, et le juge a autorisé le traçage et la saisie de bitcoins, litecoins et autres actifs numériques potentiellement dissimulés dans les portefeuilles des personnes enquêtées. Le dossier porte sur 53 millions d’euros de fonds publics accordés en 2021 à une compagnie aérienne, au cœur d’un scandale présumé de trafic d’influence. Convoqué à témoigner le 2 juin 2026, Zapatero conteste tout agissement irrégulier ; il bénéficie de la présomption d’innocence.
Ce que l’on sait du volet crypto
L’enquête Plus Ultra a pris une dimension crypto inédite : dans une résolution de mai 2026, le juge Calama a autorisé la police à tracer et saisir les actifs numériques potentiellement dissimulés dans les portefeuilles des personnes mises en cause, Zapatero compris. Les cryptomonnaies récupérées seraient transférées vers des wallets contrôlés par les forces de l’ordre ; le criptobúnker de Prosegur, à Madrid, pourrait en assurer la garde technique en stockage à froid. Les délits visés sont le trafic d’influence, le blanchiment de capitaux, la falsification de documents et l’appartenance à une organisation criminelle.
Pourquoi le juge vise-t-il des cryptomonnaies ?
La décision judiciaire s’explique par une pratique de plus en plus documentée : l’utilisation de wallets crypto pour dissimuler des avoirs hors du circuit bancaire traditionnel. Le juge a expressément mentionné le Bitcoin et le Litecoin parmi les actifs susceptibles d’être saisis, ce qui témoigne d’une montée en compétence des magistrats espagnols sur ces instruments. La garde technique serait confiée à la branche de conservation d’actifs de Prosegur, groupe de sécurité privé qui opère déjà dans ce segment en Europe.
Ce n’est pas la première fois qu’une enquête financière européenne de haut niveau bute sur des actifs crypto. Les affaires impliquant des personnes politiquement exposées (PPE) révèlent régulièrement l’usage de wallets auto-hébergés pour contourner les procédures classiques de gel d’avoirs. Les législateurs européens ont intégré ce risque dans MiCA : depuis le 30 décembre 2024, les prestataires de services crypto (CASP) sont soumis à des obligations renforcées de surveillance des PPE, ainsi qu’à des règles de traçabilité (Travel Rule) sur les transferts de crypto-actifs.
Qu’est-ce que l’affaire Plus Ultra exactement ?
L’affaire remonte à 2021, quand le gouvernement espagnol a accordé 53 millions d’euros de prêts publics à Plus Ultra Líneas Aéreas, une compagnie aérienne modeste aux liens opaques avec des intérêts vénézuéliens. Les enquêteurs ont rapidement ciblé de possibles interventions d’intermédiaires influents pour obtenir ces fonds, Zapatero étant identifié comme une figure centrale du réseau de pression allégué. L’ex-chef du gouvernement (2004-2011) a toujours nié tout rôle irrégulier.
L’instruction a depuis élargi son périmètre : le volet crypto suggère que des actifs auraient été convertis et dissimulés après l’ouverture de l’enquête, une stratégie déjà observée dans d’autres dossiers de fraude financière liés à la crypto en Europe. Sur ce point, les fraudes impliquant des cartes de débit et des portefeuilles numériques ont représenté plus de 2 milliards de dollars à l’échelle mondiale, illustrant l’ampleur du phénomène.
Quel rôle pour la réglementation anti-blanchiment ?
L’affaire rappelle que le cadre anti-blanchiment européen peine encore à saisir en temps réel les flux crypto liés à des personnalités politiques. La directive AMLD5, qui avait tenté d’intégrer les exchanges dans le périmètre de surveillance, n’avait pas anticipé l’usage de wallets décentralisés hors CASP. Le mécanisme DAC8, entré en vigueur au 1er janvier 2026, impose désormais aux prestataires européens de déclarer automatiquement les avoirs crypto de leurs clients aux administrations fiscales nationales, mais il ne couvre pas les wallets auto-hébergés.
Lecture CryptoActu L’affaire Zapatero marque une étape : c’est l’une des premières fois que la justice d’un pays fondateur de l’UE cible des actifs en BTC dans une enquête visant un ex-chef de gouvernement. Cela accélérera probablement les discussions au Parlement européen sur l’encadrement des wallets auto-hébergés pour les PPE, un angle mort persistant de MiCA.
Et pour la France ?
La Direction générale des finances publiques (DGFiP) et l’AMF surveillent de près les procédures judiciaires européennes ciblant des actifs crypto non déclarés. En France, un résident fiscal détenant des cryptomonnaies à l’étranger doit les déclarer via le formulaire 3916-bis. Tout manquement expose à une amende forfaitaire par compte non déclaré, pouvant atteindre 1 500 €, voire 10 000 € pour les comptes situés dans des États non coopératifs. La mise en œuvre de DAC8 depuis janvier 2026 rend ce type de dissimulation progressivement plus difficile pour les comptes détenus chez des CASP européens, même si les wallets auto-hébergés restent une zone grise réglementaire. Les PSAN français enregistrés, comme Coinhouse ou Paymium, appliquent déjà des procédures KYC renforcées sur les transferts entrants suspects.
À retenir
L’autorisation de saisie de bitcoins et litecoins dans l’affaire Zapatero consacre l’entrée des cryptomonnaies dans le droit pénal espagnol à haut niveau. Les prochaines audiences permettront de savoir si des portefeuilles identifiés seront effectivement gelés. À surveiller : la réponse du parquet et l’identité précise des wallets ciblés.
Sources
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HACKS & SÉCURITÉPamStealer vole mots de passe, keychains et wallets crypto
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HACKS & SÉCURITÉStep Finance : un hack de 21,4 M$ blanchis via Tornado Cash