La fraude est depuis l’origine l’un des principaux freins à l’adoption massive des cryptomonnaies. En octobre 2022, Mastercard répondait à cet obstacle avec le lancement de Crypto Secure, un outil d’évaluation des risques adossé à l’acquisition de CipherTrace. En 2026, la stratégie s’est élargie bien au-delà de la détection de fraude : le groupe a acquis BVNK pour 1,8 Md$ et lancé un règlement en stablecoin sur sept réseaux blockchain. Retour sur une trajectoire cohérente.

Crypto Secure (2022) : le premier jalon

Crypto Secure a été officiellement lancé le 4 octobre 2022. Sa fonction : identifier les plateformes d’échange de cryptomonnaies présentant des risques de fraude au sein du réseau Mastercard, qui comptait alors plus de 2 400 exchanges enregistrés.

L’outil repose sur CipherTrace, start-up californienne de sécurité blockchain rachetée par Mastercard en 2021, concurrente directe de Chainalysis. Le mécanisme combine données on-chain, analyse des transactions et sources propriétaires pour attribuer un score de risque codé par couleur : du vert (risque faible) au rouge (risque très élevé), affiché dans un tableau de bord destiné aux banques et émetteurs partenaires.

« L’idée est d’être en mesure de fournir aux consommateurs, aux banques et aux commerçants le même type de confiance que nous offrons déjà dans le cadre des transactions du e-commerce, mais pour les transactions liées aux cryptomonnaies. »

Ajay Bhalla, Mastercard

Point important : Crypto Secure est un outil d’information, pas de blocage. La décision d’accepter ou de refuser une transaction sur une plateforme jugée risquée appartient aux partenaires financiers de Mastercard. Cela a permis au groupe de déployer rapidement le service sans s’exposer à des responsabilités juridiques directes liées aux actifs crypto.

Cette logique est identique à celle des outils de détection de fraude e-commerce de Mastercard, ce qui facilite son intégration dans les systèmes existants des banques.

KYC, conformité et régulation : la pression monte

La fraude crypto ne se limite pas aux rug pulls ou au phishing. Une part substantielle des actifs illicites transite par des exchanges peu regardants sur le KYC. En outillant ses partenaires bancaires pour noter ces plateformes, Mastercard leur permet de rester en conformité avec la réglementation anti-blanchiment sans bloquer l’ensemble du secteur.

C’est un positionnement stratégique : plutôt que de rejeter les cryptomonnaies, le groupe a choisi de devenir l’infrastructure de confiance qui rend leur usage compatible avec les exigences des régulateurs : SEC, CFTC, mais aussi ESMA et PSAN en Europe.

Crypto Credential (2024) : l’identité on-chain

En 2024, Mastercard a lancé Crypto Credential, un système de vérification d’identité pour les transactions blockchain. L’outil permet aux utilisateurs d’utiliser un alias lisible (type « nom.crypto ») à la place d’une adresse hexadécimale, tout en garantissant que le destinataire a bien passé les contrôles KYC requis.

Objectif : réduire les erreurs de transfert. Envoyer des fonds vers une mauvaise adresse est irréversible en crypto. Le système garantit aussi que les transactions respectent les règles de conformité des deux côtés. Le service cible d’abord les échanges entre exchanges partenaires, avec une extension progressive aux paiements commerciaux.

Le Crypto Partner Program (mars 2026) : 85 acteurs autour de la table

Le 13 mars 2026, Mastercard a annoncé son Crypto Partner Program, fédérant plus de 85 entreprises du secteur : Anchorage Digital, BitGo, Circle, Fireblocks, Paxos, Ripple, Chainalysis, PayPal, Worldpay, Solana, et Binance, parmi d’autres. L’objectif est de concevoir des solutions de paiement on-chain scalables et conformes aux régulations locales.

Le programme s’appuie sur les infrastructures existantes de Mastercard, notamment sa plateforme Start Path pour les startups blockchain et son Engage pour les cartes crypto. Il positionne le groupe comme le connecteur entre les rails de paiement traditionnels et les systèmes blockchain émergents.

Ce n’est plus une exploration périphérique : c’est une ambition d’infrastructure centrale pour les paiements en actifs numériques.

Acquisition de BVNK pour 1,8 Md$ : le pari stablecoin

Le mouvement le plus significatif intervient en mars 2026 : Mastercard annonce l’acquisition de BVNK, start-up londonienne spécialisée dans l’infrastructure de stablecoin, pour 1,8 Md$ (dont 300 M$ conditionnés à des objectifs de performance). La transaction est soumise à approbation réglementaire et devrait se clôturer fin 2026.

BVNK permet à ses clients d’émettre, de convertir et de régler des paiements en stablecoin sur plusieurs blockchains. Mastercard prévoit d’intégrer cette technologie dans Mastercard Move, son réseau de paiements internationaux, pour proposer un règlement 24h/24, 7j/7 en stablecoin, en remplacement des virements interbancaires multi-jours.

Le calcul est clair : les stablecoins traitent déjà des volumes de transactions comparables aux grands réseaux de cartes. BVNK offre à Mastercard la capacité de capturer une part de ces flux plutôt que d’en rester spectateur.

Settlement on-chain sur 8 blockchains (juin 2026)

Le 3 juin 2026, Mastercard a annoncé l’extension de son infrastructure de règlement on-chain à huit réseaux : Ethereum, Solana, Polygon, Base, Arbitrum, Canton, Tempo et XRP Ledger. Six stablecoins réglementés sont supportés : USDC, RLUSD, PYUSD, USDG, USDP et SoFiUSD.

Cinq organisations pionnières (ARQ, CBW Bank, Cross River, Lead Bank, Nuvei) ont confirmé leur participation au déploiement initial aux États-Unis et en Amérique latine. Le mécanisme permet un règlement des transactions par carte en dehors des horaires bancaires traditionnels, y compris les week-ends et jours fériés. C’est un avantage opérationnel concret pour les commerçants internationaux.

Chronologie stratégie blockchain Mastercard 2021-2026 Mastercard blockchain : jalons 2021-2026 2021 Acquisition CipherTrace oct. 2022 Lancement Crypto Secure 2024 Crypto Credential – identité on-chain mars 2026 Acquisition BVNK (1,8 Md$) + Partner Program juin 2026 Settlement stablecoin sur 8 blockchains Sources : CNBC, PYMNTS, CoinTrust, The Paypers – juin 2026

Pourquoi la fraude reste centrale dans cette stratégie

Au-delà de la croissance des paiements blockchain, Mastercard maintient une logique de réduction des risques à chaque étape. Les smart contracts peuvent contenir des failles : les hacks du secteur ont coûté plusieurs milliards de dollars par an en 2022-2024. L’approche de Mastercard consiste à circonscrire les risques côté gateway : si la plateforme d’exchange ou le commerçant est vérifié via Crypto Secure, le risque de fraude pour la banque émettrice est réduit, même si le réseau sous-jacent reste permissionless.

Cette logique vaut aussi pour les stablecoins : en sélectionnant uniquement des stablecoins réglementés (Circle, Ripple, PayPal, Paxos…), Mastercard s’assure que les émetteurs sont soumis à des audits et à des réserves vérifiées, réduisant le risque de décrochage du stablecoin lors d’un stress de marché.

L’écosystème crypto et la sécurité des utilisateurs

Pour les utilisateurs finaux, le niveau de protection dépend du type de détention. Les fonds conservés sur un wallet non-custodial (hot wallet ou cold wallet) restent hors de portée de Mastercard et des banques, mais aussi hors de portée des fraudeurs si la seed phrase est protégée. Les fonds sur une plateforme centralisée bénéficient de plus de recours légaux, mais exposent à la défaillance de l’intermédiaire.

Les attaques de type phishing et rug pull continuent de cibler les utilisateurs débutants. Les outils de Mastercard opèrent en amont, au niveau des exchanges, et ne protègent pas contre les erreurs individuelles. La sensibilisation reste irremplaçable.

Pour suivre l’exposition au risque marché en temps réel, la heatmap crypto permet d’identifier les secteurs sous pression, et le convertisseur crypto d’évaluer ses positions en euros.

Pour accéder au marché crypto via des acteurs régulés en France, Coinhouse et Bourse Direct proposent des services conformes à la réglementation PSAN, et XTB offre également une exposition aux cryptomonnaies en CFD avec encadrement européen.

Ce que cette trajectoire dit du secteur

En quatre ans, Mastercard est passé d’un outil de scoring des exchanges à une infrastructure active de paiement en stablecoin sur sept blockchains. Cette évolution reflète un changement plus large : les acteurs financiers traditionnels ne cherchent plus seulement à surveiller les crypto, mais à en devenir l’infrastructure de distribution. La fraude reste un enjeu, mais elle est désormais traitée comme un paramètre de risque gérable, pas comme une raison d’exclure la classe d’actifs.

Disclaimer : cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en placement financier. Toute décision d’investissement nécessite des recherches personnelles et le croisement de plusieurs sources. DYOR.

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