Donald Trump a signé mardi un executive order enjoignant la Réserve fédérale et les autres régulateurs américains à démanteler les barrières qui excluent les entreprises crypto et fintech du système de paiement américain. La Fed dispose de 120 jours pour déterminer si ces acteurs peuvent accéder directement à ses infrastructures, selon Bitcoin Magazine.

Que contient concrètement cet executive order ?

L’ordre présidentiel cible un problème structurel : depuis plusieurs années, les banques centrales et régulateurs américains refusaient systématiquement aux entreprises crypto l’accès aux comptes maîtres de la Fed (Fed master accounts) et aux rails de paiement interbancaire. Ces accès conditionnent la capacité à traiter des transactions en dollars en temps réel, sans passer par un intermédiaire bancaire traditionnel.

L’executive order impose deux obligations concrètes. Les régulateurs : Fed en tête, mais aussi l’OCC et la FDIC : doivent identifier et réviser les règles qui freinent l’intégration de la crypto et de la fintech dans le système bancaire. La Fed doit ensuite remettre une évaluation formelle sous 120 jours sur la faisabilité d’un accès direct. Le délai court à partir de la signature du texte, soit une échéance autour de septembre 2026.

Ce n’est pas un blanc-seing : l’order demande une revue, pas une ouverture automatique. La décision finale restera aux mains de la banque centrale, dont l’indépendance institutionnelle est préservée. Mais le signal politique est fort, et inédit sous cette forme.

Pourquoi cette décision change-t-elle la donne pour le secteur ?

L’accès aux infrastructures de paiement de la Fed est le verrou central du système financier américain. Sans lui, une entreprise crypto doit passer par une banque partenaire, qui peut couper l’accès unilatéralement : comme l’ont montré les fermetures en cascade de comptes bancaires crypto entre 2022 et 2023, dites « Operation Chokepoint 2.0 » par les acteurs du secteur.

Un accès direct permettrait aux plateformes d’exchange, aux émetteurs de stablecoins et aux prestataires de paiement crypto de régler des transactions en dollars en quelques secondes, au même titre que JPMorgan ou Bank of America. Pour les stablecoins notamment, cela représente un avantage opérationnel majeur : Circle (USDC) et Tether (USDT) s’appuient aujourd’hui sur des banques custodians pour gérer leurs réserves en dollars. Un accès direct à la Fed éliminerait ce niveau de risque de contrepartie.

La décision s’inscrit dans une séquence réglementaire cohérente. En mars 2026, Trump avait déjà signé un décret ouvrant les vannes entre crypto et système bancaire, levant plusieurs restrictions héritées de l’ère Biden. Cet executive order va plus loin en ciblant directement la Fed.

Quels acteurs sont en première ligne ?

Les bénéficiaires potentiels les plus directs sont les entreprises détenant ou visant une charte bancaire fédérale. Avanti, première crypto-banque américaine agréée, avait précisément fondé son modèle sur l’espoir d’un tel accès, après s’être vu refuser un master account par la Fed de Kansas City en 2022 devant les tribunaux.

Les grands exchanges : Coinbase, Kraken : ainsi que les émetteurs de stablecoins figurent aussi en haut de la liste. Coinbase a activement plaidé pour cette réforme depuis 2020. Pour Kraken, qui a obtenu une charte bancaire dans le Wyoming en 2020, un accès direct à la Fed représenterait la validation de son modèle depuis 4 ans.

Le tableau ci-dessous synthétise les acteurs et les implications immédiates :

Acteur Situation actuelle Impact potentiel
Coinbase / Kraken Dépendants de banques partenaires Accès direct aux rails Fed
Circle (USDC) Réserves via BNY Mellon Réduction du risque de contrepartie
Avanti Bank Charte Wyoming, master account refusé Déblocage juridique possible
Émetteurs de stablecoins Intermédiaires bancaires obligatoires Règlement en temps réel en USD

Et pour la France ?

L’executive order ne s’applique qu’aux États-Unis, mais son effet d’entraînement est à surveiller pour les acteurs européens. Si les entreprises crypto américaines obtiennent un accès direct aux rails de paiement de la Fed, elles gagneront un avantage concurrentiel structurel face aux PSAN français : Coinhouse, Bitstack, Paymium : qui dépendent du système bancaire européen et de la BCE pour leurs flux en euros. L’AMF et la BCE pourraient être amenées à réévaluer leur position sur l’accès des CASP aux infrastructures de paiement de la zone euro, un sujet que Christine Lagarde a déjà évoqué dans le cadre d’un possible MiCA 2.

À retenir

Trump vient de forcer la main à la Fed sur l’un des dossiers les plus structurants pour la crypto américaine. Le verdict tombe d’ici septembre 2026. Si la banque centrale ouvre ne serait-ce qu’un accès partiel, l’architecture du système de paiement crypto en dollars sera durablement transformée.

Sources

Signal Haussier
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