Donald Trump a réaffirmé mardi 27 mai sa volonté de faire des États-Unis la « capitale mondiale » du Bitcoin et de la crypto, en déclarant que son administration ne laisserait « aucun autre pays » prendre cette place. Il a simultanément pris position en faveur de la CFTC, qu’il estime devoir conserver une autorité exclusive sur les marchés de prédiction.
Pourquoi Trump réclame-t-il la protection de l’industrie crypto ?
Pour Trump, la crypto représente « une industrie majeure » qui mérite une protection fédérale active. Sous sa direction, dit-il, les États-Unis sont en train d’établir les règles du jeu pour le secteur, qu’il décrit comme le « Gold Standard for the States » - soit le modèle de référence que les États fédérés devraient suivre.
Cette sortie n’est pas isolée. Depuis son retour à la Maison Blanche, Trump a signé plusieurs textes favorables au secteur : un décret visant à ouvrir le système bancaire aux acteurs crypto et une directive demandant à la Fed de revoir l’accès des entreprises crypto aux paiements. Ces annonces répétées construisent une posture pro-industrie cohérente, à rebours des années de répression réglementaire sous la SEC de Gensler.
La déclaration de mardi va plus loin sur le plan symbolique : en affirmant que les États-Unis ne cèderont pas leur rang de capitale crypto mondiale, Trump cible directement des concurrents comme Singapour, les Émirats arabes unis ou Hong Kong, qui ont multiplié les agréments et les initiatives d’attractivité pour les entreprises du secteur.
Que signifie l’autorité exclusive de la CFTC sur les marchés de prédiction ?
Trump a jugé « d’une importance critique » que la CFTC conserve une autorité exclusive sur les marchés de prédiction - des plateformes comme Polymarket, qui permettent de parier sur des événements réels, des élections aux résultats sportifs.
Cet angle réglementaire est loin d’être anodin. La CFTC et la SEC se disputent depuis plusieurs années la juridiction sur ces produits, certains régulateurs considérant que des contrats liés à des événements politiques relèvent des valeurs mobilières. En se positionnant publiquement pour la CFTC, Trump tranche ce débat au sommet de l’État et renforce l’agence la plus tolérante vis-à-vis de l’industrie crypto, qui supervise déjà les contrats à terme sur Bitcoin et Ethereum.
La décision a des implications directes pour les acteurs institutionnels qui surveillent le cadre réglementaire américain : une CFTC aux commandes signifie des règles moins contraignantes que si la SEC prenait le dessus. Le président de la SEC, lui-même, avait réclamé plus d’autorité sur la crypto - une ambition que Trump semble vouloir contenir.
Quel impact pour la position américaine face à la concurrence mondiale ?
La rhétorique de Trump sur la « capitale mondiale » de la crypto traduit une préoccupation stratégique mesurable. Les États-Unis accueillent aujourd’hui environ 40 % de la puissance de calcul mondiale du réseau Bitcoin selon les estimations du Cambridge Centre for Alternative Finance, après le départ massif des mineurs chinois en 2021. Perdre cet avantage serait un recul symbolique et économique considérable.
Des pays comme les Émirats arabes unis ont déjà attiré des exchanges majeurs et des fonds crypto grâce à des régimes fiscaux favorables. En Europe, le cadre MiCA offre une clarté réglementaire que certains acteurs jugent plus lisible que le droit américain fragmenté entre plusieurs agences fédérales.
En interne, la stratégie Trump s’appuie aussi sur des projets concrets : MicroStrategy, rebaptisée Strategy, et d’autres entreprises cotées ont accumulé du Bitcoin en trésorerie, signe que le cadre américain est devenu suffisamment stable pour engager des bilans publics. La fermeture brutale de la crypto-banque Signature en 2023 sous l’administration précédente avait envoyé un signal inverse - que Trump cherche clairement à effacer.
Notre lecture Trump joue sur deux tableaux : la rhétorique souverainiste (« nous serons la capitale mondiale ») et le choix réglementaire concret (CFTC plutôt que SEC). Ce dernier point est le plus structurant. Si la CFTC s’impose comme arbitre des marchés de prédiction et des actifs numériques, les entreprises américaines bénéficieront d’un cadre plus souple - ce qui donne une longueur d’avance réelle sur les concurrents européens et asiatiques, où la compliance est plus lourde.
À retenir
Trump a réaffirmé la protection fédérale de l’industrie crypto et placé la CFTC en position de régulateur dominant sur les marchés de prédiction. La prochaine étape concrète à surveiller : le vote du CLARITY Act au Sénat, attendu cet été, qui doit clarifier la frontière juridiction CFTC/SEC pour l’ensemble des actifs numériques.
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