Le 6 mai 2026 à Miami, Michael Saylor a proclamé lors de la conférence Consensus 2026 que Stretch (STRC), l’action préférentielle perpétuelle de Strategy, est désormais la plus grande et la plus liquide au monde, avec 8,5 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Un chiffre impressionnant, mais pas sans zones d’ombre.
Au programme
- Saylor revendique 8,5 Md$ d’AUM pour STRC et un dividende de 64 % depuis le lancement
- Les porteurs ont préservé leur capital pendant la chute de 37 % du bitcoin sur six mois
- Un analyste alerte sur un risque de « dislocation » de liquidité sous-estimé par le marché
STRC : comment Strategy a bâti ce record
Lancé récemment, STRC s’est imposé comme un instrument d’une taille inédite dans la catégorie des actions préférentielles. Saylor a mis en avant deux arguments lors de son intervention à Consensus 2026 : la protection du capital et le rendement. Alors que le bitcoin reculait de 37 % sur les six derniers mois, les investisseurs crédit de STRC auraient maintenu leur valeur nominale (« held par ») tout en percevant un dividende de 64 %.
Ce positionnement cible une clientèle distincte des acheteurs directs de bitcoin : des institutionnels à la recherche d’un rendement fixe avec une exposition indirecte à l’écosystème Strategy. Le volume de trading secondaire a déjà atteint 1,5 milliard de dollars, signe d’une liquidité que peu d’instruments comparables peuvent revendiquer. La dynamique rappelle celle des grandes banques étrangères qui ont élargi leurs services crypto pour capter une demande institutionnelle croissante.
Pourquoi un analyste juge STRC sous-pricé sur le risque
La médaille a son revers. Selon un analyste, les investisseurs en STRC sous-estiment ce qu’il appelle un risque de « dislocation ». L’instrument est une action préférentielle perpétuelle : sans date d’échéance, sa duration est théoriquement infinie. Cette caractéristique le rend particulièrement sensible à deux facteurs.
Le premier est une contraction de la liquidité sur les marchés secondaires, possible dans un environnement de stress financier. Le second est la hausse des rendements obligataires souverains : si les taux longs remontent, les investisseurs pourraient arbitrer STRC contre des obligations d’État moins risquées, ce qui comprimerait sa valeur de marché. Un risque d’autant plus concret que les achats de bitcoin par Strategy sont partiellement financés par les nouvelles émissions de STRC - une limite de plafond d’émission pourrait freiner la stratégie d’accumulation BTC de l’entreprise.
« Les porteurs de STRC semblent sous-évaluer le risque de duration infinie et les tensions potentielles de liquidité sur le marché secondaire. »
- Analyse de marché, mai 2026
Quel profil d’investisseur pour une preferred stock crypto-adossée ?
STRC n’est pas un produit pour tous les profils. Les actions préférentielles perpétuelles sont des instruments hybrides : elles offrent un coupon fixe comme une obligation, mais sans remboursement garanti du principal, et leur rang de priorité en cas de faillite reste inférieur à celui des créanciers obligataires. L’adossement indirect à bitcoin ajoute une couche de volatilité corrélée aux cycles crypto.
Le succès commercial de STRC illustre une tendance plus large : la financiarisation des stratégies bitcoin par les entreprises cotées. Strategy n’est pas seule sur ce terrain. D’autres groupes explorent des structures similaires pour lever des capitaux tout en s’exposant au BTC, sur le modèle des consortiums blockchain institutionnels qui se sont multipliés depuis 2021, comme l’Enterprise Ethereum Alliance qui a élargi sa base à des acteurs financiers traditionnels.
La question reste ouverte : STRC préfigure-t-il une nouvelle classe d’actifs hybrides, ou son succès dépend-il trop étroitement de la trajectoire du cours bitcoin et de la capacité de Strategy à continuer d’émettre ? Les dbs et grandes banques asiatiques qui ont lancé des trusts crypto ont posé une question similaire sans y répondre définitivement.
Et pour la France ?
STRC est coté aux États-Unis et n’est pas accessible via les PSAN agréés AMF. Les résidents fiscaux français pouvant y accéder via un courtier étranger (Saxo Bank, Interactive Brokers) devront déclarer le compte sur le formulaire 3916-bis et appliquer le PFU de 31,4 % sur les dividendes encaissés. L’AMF n’a émis aucun avis spécifique sur cet instrument à ce stade.
À retenir
Stretch (STRC) atteint 8,5 Md$ d’AUM et revendique le titre de plus grande preferred stock mondiale selon Saylor. Son rendement affiché de 64 % masque un risque de duration infinie et de liquidité secondaire que le marché pourrait réévaluer si les taux souverains remontent. À surveiller : l’évolution du plafond d’émission et son impact sur la stratégie d’accumulation bitcoin de Strategy.
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