Le vice-ministre russe des Finances, Ivan Chebeskov, a déclaré début juin 2026 que le ministère s’opposait à l’admission des stablecoins en dollars sur les marchés régulés russes. L’argument avancé : Tether et Circle disposent du pouvoir technique de geler directement les avoirs dans les portefeuilles des utilisateurs. Des entités juridiques russes ont déjà subi ce type de blocage.
Pourquoi Moscou craint le gel des stablecoins en dollars ?
Le raisonnement du ministère est direct. Une fois que des portefeuilles russes commencent à interagir avec des plateformes autorisées par la banque centrale, leur exposition au risque de gel « augmente fortement », selon Chebeskov. L’USDT et l’USDC sont explicitement cités, et le vice-ministre confirme que des personnes morales russes ont déjà vu leurs avoirs en stablecoins bloqués.
Ce n’est pas une crainte abstraite. Tether a gelé plus de 515 millions de dollars d’USDT sur 371 adresses en 30 jours à l’occasion de diverses procédures. De même, Circle a gelé 12,6 millions de dollars en USDC dans le cadre d’une autre affaire. Ces précédents illustrent concrètement le levier dont disposent les émetteurs.
Bitcoin et Ethereum ne sont pas dans le viseur immédiat. Chebeskov reconnaît que les deux actifs sont techniquement beaucoup plus difficiles à geler, faute d’un mécanisme centralisé équivalent à celui de Tether ou Circle. Cette distinction est centrale dans le positionnement de Moscou.
Quels stablecoins la Russie préférerait-elle autoriser ?
Le ministère des Finances plaide pour une législation spécifique aux stablecoins. Le texte en discussion prévoit une liste d’accès contrôlée par la Banque centrale de Russie, qui conserverait le droit de la modifier à tout moment.
Les priorités affichées sont les stablecoins adossés au rouble et ceux libellés dans les devises de « pays amis ». Cette formulation renvoie aux pays qui ont refusé de rejoindre les sanctions occidentales après l’invasion de l’Ukraine en 2022 : Chine, Inde, Émirats, Iran, entre autres. L’objectif est de trouver des instruments de règlement internationaux qui échappent à la juridiction américaine ou européenne.
Ce positionnement s’inscrit dans une dynamique plus large. La domination de l’USDT sur le marché des stablecoins est déjà sous pression à l’échelle mondiale, portée notamment par la montée en puissance de l’USDC et de nouveaux acteurs comme le RLUSD de Ripple. Les stablecoins alternatifs accélèrent dans les usages de paiement, ce qui facilite potentiellement l’émergence d’instruments de substitution conformes aux exigences russes.
Quel impact pour les utilisateurs russes d’USDT et d’USDC ?
Pour les particuliers et entités russes qui détiennent déjà de l’USDT ou de l’USDC, le risque de gel existe indépendamment d’une éventuelle réglementation locale. Tether a déjà gelé 344 millions de dollars d’USDT à la demande de l’OFAC, l’office américain de contrôle des avoirs étrangers. Cette décision concernait des adresses liées à des acteurs sous sanctions américaines, ce qui inclut potentiellement des entités russes.
La position de Chebeskov revient donc à officialiser un risque déjà réel sur le terrain. L’accès légal à ces stablecoins via des plateformes régulées amplifierait l’exposition, car les plateformes elles-mêmes seraient soumises aux obligations de conformité des émetteurs.
Du côté de l’USDC, sa composition de réserves et son degré réel d’adossement au dollar font également l’objet d’un examen attentif hors de Russie, ce qui ajoute une couche d’incertitude pour tout utilisateur souverain désireux de s’appuyer sur ces instruments.
Lecture du rédacteur La démarche russe n’est pas sans logique réglementaire. Plusieurs pays émergents s’interrogent sur la même question : accepter des instruments de règlement dont l’émetteur peut bloquer unilatéralement les avoirs, c’est déléguer une partie de sa souveraineté financière. Là où la réponse occidentale est de réguler les émetteurs (MiCA, GENIUS Act aux États-Unis), Moscou opte pour l’exclusion directe des instruments jugés trop exposés à l’influence américaine.
À retenir
Le ministère des Finances russe refuse l’admission de l’USDT et de l’USDC sur son marché régulé, invoquant le risque de gel par leurs émetteurs, déjà documenté sur des entités russes. Une législation spécifique favorisant les stablecoins en roubles et devises « amies » est en discussion. L’évolution de ce dossier sera à surveiller à l’automne 2026, lors des prochaines sessions législatives russes.
Sources
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HACKS & SÉCURITÉPamStealer vole mots de passe, keychains et wallets crypto
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HACKS & SÉCURITÉStep Finance : un hack de 21,4 M$ blanchis via Tornado Cash