Craig Wright est un informaticien australien qui a affirmé pendant près de dix ans être Satoshi Nakamoto, le créateur du Bitcoin. En mars 2024, la Haute Cour de Londres a tranché : selon le juge James Mellor, il n’est pas Satoshi et a produit des faux « à grande échelle ». Condamné à 12 mois de prison avec sursis pour outrage en décembre 2024, puis privé d’accès aux tribunaux d’Angleterre et du Pays de Galles jusqu’en 2028, il reste un personnage unique de la crypto.

Au programme

  • Désigné par Wired et Gizmodo en décembre 2015, Craig Wright revendique publiquement l’identité de Satoshi en mai 2016, mais sa « preuve » cryptographique est démontée en quelques heures.
  • En mars 2024, à l’issue du procès COPA v Wright, le juge James Mellor conclut qu’il n’est pas Satoshi Nakamoto et qu’il a falsifié des documents à grande échelle.
  • Condamné pour outrage en décembre 2024, il est visé depuis mai 2025 par une interdiction générale d’ester en justice au Royaume-Uni, valable jusqu’en mars 2028.

D’où vient Craig Wright avant le Bitcoin ?

Craig Steven Wright naît en octobre 1970 à Brisbane, en Australie. Il construit sa carrière dans la sécurité informatique et l’audit de systèmes, accumule les certifications et les diplômes, et dirige plusieurs sociétés australiennes de conseil et de services numériques dans les années 2000 et 2010. Rien ne le relie alors publiquement au white paper de Bitcoin publié en 2008.

Tout bascule le 8 décembre 2015. Wired et Gizmodo publient simultanément des enquêtes fondées sur des documents fuités, suggérant que Wright serait Satoshi Nakamoto, seul ou avec son ami décédé Dave Kleiman, expert américain en informatique légale. Quelques heures plus tard, la police fédérale australienne perquisitionne son domicile et son bureau de Sydney, dans le cadre d’une enquête fiscale que les autorités présentent comme sans lien avec ces révélations, selon Fortune, 2015.

Les deux médias nuancent rapidement leurs articles : plusieurs éléments du dossier semblent avoir été fabriqués a posteriori, dont des billets de blog antidatés. Wright quitte l’Australie et s’installe à Londres. Loin d’éteindre la rumeur, il choisit de l’alimenter : en mai 2016, il sort du silence pour revendiquer frontalement l’identité du créateur du Bitcoin.

Pourquoi sa « preuve » de 2016 n’a-t-elle convaincu personne ?

Le 2 mai 2016, Wright se déclare Satoshi Nakamoto dans des entretiens accordés à la BBC, GQ et The Economist. Il affirme détenir les clés privées des premiers blocs minés par Satoshi. Gavin Andresen, développeur historique à qui Satoshi avait confié les rênes du projet, assiste à une séance de signature privée à Londres et publie un billet de soutien : il dit croire que Wright est bien le créateur du Bitcoin.

La démonstration publique s’effondre en quelques heures. Le billet de blog censé contenir une signature d’un texte de Jean-Paul Sartre réutilise en réalité une signature extraite d’une transaction Bitcoin de 2009, déjà visible par tous sur la blockchain. Des chercheurs en sécurité concluent qu’il ne s’agit pas d’une preuve mais d’une tentative de tromperie, selon TechCrunch, 2016. Andresen reconnaîtra plus tard avoir été trompé sur le contenu du billet publié.

Le 5 mai 2016, Wright renonce à fournir la preuve promise, notamment le déplacement d’un bitcoin des premiers blocs, et présente ses excuses en invoquant son manque de courage, selon Forbes, 2016. Il ne signera jamais publiquement avec les clés de Satoshi.

« Je ne veux pas d’argent. Je ne veux pas la célébrité. Je ne veux pas d’adoration. Je veux juste qu’on me laisse tranquille. » : Craig Wright, entretien à la BBC, 2016

Qu’a décidé la justice dans COPA v Wright ?

Avant Londres, il y a eu la Floride. En décembre 2021, dans le procès intenté par la succession de Dave Kleiman, un jury de Miami écarte l’existence d’un partenariat entre les deux hommes mais condamne Wright à verser 100 M$ à la société W&K Info Defense Research pour détournement d’actifs, selon CoinDesk, 2021. Le procès n’a jamais tranché la question Satoshi.

C’est le procès COPA v Wright qui s’en charge. La Crypto Open Patent Alliance, consortium soutenu notamment par Block et Coinbase, demande à la Haute Cour de Londres de déclarer que Wright n’est pas Satoshi, pour stopper ses menaces contre les développeurs. Après six semaines d’audiences, le juge James Mellor conclut le 14 mars 2024 que les preuves sont « accablantes » : Wright n’a écrit ni le white paper ni le logiciel, et n’a pas créé le système Bitcoin.

Craig Wright : chronologie 2015-2024 Frise chronologique des étapes clés de l'affaire Craig Wright, des révélations de presse de décembre 2015 à la condamnation pour outrage de décembre 2024. Déc. 2015 Wired, Gizmodo fuites, raid fiscal Mai 2016 Preuve ratée BBC, Andresen Nov. 2018 Fork Bitcoin SV hash war BCH Mars 2024 COPA v Wright pas Satoshi Déc. 2024 Outrage 12 mois sursis Source : Haute Cour de Londres, CoinDesk, 2025

Le jugement écrit, publié le 20 mai 2024, compte 1 736 paragraphes. Le juge y détaille des falsifications de documents « à grande échelle » et qualifie la démarche de Wright de grave abus de la procédure judiciaire, allant jusqu’à évoquer une utilisation des tribunaux comme « véhicule de fraude ». La cour prononce des injonctions lui interdisant de se présenter comme Satoshi devant la justice et transmet le dossier au parquet britannique.

Que reste-t-il de Craig Wright dans l’écosystème ?

Sa trace la plus durable reste Bitcoin SV. En novembre 2018, opposé à une mise à jour de Bitcoin Cash, Wright mène avec le milliardaire Calvin Ayre un hard fork dissident, Bitcoin Satoshi Vision, avec des blocs de 128 Mo. La « hash war » qui l’oppose alors au camp de Roger Ver et Jihan Wu tourne court : la majorité du hashrate reste du côté adverse, et BSV survit comme chaîne marginale, loin derrière les grandes capitalisations.

Sur le front judiciaire, sa situation n’a cessé de se dégrader. En octobre 2024, il dépose malgré les injonctions une plainte de 911 Md£ (plus de 1 100 Md$) contre BTC Core et Square. En décembre 2024, la Haute Cour le condamne pour outrage à 12 mois de prison avec sursis pendant deux ans, plus 145 000 £ de frais ; il suit l’audience à distance, vraisemblablement depuis l’Asie, hors de portée de la juridiction, selon Forbes, 2024.

En mai 2025, le juge Mellor lui impose une interdiction générale d’engager toute action civile en Angleterre et au Pays de Galles sans autorisation préalable d’un juge, valable jusqu’au 7 mars 2028. Sa demande d’appel du jugement COPA a par ailleurs été rejetée. L’écosystème, lui, a tourné la page : la question « qui est Satoshi » reste ouverte, mais la justice britannique a établi une chose, c’est que la réponse n’est pas Craig Wright.

Chiffres clés

Quelques repères chiffrés sur l’affaire Craig Wright :

  • 1970 : naissance à Brisbane, en Australie.
  • 2015 : enquêtes de Wired et Gizmodo le désignant comme Satoshi présumé ; perquisition fiscale à Sydney.
  • 2016 : revendication publique et « preuve » cryptographique invalidée ; renoncement à toute démonstration.
  • 2018 : lancement de Bitcoin SV après le hard fork de Bitcoin Cash.
  • 2021 : condamnation à 100 M$ de dommages envers W&K dans le procès Kleiman en Floride.
  • 2024 : jugement COPA (il n’est pas Satoshi, faux « à grande échelle ») ; 12 mois de prison avec sursis pour outrage.
  • 2025 : interdiction générale d’ester en justice au Royaume-Uni jusqu’en mars 2028.

Questions fréquentes

Craig Wright est-il Satoshi Nakamoto ?

Non, selon la justice britannique. En mars 2024, le juge James Mellor de la Haute Cour de Londres a déclaré que Craig Wright n’est ni l’auteur du white paper de Bitcoin, ni le créateur du système, ni l’auteur des premières versions du logiciel. Le jugement écrit conclut qu’il a fabriqué des preuves à grande échelle pour soutenir sa revendication.

Pourquoi Craig Wright a-t-il été condamné pour outrage ?

Parce qu’il a violé les injonctions prononcées après le procès COPA en déposant, en octobre 2024, une plainte de 911 Md£ contre BTC Core et Square fondée sur sa prétendue identité de Satoshi. En décembre 2024, la Haute Cour de Londres lui a infligé 12 mois de prison avec sursis et le paiement de 145 000 £ de frais. Il vivait alors en Asie.

Que devient Bitcoin SV, la blockchain de Craig Wright ?

Bitcoin SV, née du hard fork de Bitcoin Cash en novembre 2018, existe toujours mais reste une chaîne marginale, très loin des grandes capitalisations du marché. Le jugement COPA de 2024 a affaibli son principal argument marketing, la filiation directe avec Satoshi. Pour situer son poids relatif, la heatmap des performances crypto permet de comparer les capitalisations en temps réel.

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