La police sud-coréenne a ouvert sa première enquête sur des utilisateurs locaux de Polymarket, la plateforme de marchés prédictifs déployée sur Ethereum, pour jeux illégaux. Les personnes visées risquent une amende pouvant atteindre 10 millions de wons - environ 6 495 $ - selon The Block. C’est la première fois que les autorités coréennes ciblent directement des résidents ayant utilisé la plateforme.
Qui mène l’enquête et pourquoi maintenant ?
L’Agence provinciale de police de Gangwon pilote les investigations, à la demande de la Police nationale coréenne. Les enquêteurs ciblent des résidents du pays qui ont parié sur la plateforme, que ce soit sur des élections, des événements sportifs ou d’autres issues mondiales. C’est la première procédure de ce type dirigée contre des usagers coréens de Polymarket - une plateforme qui opère sans licence locale.
La Corée du Sud dispose d’une législation stricte sur les jeux d’argent : seuls des opérateurs agréés peuvent proposer des paris, et les plateformes étrangères non enregistrées tombent dans un vide juridique risqué. Polymarket se situe dans une zone grise : la plateforme se présente comme un outil d’information et de prévision, pas comme un casino. Ses smart contracts fonctionnent sur Ethereum, hors de toute juridiction traditionnelle. Cet argument a jusqu’ici protégé la plateforme aux États-Unis, mais il convainc moins les autorités asiatiques.
Cette enquête ne survient pas dans le vide. Le Brésil a bloqué 27 plateformes prédictives en 2025, dont Polymarket, pour des raisons similaires. Et aux États-Unis, la plateforme fait face à une enquête du Congrès menée conjointement avec Kalshi, portant sur d’autres aspects de sa conformité réglementaire.
Quelle sanction concrète pour les utilisateurs visés ?
L’amende maximale prévue atteint 10 millions de wons par infraction, soit environ 6 495 $ au taux actuel. Ce n’est pas une sanction symbolique : à titre de comparaison, le salaire mensuel médian coréen tourne autour de 3 millions de wons. La peine touche les parieurs, pas la plateforme elle-même, car Polymarket n’a pas d’entité juridique enregistrée en Corée.
Ce glissement vers la sanction des utilisateurs plutôt que des opérateurs est notable. La Corée du Sud avait déjà maintenu son interdiction des ICO pendant des années pour les mêmes raisons de protection des investisseurs. La logique reste identique : en l’absence de prise sur l’opérateur étranger, on pénalise l’accès côté demande.
Les utilisateurs coréens exposés ne sont pas identifiés publiquement à ce stade. L’enquête est à ses débuts, et le nombre de personnes visées n’a pas été précisé par les autorités.
Polymarket sous pression réglementaire mondiale
Polymarket accumule les dossiers sensibles depuis début 2026. Un ingénieur Google a été inculpé pour délit d’initié sur la plateforme, et un soldat américain a été poursuivi pour avoir encaissé 400 000 $ via des informations privilégiées. La plateforme a également subi un vol de 520 000 $ via une fuite de clé privée. Enfin, elle a été bannie en Indonésie après des paris sur l’élection présidentielle.
Cette séquence dessine un profil réglementaire de plus en plus chargé. La Corée du Sud s’inscrit dans un mouvement global : les marchés prédictifs décentralisés, longtemps ignorés des régulateurs, deviennent une cible prioritaire à mesure que leurs volumes grossissent.
Mise en perspective L’enquête coréenne illustre une tendance claire : les régulateurs ne s’attaquent plus aux protocoles (hors de portée), mais aux utilisateurs résidents. Ce levier - amende locale sur la demande - est reproductible dans toute juridiction avec une loi sur les jeux en vigueur, ce qui représente la quasi-totalité des pays où Polymarket est accessible. Pour la plateforme, le risque n’est plus seulement américain.
À retenir
La Corée du Sud cible pour la première fois des résidents ayant parié sur Polymarket, avec une amende potentielle de 6 495 $ par infraction. L’enquête, pilotée par l’agence de Gangwon, s’inscrit dans une vague internationale de régulation des plateformes prédictives. À surveiller : l’ampleur du nombre d’utilisateurs visés et une éventuelle réaction de Polymarket.
Sources
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