Une enquête de CoinShares révèle un angle mort massif dans la planification patrimoniale au Royaume-Uni : 52 % des détenteurs de cryptomonnaies ne les déclarent pas à leur conseiller financier. Un chiffre qui fragilise autant les projections de retraite que les stratégies de succession.
CoinShares a interrogé un panel de professionnels du conseil britanniques. Le constat est sans appel : la majorité des clients maintiennent une cloison étanche entre leurs actifs numériques et le reste de leur patrimoine. L’étude ne détermine pas si cette omission relève de l’oubli ou d’une volonté délibérée. Mais les conséquences sont les mêmes : des patrimoines sous-évalués et des conseils inadaptés.
| Catégorie | Part concernée | Source |
|---|---|---|
| Adultes britanniques détenant des cryptos | 12 % | FCA, 2026 |
| Détenteurs n’en parlant pas à leur conseiller | 52 % | CoinShares, 2025 |
| Conseillers s’estimant incompétents sur les cryptos | 46 % | CoinShares, 2025 |
Pourquoi 52 % des Britanniques taisent-ils leurs cryptos ?
La discrétion des investisseurs tient à un mélange de méfiance et de gêne. La crainte du jugement arrive en tête : les cryptos restent associées à la spéculation dans l’esprit de nombreux professionnels de la finance. Par ailleurs, 46 % des conseillers interrogés se disent incompétents pour intégrer ces actifs dans une allocation, ce qui décourage toute transparence.
Le vide de compétence est mutuel. Les investisseurs qui fuient les exchanges avec leurs fonds vers des portefeuilles auto-hébergés compliquent mécaniquement le suivi. Résultat : entre 40 % et 50 % du patrimoine réel échappe au conseil, faussant les projections de retraite comme les stratégies de transmission.
Un rapport de la FCA paru début 2026 estimait que moins d’un quart des 12 % d’adultes détenteurs de cryptos avaient abordé le sujet avec un professionnel. La panique réglementaire des sociétés cryptos britanniques à l’approche de l’échéance FCA a renforcé cette méfiance réciproque.
Quel impact sur la planification successorale ?
Un patrimoine non déclaré est un patrimoine qui peut disparaître. Sans connaissance de l’existence de clés privées ou de comptes exchange, un exécuteur testamentaire n’a aucun moyen de récupérer les actifs. La self-custody aggrave le problème en transférant toute la responsabilité sur le seul détenteur.
Au Royaume-Uni, les plus-values crypto sont imposables au taux marginal, avec un abattement tombé à 3 000 £ en 2024. Des montants significatifs génèrent des impositions à 20 %, voire 24 % pour les contribuables les plus aisés. Des centaines de milliers de livres peuvent ainsi échapper à toute anticipation fiscale.
Le Brésil explore des solutions radicales, avec des projets de gel administratif des cryptos en cas de succession non réglée. Une piste extrême qui montre l’urgence internationale du sujet.
Comment réduire ce fossé de confiance ?
La formation constitue le premier levier. Les grands réseaux bancaires britanniques commencent à intégrer des modules crypto dans leurs certifications internes. Cette tendance reste embryonnaire en France, où le DAC8 rend pourtant les soldes visibles du fisc depuis janvier 2026.
Le deuxième levier est procédural. Intégrer une question systématique sur les actifs numériques dans le questionnaire patrimonial d’entrée en relation normaliserait le sujet. Les investisseurs qui ont caché leurs cryptos l’ont souvent fait parce que la question ne leur a jamais été posée.
La faille critique de Bitcoin Core qui affectait 43 % des nœuds a rappelé, plus largement, la nécessité d’une compréhension technique minimale des actifs numériques. Pour les conseillers, ignorer les cryptos, c’est renoncer à une vision consolidée du patrimoine de leur client.
Qu’est-ce que l’enquête CoinShares sur les cryptos ?
CoinShares a interrogé un panel de conseillers financiers britanniques. Elle révèle que 52 % de leurs clients détenant des cryptos ne les mentionnent pas en rendez-vous, créant un angle mort dans la gestion de patrimoine.
Pourquoi les Britanniques cachent-ils leurs cryptos à leur banquier ?
La peur du jugement moral et l’incompétence déclarée de 46 % des conseillers en matière de cryptos sont les deux premiers freins identifiés.
La France est-elle concernée par ce problème ?
Oui, d’autant que DAC8 rend les soldes crypto visibles du fisc depuis 2026. Le décalage entre transparence fiscale et intégration dans le conseil privé peut coûter cher en droits de succession mal anticipés, un problème commun à toute l’Europe.
Quels sont les risques successoraux principaux ?
Des clés privées perdues ou des comptes exchange inconnus de l’exécuteur testamentaire. Les actifs peuvent devenir définitivement inaccessibles.
Comment les conseillers peuvent-ils s’adapter ?
Par la formation technique et l’ajout d’une question systématique sur les actifs numériques dans le questionnaire d’entrée en relation, à l’image de l’immobilier ou des comptes-titres.
Lecture CryptoActu
Le silence britannique anticipe un problème continental. DAC8 a rendu le patrimoine crypto visible du fisc au 1er janvier 2026, mais cette transparence administrative ne se traduit pas encore dans le conseil privé. Le décalage entre données fiscales et planification successorale expose les héritiers à des droits mal anticipés. La solution viendra moins de la contrainte réglementaire que de la formation des professionnels et de la normalisation du sujet. Avec un marché crypto britannique qui pèse plusieurs dizaines de milliards de livres, l’enjeu n’est plus anecdotique.
À retenir
Le silence de 52 % des investisseurs britanniques sur leurs positions crypto révèle un défaut de conseil massif. La transparence viendra autant de la formation des professionnels que de l’évolution des pratiques déclaratives. La prochaine étape réglementaire au Royaume-Uni, calquée sur DAC8, forcera le sujet d’ici fin 2026.
Sources
- CoinShares
- FCA
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