La Banque Centrale européenne (BCE) est au développement des cryptomonnaies ce que le Minitel a été pour celui d’Internet. Une structure ruminante d’un autre temps, en train de regarder passer le train de l’innovation avec une condescendance déplacée. Mais tout en prenant bien soin de tirer dessus à coup de MiCA. Histoire de s’assurer que le chemin sera compliqué et désagréable. Et avec une ligne d’attaque dont les seuls véritables arguments avancés se résument à de la mauvaise foi avérée, teintée d’une ignorance caricaturale. Mais malgré cela, le constat s’impose jusque dans ses rapports internes : 10% des foyers européens possèdent des cryptomonnaies…
Difficile de faire pire que la BCE en matière d’ennemi juré du secteur des cryptomonnaies. Avec à sa tête une Christine Lagarde qui va jusqu’à leur refuser toute utilité ou valeur effective. Mais qui dans le même temps exhorte à plus de contrôle de ce rien, dans une nouvelle démonstration de mauvaise foi palpable. Et cela en parallèle de la mise en place d’une réglementation MiCA qui accumule les horreurs. Au point d’exiger un traitement clairement inégalitaire de cette économie numérique. En tout cas au regard de ce qui est accepté dans sa version traditionnelle.
Mais peu importe, car les amateurs de cryptomonnaies sont juste les adeptes d’un « funny business » réservé aux simples d’esprit. Et leur réglementation permettra de les protéger d’eux-mêmes. Tout en préservant une économie fragilisée, portée par un euro alors en net repli face au dollar. Rien à faire d’une utilité grandissante, d’investisseurs institutionnels dans les starting-blocks ou de « canaux de contagion » de plus en plus importants. Pourtant, un rapport de cette même BCE, publié le 25 mai 2022, l’affirme : jusqu’à 10 % des ménages européens pourraient posséder des cryptomonnaies. Et ce ne sont pas des débiles pour autant.
BCE, Une « contagion » qui s’intensifie
Le ton est immédiatement donné. Là où les adeptes des cryptomonnaies parlent d’adoption, la BCE aborde le problème d’une « contagion. » Cette dernière « jusqu’à présent restée suffisamment faible » pour ne pas représenter un risque pour la stabilité financière. En particulier au regard de la chute que traverse ce marché au printemps 2022, Bitcoin (toujours) en tête. Néanmoins, cette étude spéciale de la Revue de stabilité financière de la Banque centrale européenne l’admet. « Les particuliers représentent une part importante de la base d’investisseurs dans les crypto-actifs. » Ce dernier terme couramment utilisé par les instances de régulation pour ne pas laisser entendre qu’il pourrait s’agir de « monnaies. »
« Selon les résultats de la récente enquête menée la BCE sur les attentes des consommateurs (CES) pour six grands pays de la zone euro, jusqu’à 10 % des ménages pourraient posséder des crypto-actifs. La plupart des propriétaires ont déclaré détenir moins de 5 000€ de crypto-actifs, avec une légère prédominance de petits avoirs (moins de 1000 €). »
Selon les données de ce rapport, issues de la vague de novembre 2021 de cette enquête, environ 6 % des détenteurs de cryptomonnaies déclarent un portefeuille dont la valeur excède 30 000 €. Et les ménages aux revenus les plus élevés sont, sans surprise, ceux qui en possèdent le plus, tous pays confondus. C’est-à-dire pour cette étude : l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, l’Italie, et la France.

Mais dans le même temps, les ménages aux revenus les plus modestes représentent bien souvent la seconde proportion d’adeptes des cryptomonnaies. Cela au détriment d’une classe moyenne, grande absente de cette économie numérique. Et avec un pourcentage toujours largement surreprésenté d’hommes jeunes. Mais avec un niveau d’instruction visiblement supérieur à celui fréquemment évoqué par les détracteurs des cryptomonnaies.
BCE, Une « contagion » impossible à contenir
Ce rapport met également d’autres points en avant. Comme une augmentation notable des investisseurs institutionnels européens exposés aux cryptomonnaies. Avec une proportion passée de 45 % en 2020 à 56 % en 2021, selon une enquête de Fidelity Digital Assets citée par la BCE. Et surtout, une « intention d’investir également à la hausse. » Avec comme principale raison invoquée une complaisance des pouvoirs publics à l’égard des cryptomonnaies. Cette dernière pouvant « être interprétée comme cautionnant les crypto-actifs. » Et une seule réaction à cet égard : il faut bien être membre de la BCE pour tirer ce genre de conclusion surréaliste.
Le problème étant une « interconnexion avec le système financier au sens large » qui selon les conclusions de ce rapport se serait fortement « accrues » ces dernières années. Principalement du fait de la forte pression des clients sur les principales structures de gestion d’actifs. Et cela malgré toute la bonne volonté déployée par la BCE pour tenter d’empêcher cette rencontre, dorénavant hors de tout contrôle. Raison pour laquelle elle ne manque pas de rappeler le risque hypothétique que les cryptomonnaies pourraient peut-être éventuellement on ne sait jamais représenter pour la stabilité financière de l’Europe. Celle-là même que la BCE semble bien incapable de maintenir, sans l’aide des crypto-actifs…
« La nature et l’ampleur des marchés des crypto-actifs évoluent rapidement. Et si les tendances actuelles se poursuivent, les crypto-actifs poseront des risques pour la stabilité financière. »
BCE
Et la solution apportée n’a rien de véritablement surprenant. Car elle se résume à une mise en place effective et « de toute urgence » de la réglementation MiCA. Celle-là même dont un amendement proposait quelques semaines plus tôt de restreindre le Proof of Work (PoW) du Bitcoin, avant d’être écarté par la commission des affaires économiques du Parlement européen en mars 2022. Le texte a depuis suivi son cours : accord politique en juin 2022, adoption en 2023, puis application pleine et entière du règlement MiCA depuis décembre 2024. Reste que la ligne de la BCE n’a pas varié d’un iota dans l’intervalle. Et que la connaissance fine d’un secteur innovant ne semble toujours pas un prérequis pour prétendre l’encadrer…
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