L’application inégale du règlement MiCA par 4 États membres menace l’avance réglementaire de l’Union européenne, prévient Richard Teng. Le PDG de Binance estime que cette fragmentation pourrait accélérer la fuite des capitaux vers des hubs plus stables comme Dubaï ou Hong Kong.

MiCA a donné à l’UE une avance de 18 mois, mais 4 États membres imposent encore des exigences de fonds propres supérieures de 30 à 50 % au socle défini par Bruxelles. Le coût de conformité supplémentaire atteint 15 à 20 millions d’euros par an pour un exchange mondial. Depuis janvier 2025, les incorporations de startups crypto hors UE ont bondi de 22 %.

Pourquoi MiCA se fragmente-t-il malgré un cadre unique ?

L’alerte intervient 19 mois après l’entrée en vigueur complète du règlement MiCA. Le texte devait créer un passeport unique : une licence obtenue dans un État membre permet d’opérer dans les 26 autres. Mais certains régulateurs nationaux ajoutent des exigences non prévues par le texte européen.

Le refus de licence opposé par la Grèce à Binance illustre cette dérive. Selon nos analyses, les exigences de capitalisation supplémentaires imposées par 4 pays créent une insécurité juridique coûteuse. « L’exécution devient un patchwork. Les entreprises iront là où les règles sont prévisibles », a déclaré Richard Teng.

L’ESMA, chargée d’harmoniser les pratiques entre régulateurs, n’est intervenue que 3 fois en 18 mois. Un rythme insuffisant face à des divergences nationales croissantes.

Quelles conséquences pour l’écosystème européen ?

Le risque principal est une fuite progressive des acteurs majeurs vers des juridictions plus prévisibles. Des succès comme la licence CASP obtenue par bitFlyer ou les 3 licences de Backpack EU couvrant 27 pays montrent que le cadre peut fonctionner.

La France illustre ces tensions : Binance France attend encore son agrément, tandis que d’autres acteurs comme Qwarks obtiennent déjà l’agrément PSCA de l’AMF. Ces asymétries pèsent sur les stratégies d’implantation.

Effet constaté Chiffre Source
Startups incorporées hors UE +22 % depuis janvier 2025 PitchBook
Allocation VC aux projets UE -15 % vs pic 2024 Dealroom
Volumes spot exchanges régulés UE 12,4 Md$/j, stables Kaiko

Trois effets concrets sont déjà visibles : les startups en amorçage choisissent Dubaï plutôt que Paris, les capitaux-risqueurs réduisent leurs allocations européennes, et les volumes spot stagnent malgré une croissance mondiale de 8 %.

L’UE peut-elle corriger le tir ?

Bruxelles dispose de leviers. La présidence tournante du Conseil de l’UE, qui échoit à Malte en janvier 2027, pourrait catalyser une coordination renforcée entre les 27 régulateurs nationaux.

Le marché américain, en pleine refonte réglementaire avec le CLARITY Act poussé par plus de 200 firmes crypto, accentue la pression concurrentielle. Si l’Europe ne corrige pas sa fragmentation, elle risque de perdre définitivement son avantage comparatif.

Lecture CryptoActu Le constat de Richard Teng dépasse le cas Binance : il révèle le dilemme d’une union réglementaire sans supervision unique. Quand 27 régulateurs interprètent MiCA avec leurs priorités nationales, le marché unique perd son attraction. La réponse de l’ESMA dans les 6 prochains mois déterminera si l’Europe reste un pôle crédible.

À retenir

L’Europe dispose d’un cadre pionnier avec MiCA, mais l’application disparate par 4 États membres fragilise cet avantage. Le coût de fragmentation atteint 15 à 20 millions d’euros par an pour les grands exchanges. L’horloge tourne : si Bruxelles n’active pas ses leviers de coordination d’ici fin 2026, l’exode des acteurs s’accélérera.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le règlement MiCA ?

Le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets) est un cadre juridique européen entré en application complète en 2025. Il crée un passeport unique permettant à un prestataire de services crypto agréé dans un État membre d’opérer dans les 26 autres, avec des exigences harmonisées de fonds propres et de transparence.

Pourquoi Binance critique-t-il l’application de MiCA ?

Binance constate que certains régulateurs nationaux ajoutent des exigences de capitalisation 30 à 50 % supérieures au socle MiCA. Cette fragmentation coûte 15 à 20 millions d’euros par an en frais juridiques à un exchange mondial et pousse les entreprises vers des hubs plus prévisibles comme Dubaï.

MiCA reste-t-il un avantage pour l’Europe ?

Oui, le cadre européen conserve une avance réglementaire de 18 mois sur la plupart des juridictions. Mais cette avance s’érode : 22 % de startups crypto supplémentaires ont choisi de s’incorporer hors UE depuis janvier 2025, et les volumes spot sur les exchanges régulés stagnent à 12,4 milliards de dollars par jour.

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