Les stablecoins en euros ne représentent qu’une fraction marginale du marché mondial, dominé à plus de 90 % par des émetteurs en dollars selon un rapport Blockchain for Europe publié fin avril 2026. MiCA a posé des garde-fous solides, mais ses contraintes sur les réserves et l’interdiction de rémunérer les détenteurs pèsent directement sur l’attractivité des jetons libellés en euro. Le cadre réglementaire européen se retrouve ainsi pris entre 2 objectifs difficilement conciliables : protéger les utilisateurs et rester compétitif à l’échelle mondiale.
Au programme
- MiCA oblige les émetteurs de stablecoins en euros à placer 30 à 60 % des réserves en dépôts bancaires, limitant leur rendement (rapport Blockchain for Europe, avril 2026)
- L’interdiction de verser des intérêts aux détenteurs d’e-money tokens freine l’adoption face aux stablecoins en dollars
- Le patron de Bybit alerte séparément sur la rentabilité des exchanges en Europe sous le régime MiCA
Qu’est-ce que MiCA impose aux stablecoins en euros ?
Entré en vigueur progressivement depuis fin 2024, MiCA classe les stablecoins adossés à une monnaie fiat en “e-money tokens” (EMT). Ce statut impose des obligations strictes : les émetteurs doivent conserver entre 30 % et 60 % de leurs réserves en dépôts bancaires, le reste devant être placé en actifs liquides de haute qualité. Le rapport de Blockchain for Europe pointe cette règle comme un frein structurel. Les dépôts bancaires génèrent peu ou pas de rendement dans un environnement de taux bas, ce qui comprime la rentabilité des émetteurs. Surtout, MiCA interdit explicitement de reverser une partie de ces revenus aux détenteurs de tokens. À l’inverse, les stablecoins en dollars - USDT et USDC en tête - opèrent sous des juridictions plus souples, notamment aux États-Unis, et peuvent investir leurs réserves dans des bons du Trésor à rendement élevé. Cette asymétrie réglementaire place les émetteurs européens dans une position structurellement désavantagée, sans qu’aucune mesure compensatoire ne soit prévue à ce stade dans le texte européen.
Quelles réformes propose le rapport Blockchain for Europe ?
Le rapport identifie 3 axes prioritaires de réforme. Il recommande d’abord d’autoriser les EMT à reverser une partie des revenus nets des réserves à leurs détenteurs, sous réserve d’un cadre de transparence et de publication des données financières. Le texte suggère ensuite d’assouplir ou de supprimer l’obligation de placer 30 % à 60 % des réserves en dépôts bancaires, au profit d’une palette d’actifs liquides plus larges. Troisième piste : clarifier le cadre applicable aux utilisations transfrontalières et à l’accès aux infrastructures des banques centrales. Ces recommandations émanent d’une association professionnelle, et non d’une institution publique, ce qui leur confère un statut de proposition sans garantie d’adoption. Elles s’inscrivent toutefois dans un contexte où la Commission européenne doit réviser certains aspects de MiCA à horizon 2026-2027. La tension entre sécurité et compétitivité n’est pas nouvelle : les stablecoins sont sous surveillance réglementaire depuis plusieurs années en Europe, sans que l’équilibre n’ait encore été trouvé.
“MiCA a rendu les stablecoins en euros plus sûrs, mais aussi moins compétitifs face à leurs équivalents en dollars.” - Rapport Blockchain for Europe, avril 2026
Pourquoi les acteurs de l’industrie s’inquiètent-ils ?
L’alerte ne vient pas seulement des émetteurs de stablecoins. Ben Zhou, directeur général de Bybit, a publiquement mis en doute la viabilité économique des opérations d’exchange sous MiCA en Europe, pointant des contraintes de rentabilité qui pourraient conduire des plateformes à limiter leur présence sur le continent. Ce signal rejoint les critiques du rapport Blockchain for Europe sur un point central : MiCA a été conçu pour protéger les consommateurs et stabiliser le marché, deux objectifs atteints selon la plupart des analyses. Mais le cadre n’a pas intégré de mécanisme permettant aux acteurs européens de rivaliser avec des concurrents opérant sous des juridictions moins contraignantes, notamment américaines ou émiraties. Ce déséquilibre est d’autant plus sensible que l’USDC gagne du terrain sur l’USDT dans plusieurs segments du marché, sans que des équivalents en euros n’émergent. La question de l’impact du dollar numérique et des stablecoins sur la souveraineté monétaire européenne reste entière.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que MiCA interdit aux stablecoins en euros ?
MiCA interdit aux émetteurs d’e-money tokens de rémunérer les détenteurs avec les revenus générés par les réserves. Il impose également de placer entre 30 % et 60 % des réserves en dépôts bancaires à faible rendement, limitant ainsi la compétitivité des stablecoins en euros face aux équivalents en dollars.
Pourquoi les stablecoins en euros sont-ils si peu utilisés ?
Les stablecoins en dollars représentent plus de 90 % du marché mondial selon le rapport Blockchain for Europe d’avril 2026. Les contraintes de MiCA sur les réserves et l’interdiction de rémunération rendent les stablecoins en euros moins attractifs pour les investisseurs et les plateformes cherchant un rendement sur leurs avoirs.
Quelles réformes sont proposées pour corriger MiCA sur les stablecoins ?
Le rapport Blockchain for Europe recommande 3 réformes : autoriser les émetteurs à reverser des revenus nets aux détenteurs, assouplir les règles de réserve en dépôts bancaires, et clarifier le cadre transfrontalier. Ces propositions restent à ce stade des recommandations non contraignantes, à destination des législateurs européens.
À retenir
MiCA a réussi son pari de sécurisation du marché européen des stablecoins. Mais le rapport Blockchain for Europe confirme un angle mort : la compétitivité des stablecoins en euros reste insuffisante face au dollar. Les débats sur une révision ciblée du texte seront à suivre dans la fenêtre de révision 2026-2027.
Sources
- Cointribune - MiCA renforce la sécurité mais affaiblit les stablecoins en euros
- Cointelegraph - MiCA has made euro stablecoins safe but weak, new report argues
- Wu Blockchain - Rapport recommande la réforme de MiCA