La Commission européenne a lancé une consultation publique sur une révision du règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets, 2023/1114), surnommée MiCA 2.0, avec une date limite au 31 août 2026 pour les contributions. Quatre chantiers simultanés sont ouverts : stablecoins, DeFi, tokenisation et optimisation du statut CASP. Un texte révisé n’est pas attendu avant 2028.
Pourquoi la Commission rouvre-t-elle MiCA si tôt ?
MiCA a déployé ses 2 volets en six mois : stablecoins au 30 juin 2024, CASP au 30 décembre 2024. Moins de 2 ans après son entrée en vigueur complète, Bruxelles identifie des angles morts notables.
Le règlement initial a volontairement écarté la DeFi et les marchés de prédiction, faute de consensus politique. MiCA 2.0 vise à combler ce vide. La Commission cherche aussi à affiner la définition des crypto-actifs, source d’insécurité juridique pour les émetteurs de tokens hybrides et de RWA. Pour les plateformes françaises en transition PSAN vers CASP, la date butoir reste fixée au 1er juillet 2026 : une révision du texte n’affecterait pas cette échéance proche.
Quels changements le secteur réclame-t-il sur les stablecoins ?
C’est le volet le plus sensible. Les discussions portent sur 3 points : gestion des réserves, modalités d’émission, et restrictions sur les rendements versés aux détenteurs d’EMTs.
Plusieurs émetteurs estiment que les règles actuelles sur les réserves des stablecoins sous MiCA pénalisent la compétitivité européenne face à Circle (USDC) et Tether (USDT), qui opèrent depuis des juridictions plus souples. La restriction sur les rendements est particulièrement contestée : MiCA interdit aux EMTs de verser des intérêts, pour les distinguer des dépôts bancaires. Le secteur réclame un assouplissement encadré. L’impact de MiCA sur les stablecoins euros avait déjà illustré cette tension lors des premières délistings de 2024.
Comment la DeFi pourrait-elle être régulée ?
C’est le chantier le plus complexe. La finance décentralisée repose sur des protocoles sans intermédiaire identifiable, ce qui rend difficile l’application des obligations CASP : agrément, KYC, Travel Rule au-delà de 1 000 €.
Trois pistes sont explorées : réguler par les interfaces plutôt que les smart contracts, créer un régime allégé pour les protocoles véritablement décentralisés, ou proposer une accréditation optionnelle pour servir des clients institutionnels. Les marchés de prédiction, comme Polymarket, entrent aussi dans ce périmètre. Pour les acteurs de la DeFi déjà structurés, un label réglementaire européen pourrait renforcer l’accès aux capitaux institutionnels. La même logique qui a pesé sur les stablecoins - chaque gain de sécurité se traduit par une perte face aux émetteurs extra-européens - risque de se répéter si les contraintes DeFi sont jugées trop lourdes.
Mise en perspective MiCA 2.0 teste la capacité de l’UE à réguler sans asphyxier. Sur les stablecoins, Bruxelles a déjà concédé des parts de marché à des émetteurs américains moins contraints. La DeFi pose le même dilemme à une échelle supérieure : un cadre trop strict repousserait les protocoles hors d’Europe, un cadre trop souple viderait MiCA de sa substance.
Questions fréquentes
Quelle est la date limite pour contribuer à la consultation MiCA 2.0 ?
Les contributions à la consultation publique lancée par la Commission européenne doivent être soumises avant le 31 août 2026. Le secteur - émetteurs, plateformes, associations professionnelles - peut répondre directement via le portail officiel de la Commission.
Quand un texte MiCA 2.0 pourrait-il entrer en vigueur ?
Un texte législatif formel n’est pas attendu avant 2028, compte tenu des délais du processus européen : négociation trilogale, vote du Parlement et du Conseil, puis période de transition. La régulation crypto en Europe reste donc celle de MiCA actuel jusqu’à cette date.
La DeFi sera-t-elle interdite en Europe sous MiCA 2.0 ?
Non. La Commission explore des cadres adaptés, pas une interdiction. 3 options sont étudiées : réguler les interfaces, créer un régime allégé pour les protocoles décentralisés, ou instaurer une accréditation volontaire. L’objectif déclaré est de sécuriser les utilisateurs sans bloquer l’innovation.
À retenir
La consultation ferme le 31 août 2026. Un texte ne peut pas arriver avant 2028. À surveiller d’ici là : la position de la Commission sur les rendements des stablecoins et le premier projet de cadre DeFi, qui définiront l’architecture réglementaire crypto européenne pour la prochaine décennie.
Sources
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