En février 2023, le président du Financial Stability Board (FSB) alertait les ministres des Finances du G20 : la majorité des stablecoins alors en circulation ne satisfaisaient pas aux normes réglementaires en préparation. Cette mise en garde était fondée, et les années suivantes ont donné raison au FSB. En Europe, le règlement MiCA a matérialisé ces exigences depuis le 30 juin 2024 : une poignée de stablecoins ont obtenu leur agrément, tandis que l’USDT de Tether a été retiré de la plupart des plateformes européennes.
Ce que le FSB avait prévu en 2023
Le Financial Stability Board, organisme de surveillance internationale dont les recommandations ne sont pas contraignantes mais très suivies, avait publié en juillet 2023 ses recommandations finales pour la régulation des stablecoins “globaux”. Dix principes articulés autour de quatre axes : gouvernance, gestion des risques, droits de rachat à parité et accès des superviseurs aux données.
Il est important de noter que de nombreuses pièces stables existantes ne satisferaient actuellement pas à ces recommandations de haut niveau, ni aux normes de la BRI (Banque des règlements internationaux).
Klaas Knot, président du FSB, lettre aux ministres des Finances du G20, février 2023
Le problème central pointé à l’époque : les réserves des grands émetteurs étaient souvent insuffisamment sécurisées, adossées à de la dette à court terme non garantie ou à des instruments financiers ne correspondant pas à leurs équivalents de trésorerie. Les émetteurs comme Circle (USDC) et Tether (USDT) avaient certes entrepris des efforts de transparence - rapports d’attestation trimestriels, réduction de l’exposition aux billets de trésorerie - mais la question de la conformité réglementaire formelle restait entière.
MiCA : le cadre européen entre en vigueur
Le règlement européen Markets in Crypto-Assets (MiCA) a appliqué ses règles stablecoins à partir du 30 juin 2024, soit bien avant les dispositions relatives aux prestataires de services (entrées en vigueur le 30 décembre 2024). Pour être autorisé à émettre un stablecoin dans l’EEE, un émetteur doit :
- Disposer d’un agrément d’établissement de monnaie électronique (EME) pour les EMT (jetons de monnaie électronique, adossés à une seule devise)
- Ou d’une autorisation spécifique pour les ART (jetons se référant à un actif, adossés à un panier d’actifs ou de devises)
- Maintenir au moins 30 % des réserves en dépôts dans des établissements de crédit
- Garantir le rachat à parité à tout moment
La supervision est partagée : l’Autorité bancaire européenne (EBA) supervise tous les ART et EMT significatifs, l’ESMA coordonne les registres centraux des fournisseurs de services.
Les stablecoins autorisés en Europe à juin 2026
Une douzaine d’émetteurs ont obtenu leur autorisation MiCA à travers six États membres. Les principaux EMT autorisés à juin 2026 :
| Stablecoin | Émetteur | Juridiction | Devise |
|---|---|---|---|
| USDC | Circle France | France (ACPR) | USD |
| EURC | Circle France | France (ACPR) | EUR |
| EURCV | Société Générale-FORGE | France (ACPR/crédit) | EUR |
| EURQ | Quantoz Payments | Pays-Bas (DNB) | EUR |
| USDQ | Quantoz Payments | Pays-Bas (DNB) | USD |
| USDG | Paxos | Finlande (FIN-FSA) | USD |
| EURI | Banking Circle | Luxembourg (CSSF) | EUR |
| EURR | StablR | Malte (MFSA) | EUR |
| EUROe | Membrane Finance | Finlande | EUR |
Circle a été parmi les premiers à obtenir l’agrément, en juillet 2024 via l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) française. Cet agrément d’établissement de monnaie électronique vaut passeport européen : USDC et EURC peuvent être proposés dans les 27 États membres sans autorisation nationale supplémentaire.
Société Générale-FORGE, filiale numérique du groupe bancaire français, a sécurisé la conformité de son EURCV via son statut d’établissement de crédit déjà supervisé par l’ACPR, évitant ainsi la procédure d’agrément EMI standard.
USDT delisté : la rupture majeure
La conséquence la plus visible pour les utilisateurs européens reste le retrait de l’USDT de Tether des plateformes régulées. Tether n’a pas poursuivi de démarche MiCA et ne dispose d’aucune entité agréée pour émettre l’USDT dans l’EEE.
La chronologie des retraits :
- Décembre 2024 : Coinbase Europe retire l’USDT de son offre de trading au comptant.
- Janvier 2025 : Crypto.com cesse l’offre USDT pour les clients UE, avec conversion imposée avant fin mars.
- Mars 2025 : Binance désengage neuf stablecoins non-MiCA pour les utilisateurs EEE, dont l’USDT. Kraken passe en mode “vente uniquement” avant de couper totalement fin mars.
L’ESMA a précisé que la détention et le transfert d’USDT vers un wallet non-hébergé restent autorisés. Seule l’offre au public et l’admission au trading sur plateformes régulées sont prohibées. Les utilisateurs peuvent conserver leur USDT, mais ne peuvent plus en acheter ni en vendre via les exchanges européens supervisés.
Parmi les stablecoins également dépourvus d’agrément MiCA à mi-2026 : DAI (MakerDAO), USDe (Ethena), FDUSD (First Digital), PYUSD (PayPal).
Le FSB confirme en 2025 : des lacunes persistantes mondiales
En octobre 2025, le FSB a publié une revue thématique sur l’implémentation de ses recommandations crypto et stablecoins à l’échelle mondiale. Le constat reste sévère : si les avancées sur la réglementation des marchés de crypto-actifs sont réelles, le cadre des stablecoins globaux accuse un retard significatif.
L’avancement de la mise en œuvre reste incomplet, inégal et incohérent. Cela crée des opportunités d’arbitrage réglementaire.
Arthur Yuen, responsable de l’équipe d’experts FSB sur les cryptoactifs, rapport d’octobre 2025
Peu de juridictions ont finalisé leur cadre réglementaire pour les stablecoins globaux, et celles qui l’ont fait présentent un alignement limité avec les recommandations FSB. L’Union européenne, avec MiCA, constitue l’exception la plus avancée, mais l’implémentation reste partielle hors UE, notamment aux États-Unis où le cadre fédéral pour les stablecoins n’était toujours pas adopté à mi-2026.
Ce que cela change concrètement pour les investisseurs
Pour quiconque détient ou utilise des stablecoins en Europe, les implications pratiques sont directes. Les stablecoins autorisés comme USDC et EURC offrent des garanties de rachat à parité, des réserves auditées et une couverture par les mécanismes de supervision européens. Les stablecoins non-autorisés peuvent encore être détenus, mais leur accès via les plateformes régulées est restreint.
L’impact sur la DeFi est plus complexe : les protocoles décentralisés ne relèvent pas directement de MiCA, ce qui laisse une zone grise pour l’utilisation d’USDT dans la finance décentralisée depuis l’Europe. L’ESMA étudie cette question dans le cadre de son suivi du règlement.
Pour comparer les stablecoins disponibles et leur capitalisation en temps réel, l’outil convertisseur crypto permet de suivre les parités. La heatmap donne une vue instantanée des flux de marché, y compris sur les paires stablecoins. La page de suivi Bitcoin et la page Ethereum permettent de mettre ces évolutions réglementaires en perspective avec les actifs sous-jacents.
Pour aller plus loin sur le cadre réglementaire, voir notre glossaire MiCA, notre article sur les smart contracts au cœur des stablecoins algorithmiques, et notre guide sur les plateformes PSAN agréées AMF pour choisir un exchange conforme en France.
Sources
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HACKS & SÉCURITÉPamStealer vole mots de passe, keychains et wallets crypto
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HACKS & SÉCURITÉStep Finance : un hack de 21,4 M$ blanchis via Tornado Cash