La bataille réglementaire autour des marchés prédictifs s’intensifie sur deux fronts simultanés. Le Kentucky a lancé une poursuite judiciaire contre Kalshi et Polymarket pour paris sportifs sans licence d’État. Quelques jours plus tôt, un juge fédéral du Michigan avait estimé que Polymarket n’avait pas de chances sérieuses de succès face aux régulateurs de cet État. La CFTC, qui revendique une compétence fédérale exclusive sur ces plateformes, se retrouve fragilisée par ces deux coups.
En bref
Le procureur général républicain du Kentucky, Russell Coleman, a assigné Kalshi et Polymarket en justice pour avoir opéré des paris sportifs sans licence dans son État. Paradoxe notable : le Kentucky avait voté à 64 % pour Donald Trump en 2024, lequel soutient publiquement la compétence exclusive de la CFTC sur ces contrats. La plainte vise également les distributeurs des plateformes, dont Coinbase, Robinhood et Webull, accusés de ne pas fournir les ressources d’aide au jeu prévues par la loi locale.
Pourquoi ce juge du Michigan fragilise toute la stratégie de la CFTC ?
La décision du juge fédéral du Michigan représente un revers direct pour la stratégie de Polymarket. Le magistrat a estimé que la plateforme n’était pas susceptible d’obtenir gain de cause sur le fond, dans son action contre les régulateurs du Michigan. Cette formulation technique est lourde de conséquences : elle signifie que la thèse selon laquelle la CFTC aurait autorité exclusive sur les marchés prédictifs sportifs ne convainc pas ce tribunal.
La CFTC avait pourtant engagé des actions contre 8 États au total pour défendre sa compétence sur les contrats d’événements. Cette décision du Michigan ouvre une brèche dans ce dispositif juridique, en offrant aux États un précédent judiciaire favorable à leur position.
Comment le Kentucky vient encore compliquer l’équation fédérale ?
L’action du procureur Coleman illustre une tendance lourde observée depuis plusieurs mois dans la confrontation entre la CFTC et les États : même des États politiquement alignés avec l’administration Trump refusent de céder leur pouvoir réglementaire sur les jeux d’argent.
La plainte du Kentucky cible un point précis : l’absence de ressources d’aide aux joueurs compulsifs, obligation légale dans de nombreux États pour tout opérateur de paris. Coinbase, Robinhood et Webull se retrouvent ainsi dans la ligne de mire en tant que distributeurs, ce qui élargit considérablement le périmètre du litige.
Cela crée une situation inédite : Trump avait explicitement demandé à la CFTC de défendre sa compétence exclusive sur ces marchés, mais ses propres soutiens électoraux dans des États comme le Kentucky choisissent une voie contraire devant les tribunaux.
Que veulent les groupes de jeux traditionnels au Congrès ?
Pendant que les tribunaux tranchent État par État, les organisations professionnelles du secteur des jeux et casinos ont choisi une autre arène : le Congrès. Ces groupes demandent aux sénateurs d’inscrire dans le CLARITY Act une disposition explicite interdisant aux marchés prédictifs de proposer des paris sur des événements sportifs.
Leur argument central : la CFTC n’a pas la légitimité pour superviser ce qui ressemble, selon eux, à des paris sportifs déguisés en contrats à terme. Cette tension entre marchés prédictifs et cadre des paris sportifs avait déjà fait surface lors du litige opposant la CFTC au Nouveau-Mexique. Les lobbies du jeu traditionnel y voient une concurrence déloyale, car les marchés prédictifs échappent aux contraintes de licence et de protection du joueur imposées aux casinos.
Le vote au Sénat sur le CLARITY Act reste à programmer. Mais chaque décision judiciaire défavorable à la CFTC renforce la position des partisans d’un cadrage législatif restrictif.
Quel avenir pour Kalshi et Polymarket aux États-Unis ?
Polymarket avait amorcé un retour sur le marché américain en misant sur l’appui de la CFTC sous l’administration Trump. Ce calendrier judiciaire défavorable complique la feuille de route. Avec une décision du Michigan qui doute de ses chances au fond, et une nouvelle poursuite au Kentucky, la plateforme accumule des obstacles juridiques dans des États qui représentent des marchés réels.
Wintermute avait estimé le volume global des marchés prédictifs à 60 milliards de dollars pour 2026, soulignant le potentiel commercial du secteur. Mais ce potentiel reste suspendu à une clarification juridique que ni les tribunaux ni le Congrès n’ont encore apportée.
Lecture CryptoActu La décision du juge du Michigan est peut-être plus décisive que la plainte du Kentucky. Elle prive Polymarket d’un argument juridique central et offre à tous les États un précédent à invoquer. Si d’autres juges fédéraux suivent ce raisonnement, la stratégie de la CFTC s’effondre sans attendre un vote au Congrès.
À retenir
Le Kentucky devient le 9e front judiciaire ouvert contre les marchés prédictifs, tandis qu’un juge fédéral du Michigan remet en question la compétence même de la CFTC. À surveiller : les prochaines audiences dans les 8 États déjà en litige et le calendrier du CLARITY Act au Sénat américain, qui pourrait trancher définitivement le débat législatif.
Sources
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