En mars 2023, la division recherche de Galaxy Digital estimait que le marché des Ordinals sur Bitcoin pourrait peser 4,5 milliards de dollars à l’horizon 2025. Trois ans plus tard, la trajectoire réelle mérite un examen honnête : le protocole a survécu, son marché beaucoup moins.

Au programme Ce que disait exactement la prévision de Galaxy, les volumes constatés depuis, le retrait de Magic Eden du marché Bitcoin et ce qui explique que les inscriptions continuent malgré tout de grimper.

Ce que promettait la prévision de 2023

Le protocole Ordinals, activé fin janvier 2023 par le développeur Casey Rodarmor, permet de graver un fichier directement dans la blockchain Bitcoin et de le rattacher à un satoshi numéroté. Contrairement aux NFT classiques, l’objet réside intégralement en chaîne.

L’engouement fut immédiat : 300 000 inscriptions en cinq semaines, un rallye du bitcoin alimenté en partie par cette activité, puis l’arrivée de Yuga Labs avec la collection TwelveFold. Galaxy en déduisait qu’un écosystème natif venait de naître et projetait le marché à 4,5 milliards de dollars.

Le raisonnement supposait deux choses : que les grandes marketplaces suivraient, et que la liquidité s’installerait durablement. Aucune des deux ne s’est vraiment vérifiée.

Techniquement, rien de tout cela n’aurait été possible sans la mise à jour Taproot de novembre 2021, qui a relevé la quantité de données inscriptibles dans un bloc. Le protocole exploite une capacité que Bitcoin n’avait pas prévue pour cet usage.

Les volumes réels, très loin du compte

Volume mensuel des Ordinals face à la prévision Les Ordinals ont échangé 53 millions de dollars en janvier 2026, 33,6 millions en février et 46,8 millions en mars, alors qu'un marché à 4,5 milliards par an supposerait 375 millions par mois. Volume mensuel échangé sur les Ordinals En millions de dollars, début 2026 Janvier 2026 53 M$ Février 2026 33,6 M$ Mars 2026 46,8 M$ 375 M$ par mois rythme requis pour 4,5 Md$ par an Sources : agrégateurs de volume Ordinals, Dune Analytics

Sur les trois premiers mois de 2026, les Ordinals ont échangé entre 33 et 53 millions de dollars par mois. Annualisé, cela représente environ un demi-milliard de dollars de volume, soit un ordre de grandeur sous la cible de Galaxy.

La comparaison mérite une précaution : la prévision portait sur la taille du marché, le volume échangé n’en est qu’un reflet partiel. L’écart reste néanmoins trop large pour être imputé à la seule différence de métrique.

Le contraste avec les pics de 2023 et 2024 est net. À l’époque, l’activité des inscriptions pesait suffisamment sur le réseau pour faire flamber les frais de transaction et diviser la communauté sur la légitimité même du protocole.

Le retrait de Magic Eden acte le reflux

Fin février 2026, Magic Eden a annoncé l’arrêt de son support des Ordinals, des Runes et des NFT EVM. Les échanges ont cessé le 9 mars, les interfaces de programmation ont été coupées le 27 mars.

La plateforme a justifié la décision par une répartition devenue intenable : 80 % de ses coûts opérationnels étaient absorbés par des produits générant 20 % de ses revenus, tandis que Solana représentait plus de 85 % de son volume. Un arbitrage économique, pas idéologique.

Le volume n’a pas disparu pour autant, il s’est déplacé vers des places spécialisées qui ont repris les collections orphelines. Mais la sortie de l’acteur qui avait fait des Ordinals un marché grand public en dit long sur la profondeur réelle de la demande.

Ce mouvement est d’autant plus frappant qu’en 2023, les Ordinals avaient propulsé Bitcoin à la deuxième place des blockchains NFT en volume échangé. La hiérarchie s’est depuis inversée, Solana concentrant l’essentiel de l’activité.

Pourquoi les inscriptions continuent de grimper

Paradoxe apparent : le nombre total d’inscriptions a franchi les 117 millions à la mi-janvier 2026, contre une centaine de millions en novembre 2025, alors même que le bitcoin reculait d’environ 23 % sur la période.

L’explication tient à la nature de l’activité. Inscrire un fichier ne suppose aucun acheteur en face, seulement des frais de transaction. La croissance du compteur mesure l’usage du protocole, pas la valorisation du marché secondaire, deux choses que 2023 confondait allègrement.

Cette activité de fond a d’ailleurs élargi son périmètre, avec les jetons BRC-20 puis les Runes, comme le détaille notre guide des actifs Bitcoin. Le protocole s’est même exporté, avec les Ethscriptions sur Ethereum.

Ce qu’il faut en retenir

La prévision de 2023 illustre un biais récurrent des prévisions crypto : extrapoler une courbe d’adoption technique en courbe de valorisation. Les Ordinals ont réussi la première et manqué la seconde.

Le protocole n’est pas mort pour autant. Il conserve une communauté active, un compteur d’inscriptions qui progresse et une utilité claire pour qui veut ancrer un fichier de façon permanente sur la chaîne la plus sécurisée du secteur. Ce qui a disparu, c’est la promesse d’un marché de plusieurs milliards, celle qui avait attiré les capitaux pendant la croissance explosive de 2023.

Pour l’investisseur, la leçon vaut au-delà du seul marché NFT. Un chiffre d’usage en hausse ne garantit ni liquidité ni prix, et les plateformes qui portaient un secteur peuvent s’en retirer en quelques semaines. Le reste du marché NFT offre des cas comparables, à commencer par les revirements successifs d’OpenSea.

Sources

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