En octobre 2022, le Comité de Bâle pour le contrôle bancaire a publié la première étude systématique sur l’exposition des institutions financières aux crypto-actifs. Sur 182 banques interrogées, seules 19 ont soumis des données. Le total déclaré s’élevait à 9,4 milliards d’euros, soit 0,14% de l’exposition totale de ces banques, selon le rapport officiel de la BIS.

En bref

  • 9,4 milliards d’euros d’exposition crypto déclarés par 19 banques sur 182 interrogées (BIS, 2022)
  • Soit 0,14% de leur exposition totale pondérée, bien en dessous du plafond de 1% fixé par Bâle
  • Bitcoin et Ether représentaient ensemble 90% de l’exposition directe et indirecte
  • L’étude souffrait de limites méthodologiques majeures, reconnues par le Comité lui-même
  • Les services de garde constituaient la principale activité bancaire liée aux cryptos

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Répartition de l'exposition crypto des banques — 2022 BTC direct 31% ETH direct 22% BTC indir. 25% ETH indir. 10% Autres (XRP, DOT, SOL…) 12%
Répartition de l'exposition crypto des banques par actif sous-jacent, 2022. Source : rapport BIS/BCBS d541.

Quelle était l’ampleur réelle de l’exposition crypto des banques en 2022 ?

Le Comité de Bâle a publié en octobre 2022 un rapport intitulé “L’exposition des banques aux crypto-actifs - un nouvel ensemble de données”. C’était l’un des premiers exercices institutionnels du genre à l’échelle mondiale. Le chiffre de 9,4 milliards d’euros sonnait alarmant en surface, mais ramenait à 0,14% de l’exposition totale des banques déclarantes, soit un niveau très marginal.

Renzo Corrias, membre du Secrétariat du Comité, précisait : “En termes relatifs, ces expositions ne représentent que 0,14% des expositions totales sur une base moyenne pondérée sur l’ensemble de l’échantillon.” Elargie à l’ensemble des 182 banques, y compris celles n’ayant pas déclaré d’exposition, la part tombait à 0,01%, loin du plafond de 1% hors stablecoins que le Comité avait lui-même fixé comme seuil d’alerte.

[UNIQUE INSIGHT] Le faible taux de réponse (19 banques sur 182) n’est pas un détail mineur. Il signifie que les données collectées représentent probablement les établissements les plus engagés dans la crypto, ce qui biaise la mesure vers le haut. L’exposition réelle de l’ensemble du système bancaire était sans doute encore plus marginale que les 0,01% calculés.

Quelle était la nature des activités bancaires liées aux cryptomonnaies ?

L’étude du Comité distinguait plusieurs catégories d’activités. Les services de garde constituaient la plus importante, devant les avoirs directs, les prêts crypto et les services de compensation et de tenue de marché. Cette hiérarchie n’est pas surprenante : les banques avaient d’abord développé des activités de conservation d’actifs numériques pour le compte de clients institutionnels, avant de prendre des positions directes.

Bitcoin et Ether dominaient très largement le paysage. En exposition directe, BTC représentait 31% et ETH 22%. En ajoutant les instruments dérivés et produits structurés dont ils étaient les sous-jacents (25% pour BTC, 10% pour ETH), les deux actifs constituaient à eux seuls 90% de l’exposition totale déclarée.

Les autres cryptomonnaies occupaient des parts négligeables. Polkadot (DOT) et Ripple (XRP) atteignaient 2% chacun. Cardano (ADA), Solana (SOL) suivaient à 1%, Litecoin (LTC) et Stellar (XLM) à 0,4%.

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Pourquoi les données du rapport Bâle étaient-elles à prendre avec prudence ?

Le Comité lui-même invitait à la prudence sur ses propres conclusions. Renzo Corrias reconnaissait dans le rapport que “il est difficile de déterminer si certaines banques ont sous-déclaré ou sur-déclaré leurs expositions aux crypto-actifs”. L’exercice reposait sur la bonne volonté des participants, sans méthodologie standardisée ni vérification indépendante.

Cette limite structurelle tient à la nouveauté du sujet. En 2022, les régulateurs ne disposaient pas encore d’un cadre comptable harmonisé pour les crypto-actifs. Chaque banque pouvait donc classer et valoriser ses positions selon ses propres conventions, rendant les comparaisons fragiles.

[PERSONAL EXPERIENCE] Ce problème de mesure est typique des premières phases de régulation d’une nouvelle classe d’actifs. Les mêmes difficultés avaient été rencontrées avec les dérivés de crédit structurés au début des années 2000, avant que Bâle II puis III n’imposent des standards de reporting uniformes.

Quel était le contexte réglementaire plus large autour de cette étude ?

Le Comité de Bâle n’avait pas attendu cette étude pour s’intéresser aux cryptomonnaies. Plusieurs préconisations antérieures avaient déjà suscité des réactions vives de la part des acteurs institutionnels, notamment sur le plafond de 1% d’exposition aux actifs non garantis. Certains grands établissements s’étaient opposés à cette limite jugée trop restrictive.

La Banque centrale européenne contribuait de son côté à ce débat, plaidant pour une harmonisation de la réglementation au sein de l’Union Européenne pour les banques actives en crypto. Ce double mouvement, Bâle au niveau mondial, BCE au niveau européen, dessinait les contours d’un cadre réglementaire qui allait progressivement se préciser dans les années suivantes avec l’adoption du règlement MiCA en Europe.

Questions fréquentes

Que signifie le plafond de 1% fixé par le Comité de Bâle sur les cryptos ?

Le Comité de Bâle a proposé de limiter à 1% des fonds propres de première catégorie (Tier 1) l’exposition des banques aux crypto-actifs non garantis comme Bitcoin ou Ether. Ce seuil visait à prévenir un risque systémique en cas de chute brutale des marchés crypto. En 2022, l’exposition déclarée (0,01% sur l’ensemble des banques) restait très largement en dessous de ce plafond (BIS, 2022).

Pourquoi seules 19 banques sur 182 ont-elles déclaré une exposition crypto en 2022 ?

Deux raisons principales expliquent ce faible taux de réponse. Premièrement, la majorité des banques n’avaient simplement pas d’exposition significative à déclarer. Deuxièmement, la participation à l’étude était volontaire, sans mécanisme contraignant. La majorité des répondants étaient des banques américaines, ce qui reflète leur niveau d’implication plus élevé dans l’industrie crypto à cette époque (BIS, 2022).

Bitcoin et Ether dominent-ils toujours l’exposition bancaire aux cryptos aujourd’hui ?

En 2022, ces deux actifs représentaient 90% de l’exposition bancaire déclarée. Cette concentration s’explique par leur liquidité, leur profondeur de marché et leur ancienneté. Depuis, l’approbation des ETF Bitcoin spot aux États-Unis en janvier 2024 a créé de nouveaux vecteurs d’exposition institutionnelle, potentiellement en faveur d’instruments régulés plutôt que de détention directe. Les données actualisées restent partielles.

Sources

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