Au 8 mai 2026, 137 pays représentant 98 % du PIB mondial explorent une monnaie numérique de banque centrale, dont 13 en production active et 44 en pilote opérationnel (Atlantic Council CBDC Tracker, 2026). La Chine domine la course avec un e-CNY déployé dans 11 villes pilotes et plus de 1,4 million de commerçants connectés. La BCE a lancé la phase préparatoire de l’e-euro en novembre 2023, avec une décision finale attendue fin 2026. À l’inverse, les États-Unis ont fermé la porte à toute CBDC retail via l’executive order Trump de mars 2025. Tour d’horizon factuel.

Au programme

  • 137 pays explorent une CBDC en mai 2026, 13 en production (Atlantic Council, 2026).
  • Chine, zone euro, Sénégal, Inde, Brésil : où en sont les projets phares ?
  • Pourquoi les États-Unis ont interdit toute CBDC retail (Trump EO mars 2025) ?

Note de mise à jour. Cet article est une refonte complète, datée du 8 mai 2026, du dossier publié initialement sur la BRI en juin 2020. Les chiffres CBDC bougent rapidement : pour les statuts pays par pays en temps réel, consulter directement le tracker Atlantic Council référencé en sources.

Qu’est-ce qu’une CBDC, retail ou wholesale ?

Une CBDC (Central Bank Digital Currency, ou MNBC en français) est une forme numérique de la monnaie émise par une banque centrale, ayant cours légal et garantie par l’État. Au 8 mai 2026, le Bank for International Settlements recense deux catégories distinctes : les CBDC retail, accessibles au grand public et aux commerçants, et les CBDC wholesale, réservées aux paiements interbancaires (BIS, 2024).

La CBDC retail vise à compléter ou remplacer le cash physique. Elle se présente sous forme d’application mobile ou de carte, utilisable pour les paiements quotidiens. Le e-yuan chinois et le Sand Dollar des Bahamas en sont les exemples les plus matures. La CBDC wholesale, elle, remplace les réserves bancaires existantes par un token numérique pour fluidifier les règlements interbancaires en temps réel. Le projet mBridge de la BIS, qui connecte les banques centrales chinoise, thaïlandaise, émiratie et hongkongaise, en est la déclinaison la plus avancée (BIS, 2024).

La distinction n’est pas anodine. Une CBDC retail soulève des questions d’inclusion financière, de surveillance et de désintermédiation bancaire, tandis qu’une CBDC wholesale relève d’un débat technique entre régulateurs et institutions. Les deux peuvent coexister.

État mondial des CBDC en mai 2026 137 pays au total, dont 13 en production 13 Pays en production Bahamas, Nigeria, Jamaïque, Caraïbes Live 44 Pays en pilote Chine, Inde, Brésil, Suède, Japon, Russie Pilote opérationnel 80 Pays en R&D / décision Zone euro, Royaume-Uni, Canada, Australie Recherche / décision Source : Atlantic Council CBDC Tracker, mai 2026.
137 pays explorent une CBDC en 2026, contre 35 en mai 2020. Mais seuls 13 ont franchi le cap de la production grand public.

Le e-yuan chinois : leader mondial des CBDC en production

Le e-CNY (ou e-yuan), monnaie numérique de la People’s Bank of China, totalise plus de 250 milliards de yuans de transactions cumulées et est accepté par 1,4 million de commerçants dans 11 villes pilotes au 8 mai 2026. C’est de très loin la CBDC retail la plus avancée au monde, devant le Sand Dollar des Bahamas et l’eNaira nigérian (PBoC, 2024).

Pékin a lancé les premiers tests pilotes du e-CNY en avril 2020 dans quatre villes (Shenzhen, Suzhou, Chengdu, Xiong’an). Le périmètre s’est progressivement élargi à Shanghai, Pékin, Tianjin, Chongqing, Hong Kong, Macao et plusieurs zones provinciales jusqu’à couvrir 11 grandes métropoles en 2026. L’utilisation reste optionnelle pour les citoyens, mais le déploiement chez les marchands progresse rapidement, notamment dans les transports publics, le commerce de détail et les services administratifs.

Les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin en février 2022 ont été le premier test grandeur nature à l’international, avec plus de 300 000 transactions e-CNY enregistrées par les visiteurs étrangers (BIS, 2024). Depuis, la PBoC a élargi les corridors de paiement transfrontaliers via le projet mBridge avec Hong Kong, la Thaïlande et les Émirats. Pour Bitcoin, qui reste interdit en Chine continentale depuis 2021, l’e-CNY incarne la doctrine officielle, voir notre dossier complet sur Bitcoin qui détaille le contraste entre CBDC et crypto décentralisée.

Lecture CryptoActu. Le e-CNY n’est pas qu’une innovation de paiement : c’est un outil de souveraineté monétaire face au dollar et un instrument de surveillance financière intégrant programmabilité, expiration et restrictions ciblées. Aucune autre CBDC retail n’avance à cette échelle.

Pourquoi l’e-euro reste-t-il en phase préparatoire ?

La Banque centrale européenne a lancé la phase préparatoire de l’e-euro en novembre 2023, avec une décision finale d’émission attendue fin 2026 et un lancement opérationnel possible entre 2027 et 2028. Le projet vise à compléter le cash sans le remplacer, dans un contexte de baisse continue de l’usage des espèces en zone euro (BCE, 2024).

La BCE défend trois arguments principaux : préserver la souveraineté monétaire face aux stablecoins privés type USDC ou USDT, garantir un accès universel à la monnaie banque centrale dans une économie de plus en plus numérique, et protéger l’autonomie stratégique européenne face aux systèmes de paiement américains et chinois. La phase actuelle teste les briques techniques, la confidentialité et le rôle des intermédiaires bancaires.

Pays / zone Statut 2026 Phase clé Lancement potentiel
Chine (e-CNY) Pilote 11 villes 1,4 M commerçants Déploiement national progressif
Zone euro (e-euro) Phase préparatoire Décision BCE fin 2026 2027-2028
Bahamas (Sand Dollar) Production Live depuis 2020 Premier pays au monde
Nigeria (eNaira) Production Live depuis 2021 Adoption faible
Jamaïque (JAM-DEX) Production Live depuis 2022 Cible inclusion financière
Inde (e-rupee) Pilote Retail + wholesale Déploiement progressif
Brésil (DREX) Pilote Wholesale + retail Lancement attendu 2026-2027
Suède (e-krona) Pilote Décision politique en suspens Pas de calendrier ferme
Japon (Digital Yen) Pilote Phase 3 testing Décision politique 2026
Sénégal (e-CFA) Pilote BCEAO UEMOA Phase de test
États-Unis Interdit (EO Trump mars 2025) Bitcoin Reserve à la place Pas de CBDC retail

La principale ligne rouge politique reste la confidentialité. La BCE s’est engagée à un niveau de confidentialité supérieur à celui des cartes bancaires classiques, avec des transactions de faible montant pseudonymisées vis-à-vis des intermédiaires. Mais des associations comme La Quadrature du Net ou Privacy International alertent sur le risque de surveillance massive en cas d’évolution réglementaire. Pour les autres approches occidentales, voir notre revue de la régulation crypto qui suit les arbitrages parallèles.

Le e-CFA et les CBDC africaines : où en sont les pilotes ?

Le e-CFA porté par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) cible huit pays de l’UEMOA, avec un pilote actif au Sénégal et en Côte d’Ivoire dont les premiers retours d’expérience sont attendus pour fin 2026. L’Afrique compte par ailleurs deux CBDC en production : l’eNaira nigérian (lancé en octobre 2021) et la GhanaPay au Ghana (BCEAO, 2024).

L’eNaira reste l’exemple le plus instructif. Lancée par la Central Bank of Nigeria, la CBDC nigériane visait l’inclusion financière des 38 millions d’adultes non-bancarisés du pays. Trois ans après son lancement, l’adoption reste marginale : moins de 1 % de la population utilise activement l’eNaira, et le Naira physique demeure la monnaie dominante (BIS, 2024). Le retail nigérian préfère largement les services mobile money privés (OPay, PalmPay, MTN MoMo), plus simples et mieux distribués.

Le e-CFA tente d’éviter ce piège en couplant le pilote à des cas d’usage concrets, paiement de salaires publics, transferts de bourses étudiantes, paiement de petits commerçants. Le défi reste l’interopérabilité avec les systèmes mobile money existants comme Orange Money ou Wave, qui captent déjà l’essentiel des paiements digitaux ouest-africains. Reste à voir si les autorités monétaires accepteront la coexistence ou tenteront un déploiement quasi-exclusif.

Pourquoi les États-Unis n’ont-ils pas de CBDC ?

Le 6 mars 2025, le président Donald Trump a signé un executive order interdisant explicitement à la Federal Reserve d’émettre une CBDC retail destinée au grand public américain, et a créé en parallèle une Strategic Bitcoin Reserve. C’est la première fois qu’une économie majeure verrouille politiquement la voie d’une CBDC nationale (White House, 2025).

L’argument officiel développé par l’administration Trump tient en trois points. Une CBDC retail serait, selon le décret, incompatible avec la liberté financière des citoyens en raison du risque de surveillance et de programmabilité (capacité technique de bloquer des transactions, fixer des dates d’expiration, restreindre des achats). Elle représenterait par ailleurs une menace pour la stabilité du secteur bancaire en désintermédiant les dépôts. Enfin, elle ne serait pas nécessaire dans un pays disposant déjà d’une infrastructure de paiements privés mature, dollar inclus en stablecoin via USDC et USDT (Federal Reserve, 2022).

À la place, l’EO instaure une réserve stratégique en bitcoin avec les coins saisis par les autorités fédérales, et prévoit un cadre fédéral pour les stablecoins dollar-backed régulés. C’est un revirement complet par rapport à l’approche Biden, qui avait commandé en 2022 une étude d’impact CBDC à la Fed. L’enjeu géopolitique est explicite : Washington parie sur la diffusion mondiale du dollar via les stablecoins privés plutôt que via une CBDC fédérale. L’épisode du portefeuille Ethereum présumé du président, détaillé dans notre dossier dédié, illustre la proximité personnelle de l’administration avec les actifs crypto.

Quels sont les autres projets CBDC majeurs en 2026 ?

Inde, Brésil, Japon et Suède portent les pilotes CBDC les plus avancés en dehors de la Chine et de la zone euro, avec des architectures et des calendriers très contrastés selon les priorités politiques locales. Au 8 mai 2026, la Reserve Bank of India compte plus de 5 millions d’utilisateurs actifs sur l’e-rupee retail, le Brésil a déployé le DREX en pilote wholesale, et le Japon est entré en phase 3 de test du Digital Yen (Atlantic Council, 2026).

L’e-rupee indien est le pilote retail le plus dynamique en dehors de la Chine. Lancé en décembre 2022, il s’appuie sur le système UPI déjà universel en Inde et cible les transferts inter-banques et les paiements de petits montants. Le wholesale CBDC indien tourne en parallèle pour les règlements obligataires.

Le DREX brésilien (Digital Real) joue la carte de la programmabilité avancée, avec une architecture multi-actifs permettant la tokenisation de dépôts bancaires, d’obligations souveraines et de l’immobilier. Le Banco Central du Brasil prévoit un déploiement progressif à partir de fin 2026.

La Suède (e-krona) continue ses tests Riksbank malgré une décision politique en suspens : le Parlement n’a pas tranché sur l’opportunité d’un déploiement, dans un pays déjà très digitalisé où les espèces représentent moins de 8 % des transactions. Le Japon finalise sa phase 3 et attendra une décision politique en 2026.

D’autres économies majeures, Royaume-Uni (Britcoin), Canada, Australie et Russie (rouble numérique) sont en R&D ou décision politique, sans pilote retail opérationnel. Pour le contexte plateformes sur lesquelles ces actifs cohabiteront, voir notre analyse Coinbase et Binance.

Quelles critiques pèsent sur les CBDC en 2026 ?

Les CBDC concentrent quatre critiques structurelles : surveillance de masse, désintermédiation bancaire, exclusion technique des populations non-connectées et risque de programmabilité abusive. Une enquête menée en 2024 par le Cato Institute révélait que 74 % des Américains s’opposeraient à une CBDC retail US, principalement pour des raisons de vie privée (Cato Institute, 2024).

La critique de la surveillance est la plus fréquente. Une CBDC retail rend chaque transaction techniquement traçable par la banque centrale et l’État, là où le cash physique reste anonyme par construction. Les architectures testées (e-CNY chinois, e-rupee indien) prévoient des seuils de pseudonymisation pour les petits montants, mais aucun système ne reproduit l’anonymat complet des espèces. La BCE a tenté de répondre via une architecture en couches, où seuls les intermédiaires voient les détails des transactions, sans la BCE elle-même.

La désintermédiation bancaire inquiète les banques commerciales. Si un citoyen peut détenir directement de la monnaie banque centrale sans passer par sa banque, la base de dépôts pourrait fondre en cas de crise. Toutes les CBDC en projet ont introduit des plafonds de détention (BCE évoque 3 000 € par citoyen), précisément pour prévenir ce risque.

La programmabilité soulève les inquiétudes les plus politiques. Techniquement, une CBDC peut intégrer des règles d’utilisation : expiration automatique, restriction à certains types d’achats, blocage géographique. Les défenseurs y voient un outil de politique économique précis (relance ciblée). Les critiques y voient une menace systémique pour la liberté individuelle. Pour les enjeux sécuritaires sous-jacents, notamment cryptographiques, voir notre dossier sur la menace quantique.

FAQ

Quelle est la différence entre une CBDC et un stablecoin ?

Une CBDC est émise et garantie par une banque centrale, avec cours légal et risque souverain quasi nul. Un stablecoin (USDC, USDT) est émis par une entité privée, adossé à des réserves en dollars, T-Bills ou autres actifs. 137 pays explorent une CBDC en 2026 (Atlantic Council, 2026), tandis que la capitalisation stablecoins dépasse 250 milliards de dollars.

Quels pays ont lancé une CBDC en production en 2026 ?

Treize pays : Bahamas (Sand Dollar, 2020), Nigeria (eNaira, 2021), Jamaïque (JAM-DEX, 2022), huit pays caribéens via DCash (ECCU), plus deux entrants en 2025. Aucune économie du G20 n’a encore lancé de CBDC retail à grande échelle, la Chine restant en phase pilote dans 11 villes (BIS, 2024). Voir aussi notre dossier Bitcoin pour le contraste avec les cryptos décentralisées.

Quand l’e-euro sera-t-il lancé ?

La phase préparatoire BCE court depuis novembre 2023. Une décision politique d’émission est attendue fin 2026, avec un lancement opérationnel possible entre 2027 et 2028 si les arbitrages techniques et politiques convergent (BCE, 2024). Le calendrier reste suspendu au feu vert du Conseil et du Parlement européens, ainsi qu’à la finalisation du cadre légal.

Pourquoi Trump a-t-il interdit la CBDC américaine ?

L’executive order du 6 mars 2025 invoque trois motifs : risque de surveillance massive, menace pour la stabilité du secteur bancaire et atteinte à la liberté financière individuelle. À la place, l’administration mise sur les stablecoins dollar-backed privés et la Strategic Bitcoin Reserve (White House, 2025). C’est la première interdiction explicite d’une CBDC par une économie majeure.

Une CBDC permet-elle de surveiller les transactions ?

Techniquement oui, par construction. Toute transaction CBDC est enregistrée dans le ledger de la banque centrale émettrice. Les architectures actuelles (e-CNY, e-euro projeté) prévoient des seuils de pseudonymisation pour les petits montants, mais aucun système ne reproduit l’anonymat complet du cash physique. Le débat reste ouvert sur l’équilibre entre lutte anti-blanchiment et vie privée (Banque de France, 2024).

À retenir

Au 8 mai 2026, 137 pays explorent une CBDC, dont 13 en production et 44 en pilote. La Chine domine avec un e-yuan déjà déployé dans 11 villes, l’Europe finalise la phase préparatoire de l’e-euro avec une décision attendue fin 2026, l’Afrique progresse via l’e-CFA pilote au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Les États-Unis ont fermé la porte aux CBDC retail via l’EO Trump de mars 2025, pariant sur les stablecoins privés et le bitcoin. Prochaine échéance majeure : la décision BCE sur l’e-euro, attendue dans le second semestre 2026, qui conditionnera la trajectoire d’une vingtaine d’économies européennes.

Sources

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