Justin Sun, fondateur de la blockchain Tron, a déposé plainte mardi 22 avril devant un tribunal fédéral de Californie contre World Liberty Financial (WLFI), le projet crypto adossé à la famille Trump. Il allègue que le projet a gelé illégalement ses 45 millions de dollars de tokens WLFI, exercé des menaces et commis des fraudes envers ses investisseurs, selon la plainte publiée par CoinDesk.
Au programme
- Justin Sun réclame la restitution de 45 M$ de tokens WLFI gelés sans vote ni divulgation (plainte fédérale, avril 2026)
- World Liberty a modifié son smart contract en août 2025 pour ajouter une fonction de blacklist, sans informer les détenteurs
- L’affaire soulève des questions réglementaires sur la décentralisation réelle de WLFI et son statut juridique aux États-Unis
Comment le gel des tokens WLFI a-t-il été mis en place ?
La plainte décrit une modification discrète du smart contract WLFI en août 2025. World Liberty y a ajouté une fonction de “blacklisting” permettant de geler les tokens de n’importe quel portefeuille. Cette modification n’a fait l’objet d’aucun vote de gouvernance ni d’aucune communication aux investisseurs, bien qu’elle soit techniquement visible sur la blockchain publique.
“Dans le noir de la nuit, la société a ainsi créé une fonction de ‘blacklisting’ qu’elle pouvait manier à sa guise”, indique la plainte citée par CoinDesk. Le timing est lourd de sens : ce changement est intervenu alors que les détenteurs de tokens venaient d’approuver une proposition rendant une partie de l’offre négociable.
Quelles menaces World Liberty aurait-il exercées contre Sun ?
La plainte va plus loin que le simple gel de tokens. Elle cite deux menaces directes attribuées à Chase Herro, co-fondateur de World Liberty. La première : brûler définitivement les tokens de Sun s’il refusait de demander leur destruction lui-même. La seconde : signaler Sun aux autorités américaines pour des prétendus problèmes de conformité KYC, en déclarant que les documents fournis étaient insuffisants.
Ces pressions auraient commencé à partir de juillet 2025, quand Sun a décliné d’investir davantage ou de minter 200 millions de dollars du stablecoin USD1 de World Liberty sur la blockchain Tron. La plainte qualifie ce levier de double objectif : forcer Sun à alimenter l’écosystème WLFI et maintenir artificiellement le prix du token en empêchant l’un de ses plus grands détenteurs de vendre.
Cette affaire fait écho à d’autres controverses autour de Justin Sun, dont la santé et les déplacements avaient déjà suscité des spéculations en 2023, et à la tendance de projets DeFi à présenter une gouvernance décentralisée tout en conservant des pouvoirs centralisés. La question du statut légal de WLFI rappelle aussi les tensions entre la SEC et d’autres plateformes, comme dans l’affaire Coinbase vs SEC.
Quels risques réglementaires pour World Liberty Financial ?
La plainte soulève un point que World Liberty n’avait probablement pas anticipé : ses pouvoirs d’émission, de gel et de réaffectation de tokens pourraient le qualifier de transmetteur de monnaie au sens des règles du Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN). Cela l’exposerait à des obligations d’enregistrement et de lutte contre le blanchiment d’argent.
“All I want is to be treated the same as every other early investor who received tokens, no better, no worse.” Justin Sun, dans un post sur X, 22 avril 2026.
L’ironie de la situation est notable. World Liberty se présente comme un projet de finance décentralisée soutenu par la famille Trump, dont l’administration milite activement pour un cadre crypto favorable. Pourtant, la plainte de Sun décrit une structure où une poignée de dirigeants concentre des pouvoirs unilatéraux sur les avoirs des investisseurs. Le parallèle avec d’autres affaires impliquant des acteurs proches de la sphère crypto institutionnelle est saisissant : la décentralisation affichée ne résiste souvent pas à l’examen judiciaire.
World Liberty Financial n’a formulé aucun commentaire sur la plainte à l’heure où ces lignes sont publiées.
Questions fréquentes
Pourquoi Justin Sun a-t-il investi dans World Liberty Financial ?
Sun a investi 45 millions de dollars en 2024, selon la plainte, attirée à la fois par les promesses du projet sur la DeFi et par l’association de la famille Trump. World Liberty l’aurait ensuite sollicité pour des investissements supplémentaires et pour minter son stablecoin USD1 sur Tron.
Qu’est-ce que la fonction de blacklist ajoutée au contrat WLFI ?
Il s’agit d’une modification technique du smart contract, introduite en août 2025, qui permet à World Liberty de geler les tokens détenus dans un portefeuille spécifique. La plainte indique que cette modification n’a jamais été soumise à un vote de gouvernance ni communiquée aux investisseurs.
Quel tribunal est saisi et quelles sont les chances de Sun ?
La plainte a été déposée devant un tribunal fédéral de Californie. Pour aller plus loin sur les enjeux juridiques des conflits entre régulateurs et acteurs crypto aux États-Unis, l’article sur Binance vs CFTC offre un éclairage utile sur ce type de procédures.
À retenir
Justin Sun contre World Liberty Financial illustre une tension croissante entre la rhétorique décentralisée de nombreux projets DeFi et leurs pratiques réelles de gouvernance. L’issue du procès pourrait fixer une jurisprudence sur les droits des détenteurs de tokens face aux fondateurs. À surveiller : la réponse formelle de World Liberty et l’éventuelle intervention d’un régulateur fédéral.