Un tribunal fédéral américain a accordé à Bybit l’autorisation de recourir à une procédure accélérée de communication de pièces afin de tracer les 1,5 milliard de dollars d’ETH volés par le groupe Lazarus. Selon Cointelegraph, cette décision de juin 2026 permet à l’exchange d’exiger des plateformes opérant aux États-Unis qu’elles divulguent les identités et historiques de transactions associés aux 401 000 ETH dérobés en février 2025.

C’est un outil judiciaire sans précédent. Il contraint des intermédiaires à coopérer sans passer par les lenteurs des commissions rogatoires internationales, ce qui pourrait permettre de geler les fonds avant leur conversion définitive.

Au programme

  • 401 000 ETH ont été éparpillés via mixeurs et bridges après le hack de février 2025 (source : Cointelegraph)
  • Une ordonnance fédérale oblige les plateformes américaines à livrer identités et historiques liés aux adresses suspectes
  • L’enquête du FBI suit le Lazarus Group depuis 2019 et dispose désormais d’un levier de contrainte direct

Pourquoi la justice américaine est-elle compétente sur ce piratage ?

Le tribunal fédéral est compétent parce qu’une fraction des 401 000 ETH volés, représentant 1,5 milliard de dollars au moment du hack, a transité par des serveurs et plateformes opérant sur le sol américain. Cette connexion territoriale suffit à justifier l’émission d’une ordonnance contraignante. Le juge a ainsi ouvert la voie à une procédure accélérée qui permet à Bybit d’obtenir les identités réelles des utilisateurs derrière des adresses suspectes sans attendre des accords diplomatiques pays par pays.

La décision repose sur une requête déposée par les avocats de Bybit dès la découverte du blanchiment, arguant que les plateformes intermédiaires concernées relevaient de la juridiction américaine. L’audience initiale a eu lieu en juin 2026 et l’ordonnance a été confirmée en août.

Comment le Lazarus Group a-t-il dispersé les 401 000 ETH volés ?

Le Lazarus Group a appliqué une méthode de blanchiment en 3 étapes séquencées pour diluer la traçabilité des fonds.

  1. Éclatement sur des exchanges sans KYC : les ETH ont été divisés en milliers de micro-transactions de moins de 10 ETH chacune, déposées sur des plateformes n’exigeant pas de vérification d’identité, rendant un gel manuel impossible.
  2. Mixeur cryptographique : une fois fractionnés, les jetons ont transité par un mixeur (probablement Tornado Cash) pour brouiller définitivement l’origine des fonds avant reconversion.
  3. Conversion via des jetons intermédiaires : la valeur extraite a été transformée en jetons secondaires, puis revendue sur des exchanges non conformes et des bridges inter-chaînes. Cette dernière couche rappelle les montages sophistiqués observés lors de piratages ayant mené à la fermeture du site Bitcoin.org pour des raisons de sécurité.

Chaque heure après l’attaque, des fractions de plus en plus petites atterrissaient sur des adresses de réception distinctes. Selon les premières données on-chain, plusieurs dizaines de millions de dollars ont déjà été blanchis via des plateformes non identifiées que Bybit compte contraindre à coopérer.

Quelles conséquences pour les plateformes intermédiaires et le secteur ?

L’ordonnance crée un précédent pour les exchanges américains : ils ne peuvent plus arguer d’une absence de cadre pour refuser de collaborer avec des victimes de piratage étrangères. Désormais, toute plateforme recevant des flux suspects s’expose à une injonction fédérale de divulgation des identités, même sans accord international préalable.

L’impact est immédiat : les procédures KYC et les mécanismes de gel automatique des avoirs deviennent des boucliers juridiques incontournables. Une plateforme qui ne bloquerait pas des fonds signalés pourrait être visée par une action en responsabilité, comme ce fut le cas dans d’autres litiges visant des influenceurs, à l’image de Logan Paul poursuivi pour sa collection NFT. Le FBI, qui suit le Lazarus Group depuis 2019, reçoit avec cette ordonnance un nouvel outil contraignant pour accélérer ses investigations on-chain.

Quelles suites potentielles pour la restitution des fonds aux utilisateurs ?

L’ordonnance renforce la position des utilisateurs lésés. Les éléments collectés par Bybit via cette procédure pourront servir de base à des recours collectifs contre les plateformes qui n’auraient pas gelé des avoirs signalés. En cas de fonds identifiés sur un exchange conforme, Bybit peut engager une procédure de restitution accélérée.

Toutefois, une large partie des 401 000 ETH a déjà traversé des mixeurs et des conversions irréversibles. La restitution partielle dépendra donc de la localisation exacte des reliquats bloqués. Cette capacité de traçage judiciaire est comparable aux procédures de vérification renforcée déjà mises en place par Bybit face aux utilisateurs non vérifiés, mais cette fois avec un poids contraignant délivré par un tribunal.

Questions fréquentes

Quel est le montant exact du piratage subi par Bybit ?

Le groupe Lazarus a dérobé 1,5 milliard de dollars, soit environ 401 000 ETH, lors du piratage de février 2025. Il s’agit du plus gros vol de cryptomonnaies jamais enregistré contre une plateforme d’échange centralisée.

Pourquoi la justice américaine est-elle compétente pour ce piratage ?

Bybit a saisi un tribunal fédéral américain car une partie des fonds volés a transité par des plateformes opérant aux États-Unis. Cette connexion territoriale permet aux juges américains d’imposer la divulgation des données aux intermédiaires concernés.

Cette décision peut-elle permettre de récupérer les fonds volés ?

Théoriquement oui. Si des fonds sont gelés sur un exchange conforme, Bybit pourra engager une procédure de restitution. En pratique, la majorité des 401 000 ETH a déjà été convertie via des mixeurs et des bridges, ce qui rend la récupération partielle.

À retenir

Bybit obtient avec cette ordonnance un accès inédit aux données des plateformes américaines pour tracer les 1,5 milliard de dollars volés. La procédure accélérée peut révéler des connexions avec d’autres entités et déboucher sur des restitutions partielles de fonds. La suite dépendra de la coopération effective des intermédiaires et du rythme du FBI.

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