Une proposition présentée le 8 décembre 2022 par la Commission européenne voulait obliger les fournisseurs de services sur crypto-actifs, quels que soient leur taille et leur localisation, à déclarer aux autorités fiscales les transactions de leurs clients résidant dans l’UE. Trois ans et demi plus tard, ce texte est devenu la directive DAC8, désormais pleinement applicable. Mise à jour 2026.
Nouvelles règles d’intrusion fiscale
Comme attendu, l’UE étoffait son volet fiscal sur les cryptos. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’y allait pas par 4 chemins, ou plutôt si, elle les empruntait tous. Dans sa directive, toutes les plateformes d’ici et d’ailleurs doivent divulguer aux autorités compétentes des informations personnelles sur leurs utilisateurs basés dans l’UE : lieu de résidence, date et lieu de naissance.
Parallèlement à ce socle de KYC, elles doivent aussi dévoiler, pour chaque client, le montant dépensé pour acheter des cryptos comme celui perçu en cas de gain. Le périmètre vise les achats, cessions et conversions vers de la monnaie fiat, réalisés sur des bourses centralisées ou via des courtiers.
Les chiffres avancés par Bruxelles
Cette mesure était censée ramener dans le giron des 27 États membres une manne providentielle estimée jusqu’à 2,4 milliards d’euros par an. Des milliards calculés on ne savait trop comment, d’autant que l’UE admettait que c’était cette obligation de déclaration qui lui permettrait d’avoir une image précise des impôts dus.
Le Parlement européen a depuis cité une fourchette plus prudente, de 1 à 2,4 milliards d’euros de recettes annuelles supplémentaires, tandis que la Commission a retenu un ordre de grandeur d’environ 1,7 milliard d’euros. L’écart illustre l’incertitude qui entourait, dès l’origine, ces estimations.
Les autorités fiscales manquent actuellement des informations nécessaires pour contrôler les produits obtenus en utilisant des crypto-actifs, qui sont facilement échangés à travers les frontières. Cela limite considérablement leur capacité à garantir que les impôts sont effectivement payés.
Communiqué de la Commission européenne
Des exigences qui ont un coût
Le champ d’application vise les crypto-actifs émis de façon décentralisée et les stablecoins, y compris les jetons de monnaie électronique, mais également certains jetons non fongibles ou NFT. Du bitcoin à l’ether en passant par de nombreux altcoins, peu d’actifs échappent au filet.
Pour l’UE, la mise en œuvre était chiffrée à environ 300 millions d’euros initialement, puis 25 millions supplémentaires chaque année. Rien en revanche sur le coût supporté par les prestataires, qui voient toujours un peu plus s’alourdir leur facture, et leur charge de travail, pour se mettre en conformité.
Ces règles, présentées sous la forme d’un amendement à la directive sur la coopération administrative (DAC), complètent le paquet réglementaire MiCA. Elles s’inscrivent dans le vaste chantier de la régulation crypto européenne.
Depuis : DAC8 adoptée et appliquée en 2026
Le texte n’est plus une simple proposition. Le Conseil de l’UE a adopté la directive DAC8 (directive (UE) 2023/2226) à l’unanimité le 17 octobre 2023, avec publication au Journal officiel le 24 octobre 2023. Elle transpose en droit européen le cadre CARF de l’OCDE, finalisé en juillet 2023.
Les États membres devaient transposer DAC8 dans leur droit national au plus tard le 31 décembre 2025. Les obligations s’appliquent depuis le 1er janvier 2026, date à partir de laquelle les plateformes collectent les données de tous leurs utilisateurs résidents de l’UE, y compris ceux de leur propre pays d’établissement.
Ce que les plateformes déclarent désormais
Concrètement, chaque prestataire transmet l’identité complète de l’utilisateur, son numéro d’identification fiscale, la valeur de son portefeuille au 31 décembre, ainsi que le cumul annuel des acquisitions et cessions. Le premier échange automatique entre administrations fiscales européennes est attendu au plus tard le 30 septembre 2027, sur les opérations de l’année 2026.
La portée reste extraterritoriale : une plateforme établie hors de l’UE mais servant des résidents européens entre dans le périmètre. C’est ce point qui rapproche les acteurs étrangers et les acteurs locaux, comme Coinhouse ou un courtier traditionnel tel que DeGiro, d’une même obligation déclarative.
Calculer et anticiper son imposition
Pour l’investisseur, la conséquence est limpide : l’administration disposera, de manière automatique, d’une vue d’ensemble de ses positions. Mieux vaut donc anticiper. Un convertisseur crypto aide à estimer la contre-valeur en euros d’une cession, première étape pour évaluer une plus-value imposable.
Suivre l’état du marché reste également utile pour arbitrer ses mouvements en fin d’année fiscale. Une heatmap du marché ou un suivi de la DeFi permettent de garder un œil sur les actifs concernés, sachant que la fiscalité s’apprécie au moment de la conversion en monnaie traditionnelle, pas du simple gain latent.
Sources
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