Le marché des NFTs ne peut plus se résumer à une simple anecdote de parcours dans le secteur des cryptomonnaies. Il suffit de voir le succès rencontré par certaines collections lancées en plein cœur de ce marché baissier. Une réalité qui touche bien évidemment plus les spéculateurs que les véritables collectionneurs, dont on se demande parfois s’ils existent réellement. Tout cela alimenté par cette euphorie toujours palpable vis-à-vis de nombreux mints qui promettent à chaque fois de devenir le prochain BAYC. Mais certaines opérations tournent plus court que d’autres, comme dans le cas de la collection Akutars à l’origine d’un véritable fiasco.
La prolifération de nouvelles collections de NFTs aux raretés multiples semble ne pas connaître la crise. Car leur nombre ne cesse d’augmenter, entre n’importe quoi ou scams évidents et projets VIP déjà trop chers avant même d’être mint. Comme par exemple le lancement, le 16 avril 2022, des dorénavant célèbres Moonbirds, au prix de vente initial de 2,5 ETH (environ 7600$). Et, moins d’une semaine plus tard, un prix plancher déjà monté à 36 ETH (environ 108 000$) pour des chouettes pixelisées tirées à 10 000 exemplaires.
Et pendant que chacun se fera son avis sur ce genre de collections, la folie bat son plein. Avec un marché des NFTs devenu presque plus intéressant à trader que les cryptomonnaies, selon ses amateurs. Et tout cas pour ceux qui savent tirer profit des whitelists et autres floor price. Et définitivement pas pour l’acquéreur du tout premier tweet de Jack Dorsey : remis en vente pour 48 millions de dollars, le jeton n’a récolté en avril 2022 qu’une offre de 280 dollars, selon CoinDesk. Avec cette réalité à bien garder à l’esprit : un fiasco reste toujours possible.
- Akutars, Le mint NFT version fiasco
- Akutars, Un bug dans la matrice
- Akutars, Attaque + bug = blocage de 34M$
- Akutars, Un nouveau lancement prévu
Akutars, Le mint NFT version fiasco
Une règle simple devrait être inscrite sur le fronton de tous les projets crypto : « il ne faut jamais confondre vitesse et précipitation. » Car la rapidité à laquelle se développe le secteur des cryptomonnaies donne parfois le tournis à sa communauté. Au point de commettre des erreurs qui peuvent rapidement s’avérer catastrophiques. Avec pour le coup un principe du « code is law » dont la froide vérité s’impose, sans négociations possibles. Une triste réalité à laquelle s’est heurté le projet Akutars le week-end du 23 avril 2022.
En effet, le vendredi 22 avril 2022 devait être le jour du lancement très attendu de la collection Akutars. Une version avatar 3D du personnage Aku, créé en 2021 par l’artiste et ancien joueur de Baseball Micah Johnson. Un projet inscrit dans une forte dynamique sociale, avec le versement de fonds à des œuvres caritatives. Et un petit garçon noir inventé pour répondre à cette simple question du neveu de Micah Johnson à sa mère : « Les astronautes peuvent-ils être noirs ? »
Mais de toute évidence, rien ne s’est passé comme prévu. Et ce qui devait être la mise sur le marché d’une collection de 15 000 avatars aux raretés aléatoires, dont 5 495 proposés aux enchères, s’est transformé en fiasco. Cela à cause d’un bug découvert dans le code du smart contract censé gérer cette opération. Et c’est à ce moment précis que tout dérape…
Akutars, Un bug dans la matrice
Tout a commencé quelques heures après le lancement officiel de la vente initiale de cette collection Akutars. Une opération à l’origine de quelques dysfonctionnements bien (trop) souvent classiques dans ce genre de procédures. Avec la particularité de reposer sur un système d’enchères néerlandaises (dutch auctions), dont le prix de base (3,5 ETH) est censé baisser progressivement jusqu’à trouver un acheteur. Mais rapidement, un développeur répondant au pseudonyme de Hasan est venu alerter sur la découverte d’une faille dans le code du smart contract. Avec pour seule réponse en retour, de la part des responsables du projet, l’assurance que son diagnostic était erroné.

Pourtant, peu de temps après, une attaque a effectivement été effectuée selon le mode opératoire précis exposé par Hasan. Tout cela par un anonyme USER221 dont l’action a entraîné le blocage de toutes les opérations en relation aux enchères. Le tout agrémenté d’une note précisant : « s’il vous plaît, offrez une prime de bug sur vos contrats ou faites-les au moins auditer. » Et ensuite un autre commentaire inscrit dans une transaction Ethereum. Cette dernière expliquant que le but n’était pas de provoquer ce blocage, mais simplement d’obliger les développeurs du projet à reconnaître la faille.
« Eh bien, c’est amusant, je n’avais aucune intention d’exploiter ce contrat, lol. Sinon, je n’aurais pas utilisé Coinbase. Une fois que vous aurez reconnu publiquement que l’exploit existe, je supprimerai le blocage immédiatement.«
USER221
Akutars, Attaque + bug = blocage de 34M$
Et le fameux USER221 a effectivement respecté ses promesses, en remettant la machine en route une fois ses remarques prises en compte (et peut-être une prime de bug versée). Mais c’était sans compter sur la légèreté avec laquelle ce code a visiblement été rédigé. Car à la suite de ce redémarrage, et visiblement sans aucune corrélation, un nouveau problème est apparu. Cette fois en relation à la numérotation chronologique des mints de ces NFTs. Certains n’ayant pas été pris en compte lors de la validation d’une transaction sur le réseau Ethereum. Et comme le contrat exigeait que les numéros s’alignent correctement pour permettre les retraits… tout a de nouveau été bloqué.

Mais cela à la petite différence que dans ce dernier cas le blocage représente la somme de 11 539,5 ETH (environ 34 millions de dollars au cours d’avril 2022). Et avec comme particularité problématique d’avoir bloqué l’intégralité de ces fonds « à tout jamais » dans une sorte de trou noir numérique. Car les responsables du projet ne peuvent plus intervenir sur le smart contract, désormais hors de tout contrôle. Et dans le même temps, les propriétaires de Akutar Mint Pass ne peuvent plus prétendre au remboursement initialement prévu à hauteur de 0,5 ETH. Oups…
Akutars, Un nouveau lancement prévu
Les développeurs du projet Akutars affirment que ce second problème n’a aucun lien avec l’action initiale de USER221. Ce dernier ayant simplement voulu « attirer l’attention sur les meilleures pratiques à mettre en place par les projets populaires. » Avec un Micah Johnson en train de s’excuser auprès de ses collectionneurs, car il a refusé de prêter l’attention nécessaire aux avertissements émis. Tout en assurant que les détenteurs de Akutar Mint Pass seront bien remboursés, sur les fonds détenus par la trésorerie du projet initial Aku NFT.
Avec en perspective, la mise en place d’un second smart contract cette fois présenté comme « révisé et audité », dont le code a été rendu public avec l’aide des développeurs du projet Anonymice. C’est ce qu’annonçait la dernière mise à jour publiée sur le compte Twitter officiel du projet. Il n’y aura finalement pas eu de seconde vente : les Akutars ont été distribués gratuitement par airdrop via ce contrat de remplacement, et les détenteurs de Akutar Mint Pass ont bien touché leurs 0,5 ETH, prélevés sur la trésorerie du projet. Les 11 539 ETH du contrat d’origine, eux, n’ont jamais été récupérés.
Le marché, lui, n’est jamais revenu à l’euphorie du printemps 2022 : toutes chaînes confondues, les ventes de NFT ont pesé environ 5,5 milliards de dollars en 2025, contre 8,9 milliards en 2024, d’après CryptoSlam. Les Akutars ont suivi la même pente : après un plus haut de prix plancher autour de 5 320 dollars en mai 2022, la collection s’échangeait début août 2026 autour de 0,011 ETH, soit une vingtaine de dollars, d’après CoinGecko. Un cas d’école, désormais, pour les auditeurs de smart contracts.
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