Le secteur des cryptomonnaies souffre bien plus souvent des préjugés qui l’entourent que des réalités qui l’animent. Une situation tout particulièrement vérifiable dans un pays comme la France, dont la haine sur le sujet reste palpable. Au point de préférer ne pas voir aborder le sujet par des membres du gouvernement, au risque de subir un flot d’approximations et de condamnations incessantes. Mais peut-être que les chiffres publiés en février 2022 par l’Adan vont permettre d’y voir un peu plus clair.

La plupart des études menées sur le secteur des cryptomonnaies permettent de déconstruire les préjugés tenaces véhiculés à son égard. En particulier sur son rôle, souvent présenté par les membres du gouvernement français comme un simple outil dédié à la criminalité et au blanchiment d’argent. Alors que dans les faits, seul 0,15% des transactions réalisées en 2021 étaient en relation à des activités criminelles avérées. Mais peu importe, car le véritable combat se situe dans le domaine du déterminisme monétaire imposé par les banques centrales.

Cependant, l’émergence de cette économie numérique ne peut plus être ignorée. Même si elle reste bien souvent présentée avec mépris par Christine Lagarde comme un simple « funny business » du Bitcoin. Raison pour laquelle il était nécessaire de pouvoir apporter des chiffres à cette équation volontairement tronquée. Et c’est ce qu’a livré l’Association pour le développement des actifs numériques (Adan) en février 2022. Avec des résultats aussi surprenants qu’instructifs.

Adan, État des lieux de la crypto en France

Une étude publiée le 14 février 2022, commandée par l’Adan et diligentée par le cabinet de conseil et d’audit KPMG, avec un volet grand public confié à Ipsos auprès de 2 003 Français en décembre 2021. Avec comme titre prometteur « La crypto en France : structuration du secteur et adoption par le grand public. » Et dont le premier chiffre important concerne une part estimée à 8% de Français ayant déjà réalisé une opération d’achat de cryptomonnaies. Alors que selon le baromètre de l’AMF, 6,7% de la population déclarait détenir des actions en direct en mars 2021. Mais également une marge de progression importante, puisque 30% des Français se disaient désireux d’y faire prochainement leurs premiers pas.

Graphique de l'étude Adan KPMG sur l'adoption des cryptomonnaies en France

Un chiffre très important au vu de la jeunesse du secteur, alors âgé de treize ans. Et des résultats qui « démontrent un engouement fort et des perspectives d’adoption rapide » selon Alexandre Stachtchenko, directeur blockchain et crypto chez KPMG France. Avec une part de 76% des Français ayant déjà entendu parler des cryptomonnaies, mais seulement 15% des jetons NFT.

Car ce sont presque un quart (22%) des Français qui affirment vouloir s’orienter vers des banques en mesure de leur proposer des services financiers en relation aux cryptomonnaies. Un chiffre qui monte à 71% pour les détenteurs déjà actifs dans le domaine. Et une tendance confirmée par l’étude mondiale publiée par Visa en décembre 2021, selon laquelle près de 40% des détenteurs interrogés jugeaient probable de changer de banque principale pour cette raison. Quatre ans plus tard, le baromètre Adan/Ipsos de janvier 2026, mené auprès de 2 000 Français, situe la détention à 11% de la population, pour 93% de Français déclarant avoir entendu parler des crypto-actifs.

Cryptomonnaies, Une économie en devenir

Mais d’autres chiffres permettent de mieux cerner les investisseurs et utilisateurs potentiels de cet écosystème. Car 46% des propriétaires de cryptomonnaies étaient alors âgés de moins de 35 ans. Tout comme 29% de ceux affirmant vouloir y venir prochainement. C’est-à-dire 12% des Français membres de la génération des milléniaux (Y) et de la suivante.

Avec une proportion surprenante de 37% des investisseurs crypto dont les revenus sont inférieurs à 18 000€/an. Soit une part importante issue des couches sociales les moins aisées, à l’inverse de ce que l’on pouvait imaginer. Et 76% des sondés dont le montant de l’investissement alloué à ce secteur ne dépasse pas 10% de leur épargne totale. Très loin du cliché des spéculateurs compulsifs et inexpérimentés véhiculé par le gouvernement.

Infographie sur les statistiques d'investissement en cryptomonnaies en France

En ce qui concerne les réfractaires, 48% des Français expliquent ne pas assez connaître le fonctionnement des cryptomonnaies pour y investir. Et 30% estiment qu’il s’agit d’un placement trop risqué. Mais au final, seulement 28% affirment ne pas être intéressés du tout. S’y ajoute désormais la fiscalité : depuis le 1er janvier 2026, les plus-values sur actifs numériques relèvent d’une flat tax portée à 31,4%, soit 12,8% d’impôt sur le revenu et 18,6% de prélèvements sociaux (loi 2025-1403 du 30 décembre 2025).

Cryptomonnaies, Une industrie florissante

Enfin, le secteur des cryptomonnaies est également à l’origine d’une industrie florissante. Avec comme conséquence directe de nombreuses créations d’emploi en lien à son développement. Le tout porté par des levées de fonds record effectuées sur le territoire français. Comme dans le cas de la startup Sorare à la tête du montant historique de 680 millions de dollars en septembre 2021. Ou l’implantation nationale de la société Ledger, leader des portefeuilles matériels, qui revendiquait alors la protection de 15% des cryptomonnaies détenues dans le monde.

« Les investissements à destination des entreprises impliquées dans l’écosystème crypto ont également fortement progressé. En 2021, un total de 30 milliards d’euros a été levé auprès de fonds de capital risque. À noter : la sous-représentation des fonds d’investissement français, moins de 5 milliards d’euros l’année dernière. »

Adan

Une filière crypto française qui revendiquait la création de plus de 1 100 emplois directs sur un an. Soit une croissance de presque 60% sur cette période, dont 80% sur le territoire français. Et 97% des entreprises interrogées en phase de recrutement actif, en particulier pour des profils de développeurs de smart contracts sur Solidity (Ethereum). Avec comme objectif annoncé, une croissance de 120% en 2022, soit plus de 2 400 postes. Une trajectoire contrariée depuis : Sorare a supprimé 35% de ses effectifs en novembre 2025. Le cadre aussi a changé, le règlement européen MiCA s’appliquant depuis le 30 décembre 2024, avec une période transitoire française achevée le 1er juillet 2026 : l’enregistrement PSAN issu de la loi Pacte ne suffit plus, l’agrément européen est devenu obligatoire.

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