En juin 2020, le taux d’utilisation du gas sur Ethereum atteignait 95 %, contre 69 % en janvier de la même année (Delphi Digital). Les frais de transaction avaient bondi jusqu’à 500 gwei, rendant une simple transaction USDT plus coûteuse qu’un virement bancaire. Six ans plus tard, le paysage a radicalement changé : grâce à une série de mises à niveau majeures, Ethereum n’est plus engorgé en continu, mais la question de sa scalabilité à long terme reste ouverte.

En bref

En 2020, Ethereum frôlait la congestion permanente avec un gas à 95 % de sa capacité maximale (Delphi Digital). Les mises à jour EIP-1559 (2021), The Merge (2022) et EIP-4844 (2025) ont réduit les frais L1 de 90 % et permis aux L2 de descendre sous 0,01 $ par transaction. En 2026, le blocspace L1 reste limité à 30 millions de gas, mais 80 % du trafic est absorbé par les L2 : la prochaine étape s’appelle PeerDAS (Fusaka, fin 2026).

Pourquoi Ethereum était-il au bord de l’asphyxie en 2020 ?

L’explosion de la DeFi Summer a propulsé l’activité sur Ethereum à des niveaux inédits. Compound, Uniswap, Aave et les premiers yield aggregators consommaient chacun des centaines de milliers de gas par transaction. Le bloc Ethereum, plafonné à 10 millions de gas à l’époque, saturait régulièrement.

Deux phénomènes se conjuguaient. D’un côté, le succès massif du Tether (USDT) en ERC-20 : les transferts USDT représentaient déjà 20 à 30 % des transactions on-chain. De l’autre, les smart contracts DeFi, jusqu’à 10 fois plus gourmands qu’un simple transfert ETH (Etherscan). Résultat : les frais moyens par transaction bondissaient de 0,10 $ à plus de 5 $, et les pics hebdomadaires atteignaient 50 à 200 $ pour une simple interaction DeFi.

Cette période a révélé une limite structurelle. Le spectre de la scalabilité, déjà entrevu en 2017-2018 avec les Cryptokitties, refaisait surface : mais cette fois à une échelle industrielle. La réponse devait venir d’Ethereum 2.0, dont le lancement était attendu pour 2020.

Comment EIP-1559 a-t-il transformé la structure des frais ?

Le 5 août 2021, la mise à jour London introduisait EIP-1559, une réforme profonde du marché des frais Ethereum. Fini le système d’enchères à l’aveugle : chaque bloc dispose désormais d’une base fee ajustée dynamiquement par rapport à la charge du bloc précédent (max +12,5 % par bloc).

Cette base fee est brûlée, pas reversée aux validateurs. À fin 2025, Ultrasound.money comptabilisait plus de 4,3 millions d’ETH brûlés depuis EIP-1559 : soit près de 15 milliards de dollars à prix 2025. Le mécanisme a rendu les frais prévisibles : l’utilisateur paie la base fee + une priority fee optionnelle pour accélérer sa transaction.

L’efficacité est nette. Avant EIP-1559, un bloc saturé pouvait voir des frais monter à 500 gwei. Après, la base fee s’ajuste à chaque bloc : si le bloc est à 50 % de sa capacité, la base fee baisse jusqu’à son minimum (7 gwei à l’été 2026). En période calme, les frais L1 sont redescendus à 5-20 gwei, contre 50-200 gwei en pic d’activité (lancements NFT, airdrops).

Le Merge et les L2 ont-ils résolu la congestion ?

The Merge (septembre 2022) a remplacé la preuve de travail par la preuve d’enjeu, réduisant l’émission d’ETH de 90 % : mais sans impact direct sur la congestion. Le passage au PoS n’augmente pas la capacité des blocs. En revanche, il a préparé le terrain pour les L2 en réduisant la dépendance énergétique.

La vraie rupture est venue des rollups (optimistic et zk). En 2026, Arbitrum, Base, Optimism, ZKsync et Linea traitent collectivement des millions de transactions par jour (L2Beat). Les frais sur ces L2 oscillent entre 0,001 $ et 0,01 $ : une réduction de 99,9 % par rapport aux frais L1 de 2020.

Le tournant décisif a été EIP-4844 (Proto-Danksharding), inclus dans Pectra en mai 2025. En créant un espace dédié aux blobs : données compressées que les L2 publient sur Ethereum : les frais de publication des L2 ont chuté de 90 %. Le bloc L1 n’a pas changé de taille (30 millions de gas), mais son utilisation réelle est passée d’une saturation quasi permanente à des taux de 50-70 % hors pics (Etherscan, juin 2026).

Trafic Ethereum L1 vs L2 en 2026 En 2026, environ 80% des transactions Ethereum transitent par des L2 (Arbitrum, Base, Optimism, ZkSync, Linea) et 20% sur la couche de base L1. 80 % Trafic L2 20 % L1 Source : L2Beat, juin 2026

Quels défis subsistent pour Ethereum en 2026 ?

La congestion L1 n’est plus un problème quotidien, mais le plafond de 30 millions de gas par bloc reste une contrainte dure. Lors de la launch du memecoin PEPE (mai 2026) et du airdrop EigenLayer (octobre 2025), la base fee est montée à 250 gwei pendant quelques heures. Les frais L1 restent élevés pour qui veut interagir directement sur la couche de base.

Deux chantiers majeurs sont ouverts. Fusaka (fin 2026) introduira PeerDAS, qui augmente la bande passante des blobs en les distribuant via un réseau peer-to-peer de pairs. Cela permettra aux L2 de publier plus de données par bloc sans augmenter la charge du L1. La feuille de route d’EIP-4844 à Fusaka est explicitement conçue pour accompagner la croissance des rollups (The Block, 2026).

Ensuite, la finalité du bloc reste à 15 minutes (le temps pour atteindre la finalité finale du GASP). Les solutions de pré-confirmation (shared sequencers, based rollups) sont en test mais pas encore déployées à grande échelle. La scalabilité d’Ethereum en 2026 repose donc entièrement sur l’écosystème L2 : une dépendance qui inquiète certains observateurs. Le retour de la congestion semble improbable en l’état actuel de la feuille de route, car les L2 absorbent aujourd’hui 80 % du trafic on-chain et continuent de se diversifier (fraude proofs, zk proofs, based rollups). Le vrai test sera la migration complète des applications DeFi majeures vers les L2 : un processus qui a pris 3 ans pour Aave et Uniswap.

Questions fréquentes

Pourquoi Ethereum était-il si congestionné en 2020 ?

La DeFi Summer a saturé le réseau : Compound, Uniswap et Aave consommaient des centaines de milliers de gas par interaction, et le Tether USDT représentait 20-30 % des transactions ERC-20. Le bloc Ethereum était limité à 10 millions de gas, entraînant des frais jusqu’à 200 $ par transaction simple.

EIP-1559 a-t-il réellement réduit les frais ?

EIP-1559 n’a pas réduit les frais en dessous du niveau d’équilibre du marché, mais il les a rendus prévisibles en remplaçant les enchères par une base fee automatique. En 2026, la base fee varie entre 7 et 250 gwei selon la charge, contre 50-500 gwei avant la réforme. Le burn d’ETH a par ailleurs créé un mécanisme déflationniste unique.

Les L2 remplaceront-ils complètement Ethereum L1 ?

Non : le L1 reste le règlement final et le dépôt de liquidité des L2. Les transactions on-chain lourdes (contrats complexes, déploiements) continuent de passer sur L1. Les L2 sont une extension de la capacité, pas un remplacement. Le modèle de Danksharding prévoit explicitement une cohabitation durable.

A retenir

Ethereum a traversé sa crise de congestion la plus aiguë entre 2020 et 2021, avec un taux d’utilisation du gas à 95 % et des frais record. Les mises à niveau successives : EIP-1559, The Merge, EIP-4844 : ont résolu le problème immédiat en déportant le trafic vers les L2 et en stabilisant la base fee. En 2026, le réseau n’est plus menacé d’asphyxie permanente, mais la scalabilité dépend désormais de la réussite de PeerDAS et de l’adoption massive des rollups. La prochaine échéance : Fusaka, fin 2026.

Sources

Nous ajouter à vos sources préférées sur Google