Le réseau Ethereum (ETH) a longtemps fait face à une situation aussi inédite que problématique dans l’univers des cryptomonnaies. Son succès, qui aurait dû être un atout, s’est transformé en bombe à retardement touchant la majorité des projets reposant sur sa blockchain. Le tout agrémenté de frais qui faisaient passer les réseaux bancaires traditionnels pour des organismes caritatifs. Six ans plus tard, le paysage a radicalement changé.

Le sujet a longtemps été brûlant et a connu plusieurs ATH successifs. Il s’agit des frais de transaction sur le réseau Ethereum. Une sorte d’autoroute de la cryptomonnaie sous la forme de jetons (tokens), dont le nombre en croissance permanente déclenchait des bouchons interminables. Et le problème était que lorsque cela arrivait, les péages augmentaient leurs tarifs pour laisser circuler les transactions.

Au programme Retour sur la congestion de 2020, l’annonce sharding + rollup de Vitalik Buterin, puis le déploiement effectif d’EIP-1559, du Merge, de Dencun et de Fusaka qui ont fait chuter les coûts.

Une situation qui semblait insoluble en 2020

En octobre 2020, la seule échéance permettant un peu d’espoir restait le déploiement de la version Ethereum 2.0, qui n’était pas attendue avant des mois. Mais les choses étaient en train d’évoluer. Cela suite à une annonce de Vitalik Buterin, figure centrale de tout ce qui touche au réseau Ethereum.

Cette information était apparue dans une publication de Vitalik Buterin. Elle faisait suite au ETHOnline Kickoff Summit, une discussion de plus de sept heures qui abordait entre autres le point sensible de la baisse des frais. Son co-fondateur y présentait des éléments de mise en place pour remédier à ce qu’il décrivait comme un outil devenu presque inutilisable pour de nombreuses classes d’applications.

Le pari du sharding + rollup

Dans les faits, il s’agissait de mettre en place un système permettant de réaliser une mise à l’échelle transitoire. Cela dans l’attente, et afin de mieux accueillir l’arrivée de la version 2.0. Le tout en passant par un système présenté sous la forme de sharding + rollup, censé permettre une scalabilité bien supérieure sur la blockchain Ethereum.

« La feuille de route a un artefact involontaire intéressant : les applications partitionnées nécessitent par elles-mêmes la phase 2. Mais les rollups partitionnés n’ont besoin que de la phase 1. Nous aurons donc bientôt tous les outils dont nous avons besoin pour un débit de 6400x ! » - Vitalik Buterin

Un effet d’annonce quelque peu technique qui nécessitait une mise en place pratique pour en tester la faisabilité. Mais cela pouvait permettre de trouver une solution à la gestion des frais de transaction qui atteignaient un seuil critique.

EIP-1559 et le Merge : le tournant 2021-2022

L’histoire a donné raison à cette feuille de route, par étapes. En août 2021, le hard fork London a introduit l’EIP-1559, qui a réformé le marché des frais. Désormais, une partie de chaque transaction, le frais de base, est automatiquement brûlée, et l’utilisateur ajoute un pourboire optionnel. L’objectif premier n’était pas de baisser les frais, mais de les rendre plus prévisibles.

Le 15 septembre 2022, le réseau a basculé en preuve d’enjeu avec le Merge. L’émission quotidienne d’ETH a chuté d’environ 90 %, ouvrant la voie au staking et à un actif parfois déflationniste selon l’activité du réseau. Mais le Merge n’a pas touché directement aux frais : il a changé le moteur de consensus, pas la capacité de traitement.

Dencun et les blobs : la vraie baisse des frais

La promesse de Vitalik Buterin s’est concrétisée le 13 mars 2024 avec la mise à niveau Dencun et son EIP-4844, surnommée proto-danksharding. Elle a introduit les blobs, un espace de données dédié et bon marché pour que les solutions Layer 2 publient leurs données sur Ethereum.

L’effet a été immédiat. Les frais médians sur des rollups comme Arbitrum, Optimism, Base ou Linea sont passés de fourchettes de 0,20 à 1,00 dollar à des montants de l’ordre de 0,01 à 0,10 dollar dès la première semaine. Le coût d’une transaction sur un smart contract en Layer 2, qu’il s’agisse de DeFi ou de NFT, est devenu marginal pour l’utilisateur.

Pectra et Fusaka : la trajectoire 2025-2026

La feuille de route ne s’est pas arrêtée là. En mai 2025, la mise à niveau Pectra a augmenté la capacité en blobs, faisant passer la cible par bloc de 3 à 6. Elle a aussi introduit les comptes programmables, qui améliorent l’expérience dans un wallet comme MetaMask.

En décembre 2025, Fusaka a apporté le data availability sampling via PeerDAS, un mécanisme qui permet aux nœuds de vérifier la disponibilité des données en n’échantillonnant que de petites portions. Des forks dédiés aux blobs ont ensuite relevé la cible à 10, puis 14 par bloc début 2026, avec un objectif de plusieurs dizaines de blobs à terme.

Où en sont les frais en 2026 ?

Le réseau Ethereum de base reste cher en période de forte activité : déployer un contrat ou interagir sur la couche principale peut coûter plusieurs dollars, voire davantage lors des pics. C’est désormais une couche de règlement et de sécurité, pas une couche d’usage quotidien.

L’usage courant a migré vers les rollups, où les frais se comptent en centimes. La congestion observée en 2020 n’a pas disparu par magie : elle a été déplacée et absorbée par une architecture multicouche. Pour suivre l’activité du marché et le sentiment associé, des outils comme la heatmap, le Fear and Greed Index ou le convertisseur crypto restent utiles.

Une promesse tenue, autrement

Le débit de 6400x évoqué en 2020 relevait de l’objectif théorique. La réalité de 2026 est plus nuancée mais convergente : grâce aux blobs et à la montée en charge progressive de la disponibilité des données, l’écosystème Layer 2 vise plusieurs dizaines de milliers de transactions par seconde cumulées. Comparé à Bitcoin, positionné comme réserve de valeur, Ethereum a fait le choix d’une scalabilité déléguée à ses couches supérieures.

La fin des frais élevés annoncée en 2020 n’a donc pas pris la forme attendue, ni au calendrier prévu. Mais entre EIP-1559, le Merge et surtout Dencun, le réseau Ethereum a bel et bien tenu sa promesse de redevenir utilisable. Pour approfondir l’écosystème, la catégorie Ethereum regroupe l’ensemble des analyses dédiées au protocole et à son évolution.

Sources

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