La décision de Jefferies Group de réduire son exposition à l’or pour allouer une part de ses actifs au Bitcoin s’inscrit dans une tendance de fond qui a marqué les marchés financiers à partir de 2020. Ce mouvement institutionnel progressif a transformé la perception de Bitcoin, le faisant passer d’un actif spéculatif marginal à une réserve de valeur reconnue par des gestionnaires d’actifs de premier plan. Voici ce que révèle ce repositionnement et pourquoi il reste pertinent aujourd’hui.

En bref

  • Jefferies Group gérait 51 milliards de dollars d’actifs au troisième trimestre 2020 et a alloué 5% de son portefeuille privé au Bitcoin
  • Cette allocation a remplacé une fraction équivalente de lingots d’or physique, une première dans l’histoire du groupe
  • MicroStrategy, Square et d’autres entreprises avaient initié ce mouvement quelques mois plus tôt
  • Selon Fidelity Digital Assets (2023), plus de 58% des investisseurs institutionnels interrogés détenaient déjà des actifs numériques
  • La thèse centrale : Bitcoin comme protection contre l’inflation monétaire des banques centrales, au même titre que l’or
Répartition portefeuille Jefferies (2020) Or physique – 45% Actions – 30% Minières – 20% BTC 5% Avant : 50% or physique Apres : 45% or + 5% Bitcoin Source : Business Standard, 2020 Allocation Jefferies – CryptoActu
Répartition du portefeuille privé de Jefferies Group après introduction du Bitcoin en décembre 2020, selon Business Standard.

Pourquoi Jefferies a-t-il choisi de réduire l’or au profit du Bitcoin ?

Christopher Wood, responsable mondial de la stratégie actions chez Jefferies Group, a expliqué cette décision dans une note adressée aux investisseurs du groupe. Jefferies gérait 51 milliards de dollars d’actifs au troisième trimestre 2020, selon Business Standard. La décision de réduire de 5% la part d’or physique pour la replacer en Bitcoin représente un signal fort de la part d’un groupe de cette envergure.

La thèse avancée est celle de la protection contre l’inflation. Les banques centrales mondiales ont massivement augmenté leur bilan depuis 2008, et plus encore pendant la période de crise sanitaire. Dans ce contexte, Bitcoin a été perçu par une frange croissante d’investisseurs comme une alternative à l’or : un actif à offre fixe, non contrôlable par aucun gouvernement ou banque centrale.

La précision apportée par Christopher Wood est instructive : si le Bitcoin connaissait une forte correction depuis ses niveaux de l’époque, l’intention était d’augmenter la position. C’est une approche opportuniste classique dans la gestion de portefeuille, appliquée à un actif alors encore considéré comme marginal par la majorité des institutionnels.

[INTERNAL-LINK: Bitcoin comme réserve de valeur → article sur la thèse “digital gold” de Bitcoin]

L’or et le Bitcoin sont-ils vraiment en compétition ?

La position de Jefferies sur ce point est nuancée. Le groupe a clairement précisé qu’il ne considérait pas Bitcoin comme une menace existentielle pour l’or. Selon Wood, l’or continuera d’augmenter si les banques centrales maintiennent une politique monétaire expansionniste. Bitcoin et l’or peuvent coexister comme actifs de protection dans un portefeuille diversifié.

Cette position reflète une réalité de marché : les deux actifs ont des profils de risque très différents. L’or bénéficie de millénaires d’histoire comme réserve de valeur et d’une volatilité bien inférieure à celle du Bitcoin. Bitcoin offre un potentiel de hausse beaucoup plus élevé, une portabilité totale et une résistance à la confiscation plus forte, mais au prix d’une volatilité significative.

[UNIQUE INSIGHT] Le fait que Jefferies ait présenté cette décision non comme un “abandon de l’or” mais comme une “diversification vers Bitcoin” est révélateur de la communication institutionnelle sur ce sujet. Les grands gestionnaires d’actifs cherchent à rassurer leurs clients traditionnels tout en se positionnant sur un actif nouveau. Cette prudence rhétorique accompagne presque toujours les premières allocations institutionnelles en Bitcoin.

Selon le World Gold Council, les ETF or ont connu des sorties nettes significatives en 2020-2021, une période où les ETF et fonds crypto connaissaient des entrées record. Cela suggère des flux réels entre les deux classes d’actifs, même si la substitution complète reste une hypothèse.

Le mouvement institutionnel vers Bitcoin s’est-il accéléré depuis ?

La décision de Jefferies s’inscrit dans une vague institutionnelle qui s’est considérablement accélérée dans les années suivantes. MicroStrategy avait été pionnière avec ses achats massifs de Bitcoin comme actif de trésorerie. Square (devenu Block) avait suivi avec une allocation similaire. Jefferies rejoignait cette liste avec une approche de gestionnaire d’actifs plus traditionnelle.

Selon l’étude annuelle de Fidelity Digital Assets (2023), plus de 58% des investisseurs institutionnels interrogés détenaient déjà des actifs numériques. Ce chiffre illustre à quel point la barrière psychologique initiale s’est effacée. L’approbation des premiers ETF Bitcoin spot aux États-Unis en 2024 a encore accéléré ce mouvement en offrant un véhicule d’accès réglementé.

[ORIGINAL DATA] La progression de l’adoption institutionnelle de Bitcoin suit un schéma que l’on retrouve dans d’autres classes d’actifs émergentes : une poignée de pionniers assume le risque réputationnel, les suiveurs attendent une validation réglementaire ou de marché, puis la masse adopte une fois le cadre établi. Jefferies faisait partie de la deuxième vague, après MicroStrategy et Square.

[INTERNAL-LINK: ETF Bitcoin spot → article sur l’approbation des ETF Bitcoin par la SEC]

Questions fréquentes

Quel pourcentage de son portefeuille Jefferies a-t-il alloué à Bitcoin ?

Jefferies Group a alloué 5% de son portefeuille privé au Bitcoin en décembre 2020, en remplaçant une fraction équivalente de lingots d’or physique. Cette allocation prudente s’accompagnait d’une déclaration d’intention d’augmenter la position en cas de correction significative du cours. La répartition finale s’établissait à 45% or physique, 30% actions asiatiques, 20% actions minières aurifères et 5% Bitcoin, selon Business Standard.

Pourquoi les institutionnels préfèrent-ils parfois Bitcoin à l’or ?

Bitcoin offre plusieurs avantages pratiques par rapport à l’or : portabilité totale, divisibilité à l’infini, vérifiabilité transparente de l’offre sur la blockchain et résistance à la confiscation physique. Son offre est plafonnée à 21 millions d’unités, ce qui en fait un actif déflationniste par conception. Ces caractéristiques en font une alternative intéressante pour les investisseurs qui cherchent à se protéger contre la dépréciation monétaire. Selon Fidelity Digital Assets (2023), la protection contre l’inflation reste la première motivation d’allocation institutionnelle à Bitcoin.

Les entreprises qui ont acheté Bitcoin à l’époque ont-elles eu raison ?

Les premières allocations institutionnelles en Bitcoin à partir de 2020 se sont révélées très rentables pour les entreprises qui ont maintenu leurs positions. MicroStrategy, pionnière de cette approche, a vu la valeur de ses holdings Bitcoin multiplier plusieurs fois depuis ses premiers achats. L’évaluation dépend évidemment du prix d’achat et des périodes de détention. Mais la tendance générale d’appréciation sur plusieurs années a validé la thèse de réserve de valeur pour les investisseurs à long terme.

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Sources

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