En mars 2022, Emmanuel Macron présentait dans son programme présidentiel une ambition de metaverse européen souverain, présenté comme une alternative à la vision américaine de Meta et à l’approche chinoise. Quatre ans plus tard, le constat est sans appel : aucun metaverse européen n’a émergé. L’Union européenne a choisi de concentrer ses efforts sur la régulation des mondes virtuels plutôt que sur leur création, à travers l’IA Act entré en vigueur en 2024 et une initiative metaverse publiée par la Commission en 2023, selon Euractiv.
En bref
En 2022, Macron et l’Union européenne s’interrogeaient sur la souveraineté numérique face aux metaverses américains (Meta, Microsoft) et asiatiques. La Commission européenne a publié en 2023 une “EU Web 4.0 and Virtual Worlds” initiative, focalisée sur la protection des consommateurs et l’interopérabilité plutôt que sur la création d’une plateforme. L’IA Act (2024) établit des règles pour les systèmes d’IA qui alimentent les mondes virtuels. En 2026, aucun metaverse européen n’existe, et le marché reste dominé par des acteurs non-européens.
Le programme de Macron en 2022 : quelle ambition ?
Le discours de Macron sur le metaverse européen s’inscrivait dans un contexte de prise de conscience sur la dépendance numérique de l’Europe vis-à-vis des géants américains et chinois. La France venait de terminer la présidence du Conseil de l’Union européenne avec l’ambition d’accélérer la régulation des grandes plateformes. L’idée d’un “metaverse européen” portait en elle la promesse d’une souveraineté technologique : des plateformes de réalité virtuelle et augmentée hébergées en Europe, respectueuses du RGPD, interopérables et contrôlées par des acteurs européens. Mais l’ambition s’est heurtée à la réalité : créer un metaverse compétitif avec Meta, Microsoft ou Roblox nécessitait des investissements massifs que ni l’État français ni l’UE n’étaient prêts à engager directement.
La réponse de la Commission européenne : régulation plutôt que création
En juillet 2023, la Commission européenne a publié son initiative “Web 4.0 and Virtual Worlds”, présentée comme la stratégie européenne pour les mondes virtuels. Le texte mise sur quatre piliers : mettre les personnes au centre (protection des droits numériques), promouvoir l’excellence technologique (soutien aux startups XR européennes), construire le gouvernement virtuel (services publics dans les mondes virtuels), et avancer les standards ouverts et l’interopérabilité. L’initiative ne prévoit pas la création d’une plateforme metaverse par les pouvoirs publics, mais des appels à projets, des sandboxes réglementaires et un soutien aux PME européennes de la XR (réalité étendue). Les organisations de consommateurs ont réclamé des protections explicites contre la manipulation comportementale et les données des mineurs dans les mondes virtuels.
L’IA Act et son impact sur le metaverse
L’IA Act, entré en vigueur en août 2024 avec une application progressive jusqu’en 2026, est le premier cadre légal mondial régulant spécifiquement les systèmes d’intelligence artificielle. Il a des implications directes pour les metaverses : les systèmes d’IA générant des avatars réalistes (deepfakes), les algorithmes de recommandation dans les mondes virtuels, et les systèmes de manipulation émotionnelle sont soit interdits, soit classés à haut risque avec des exigences d’audit et de transparence strictes. L’IA Act représente l’approche caractéristique de l’UE : réguler les risques plutôt que subventionner la création.
Où en est le metaverse en 2026 ?
Le metaverse grand public n’a pas décollé comme prévu en 2021-2022. Meta a investi plus de 46 milliards de dollars dans sa division Reality Labs depuis 2019 pour des résultats décevants en termes d’adoption. Roblox et Fortnite restent les plateformes de “proto-metaverse” les plus utilisées, avec respectivement 88 et 115 millions d’utilisateurs actifs mensuels en 2025. L’Europe n’a produit aucun acteur metaverse majeur. Le concept a été partiellement remplacé dans les discours tech par l’IA générative, qui absorbe l’essentiel des investissements et de l’attention depuis 2023.
Questions fréquentes
Un metaverse européen peut-il encore émerger après 2026 ?
Rien n’est structurellement impossible, mais les conditions de marché sont défavorables. Les plateformes américaines et les moteurs de jeux (Unreal Engine, Unity) ont capturé l’essentiel des développeurs et des utilisateurs. Une initiative européenne crédible nécessiterait des investissements publics-privés de plusieurs milliards d’euros et du temps. Plus réaliste : voir des applications professionnelles (formation, télémédecine, patrimoine culturel) émergées via des startups XR européennes soutenues par les fonds Horizon Europe.
L’IA Act s’applique-t-il aux avatars et aux mondes virtuels ?
Oui, dans la mesure où des systèmes d’IA sont impliqués. Les deepfakes d’avatars réalistes, les IA conversationnelles dans les mondes virtuels, et les systèmes d’influence comportementale sont couverts par les catégories “manipulation subliminale” (interdite) ou “haut risque” (réglementée). Les plateformes opérant en Europe doivent se conformer selon le calendrier de mise en oeuvre progressive.
Macron a-t-il toujours un programme tech pour la France en 2026 ?
L’agenda tech de Macron depuis 2022 s’est concentré sur l’IA (plan France 2030, cloud souverain, soutien à Mistral AI) et moins sur le metaverse. La France se positionne désormais davantage comme un hub européen de l’IA avec des acteurs comme Mistral, Kyutai, et les campus de données souverains d’OVHcloud plutôt que sur les mondes virtuels.
Sources
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