Lu Jun, ancien vice-président de la branche financière de la China Development Bank, est accusé d’avoir perçu plus de 700 millions de yuans de pots-de-vin, un montant qui inclut du Bitcoin. Selon nos informations, le parquet a révélé que l’ex-dirigeant et un collègue ont accepté des « commissions » en cryptomonnaie pour une valeur de 12,18 millions de yuans, issues d’une opération de minage conjointe. Le verdict, attendu depuis la suspension de l’audience fin 2025, se fait toujours attendre.
Lu Jun, qui a notamment dirigé le fonds d’investissement public dans les semi-conducteurs, fait face à un deuxième acte d’accusation élargi. Il est reproché à l’ancien cadre d’avoir monnayé son influence lors de prises de participation. L’enquête a mis en lumière le rôle d’un ancien collègue, Du Yang, qui aurait géré la partie technique du minage pour produire les bitcoins litigieux. La défense affirme que Lu Jun n’était pas au courant de cette activité de minage, un point qui pourrait peser dans le dossier.
Comment le Bitcoin a-t-il été utilisé dans ce réseau de corruption ?
L’acte d’accusation supplémentaire détaille le versement de 12,18 millions de yuans en Bitcoin. Cette somme ne provient pas d’un achat ou d’un vol, mais d’une opération de minage menée en collaboration par Du Yang, un partenaire de longue date de Lu Jun. Les enquêteurs décrivent un schéma où une partie des bénéfices de montages financiers opaques était convertie en puissance de calcul, une méthode de blanchiment moins courante que les simples virements en espèces.
L’affaire est emblématique d’une sophistication croissante des outils de corruption. Alors que les stablecoins sont souvent pointés du doigt, le minage direct de Bitcoin pour corrompre un agent public, sans passer par une plateforme d’échange, complique la traçabilité. La défense de Lu Jun s’appuie sur ce point, jurant que le dirigeant ne maîtrisait pas les rouages techniques de la blockchain.
Quelles sont les spécificités de l’affaire Lu Jun ?
La procédure est d’une ampleur rare. Le montant total des faits de corruption, plus de 700 millions de yuans, en fait l’un des plus gros scandales du secteur financier public chinois. Lu Jun n’est pas un simple cadre : après la banque de développement, il a dirigé le China Integrated Circuit Industry Investment Fund, le bras armé de Pékin pour la souveraineté dans les semi-conducteurs.
L’inclusion du Bitcoin dans l’acte d’accusation est un tournant juridique. Cela constitue une reconnaissance implicite que des actifs crypto peuvent être des instruments de corruption à un très haut niveau. Le cas rappelle celui de l’eurodéputée Eva Kaili, même si les profils et les montants diffèrent. Dans les deux cas, la justice utilise la preuve numérique pour démontrer le train de vie et les flux illicites.
Pourquoi le verdict tarde-t-il autant ?
L’audience s’est tenue le 28 novembre 2025. Plus de 7 mois plus tard, la cour de Baishan n’a toujours pas rendu son jugement. Ce délai, même pour un dossier aussi tentaculaire, interroge les observateurs. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : la complexité des montages financiers à travers des fonds d’investissement publics, la nécessité d’évaluer la valeur probante des bitcoins saisis, et les potentielles implications politiques.
Les enquêteurs ont dû retracer toute la chaîne de minage pour établir la preuve de la complicité entre Lu Jun et Du Yang. La défense joue la carte de l’ignorance technique de l’accusé, une stratégie qui pourrait faire basculer le volet crypto du dossier. Ce flou juridique rappelle les difficultés rencontrées par la justice française dans l’affaire du PDG de Bithumb, où l’intentionnalité des flux suspects était au cœur des débats.
Lecture CryptoActu L’issue de cette affaire aura un impact sur la manière dont les autorités chinoises qualifient les cryptomonnaies dans les crimes financiers. Une condamnation sur ce volet validerait le minage comme outil de corruption en droit chinois, créant un précédent pour tous les dossiers à venir.
À retenir
Lu Jun risque une lourde peine pour une affaire mêlant haute finance d’État et corruption en bitcoins minés. Le parquet a chiffré à 12,18 millions de yuans la part en cryptomonnaies d’un pot-de-vin total dépassant 700 millions de yuans. Le verdict, suspendu depuis plus de 7 mois, pourrait créer un précédent juridique sur l’usage de Bitcoin dans la corruption. La défense parie sur l’ignorance technique de l’accusé, un argument qui doit encore convaincre les juges.
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