En octobre 2021, Worldcoin proposait des tokens en échange d’un scan de rétine, co-fondé par Sam Altman d’OpenAI. Le projet promettait un “revenu universel numérique” et visait un milliard d’iris scannés d’ici 2023. Cinq ans plus tard, World (le nouveau nom depuis octobre 2024) revendique 40 millions d’utilisateurs et 20 millions d’iris vérifiés (CryptoNews, 2025). Et se retrouve suspendu dans 5 pays. Retour sur une trajectoire qui résume toutes les tensions entre innovation et vie privée.
En bref
- Octobre 2024 : Worldcoin rebaptisé “World” (World Network, World ID, World Chain) (TechCrunch, 2024).
- Juin 2025 : 100 M+ d’‘utilisations de World ID dans des apps tierces ; ~20 M d’‘iris vérifiés ; ~40 M d’'utilisateurs World App (CryptoNews, 2025).
- Suspensions réglementaires : Espagne (mars 2024), Allemagne (décembre 2024), Kenya (2023-2024), Indonésie (mai 2025).
- WLD : pic 2024 à 9,93 $, puis effondrement à 0,268 $ en 2025 ; market cap ~2,17 Md$ (CoinGecko, 2025).
- Sam Altman co-fondateur reste le principal attrait et la principale cible des critiques.
Worldcoin en 2021 : scanner des rétines en échange de tokens
Le projet est apparu en 2021 avec une idée provocante : distribuer des tokens WLD à toute personne acceptant de scanner son iris avec un appareil sphérique appelé Orb. L’Orb capturait un “IrisHash”, une empreinte numérique unique de l’iris, censée garantir qu’un même individu ne pouvait pas réclamer plusieurs fois l’airdrop.
La justification conceptuelle était la suivante : dans un monde où les intelligences artificielles prolifèrent, distinguer les humains des bots devient crucial. World ID serait le “passeport d’humanité” mondial. Un identifiant prouvant qu’une personne réelle, unique, se cache derrière un compte numérique.
L’ambition était explicitement universelle : un revenu de base numérique pour tous les humains de la planète, financé par… quelque chose qui n’était pas encore clairement défini. Les opérateurs d’Orb déployaient les appareils dans les rues de Lagos, Berlin, Buenos Aires. Des agents recruteurs promettaient 10 à 200 dollars équivalent en WLD.
La proposition de Worldcoin révèle un paradoxe fondamental : pour créer un système de “preuve d’humanité” décentralisé et respectueux de la vie privée, l’entreprise devait d’abord centraliser la collecte des données biométriques les plus sensibles qui existent. L’iris est plus unique qu’une empreinte digitale. Il ne change pas. Il ne peut pas être réinitialisé.
Worldcoin devient World : le rebranding d’'octobre 2024
En octobre 2024, Tools for Humanity (la société derrière le projet) a rebaptisé l’ensemble du projet “World” (TechCrunch, 2024). World Network remplace Worldcoin Network. World ID reste World ID. Un nouveau layer blockchain, World Chain (construit sur Optimism), a été lancé pour les applications qui requièrent la vérification d’humanité.
Le rebranding avait un objectif clair : se distancier du nom “Worldcoin” associé dans les médias aux controverses biométriques. World est plus générique, plus “service” que “crypto spéculative”.
En pratique, l’architecture n’a pas fondamentalement changé. Les Orbs scannent toujours des iris. Les utilisateurs reçoivent toujours des WLD. Mais World Chain ouvre un nouveau cas d’usage : des applications tierces peuvent désormais vérifier que leurs utilisateurs sont humains, via World ID, sans accéder aux données biométriques brutes.
Quelles données biométriques World collecte-t-il vraiment ?
C’est la question centrale que les régulateurs ont posée, et à laquelle la réponse officielle a évolué plusieurs fois. La position initiale : l’IrisHash est généré localement sur l’Orb, les données brutes sont immédiatement supprimées. Seul le hash est conservé.
La réalité documentée par plusieurs enquêtes : des images d’iris brutes ont été conservées et transmises aux serveurs de Tools for Humanity pendant les phases de développement de l’Orb, à l’insu des utilisateurs (IDTechWire, 2023). L’entreprise a reconnu que des versions antérieures de l’Orb collectaient plus de données que communiqué.
Pour les régulateurs européens, c’est une violation claire du RGPD. Collecter des données biométriques sans consentement explicitement informé est une infraction grave, potentiellement sanctionnable de 4% du chiffre d’affaires mondial.
Le dossier réglementaire : 5 pays, 5 suspensions
Les suspensions se sont accumulées de manière significative.
Le Kenya a suspendu les opérations en 2023, invoquant des risques pour la sécurité nationale et la confidentialité des données. L’Espagne a ordonné la suspension des collectes biométriques via l’AEPD en mars 2024. L’Allemagne, via l’autorité bavaroise BayLDA, a suivi en décembre 2024. L’Indonésie a suspendu l’enregistrement des Orbs en mai 2025 (TechCrunch, 2025).
Ces suspensions ne signifient pas que World est illégal. Elles signifient que les autorités ont demandé des informations complémentaires ou imposé un arrêt temporaire pendant leur enquête. Mais pour une entreprise dont le modèle repose sur la collecte massive de données biométriques, c’est un frein opérationnel majeur.
Le token WLD : de 9,93 dollars à 0,268 dollar
L’évolution du prix WLD est un cas d’école de la déconnexion entre la croissance des utilisateurs et la valeur du token dans un écosystème crypto.
Le token WLD a atteint un pic de 9,93 dollars en 2024, porté par l’enthousiasme autour de Sam Altman et l’essor de l’IA générative. Puis il a effondré à 0,268 dollar en 2025 malgré des annonces de croissance des utilisateurs (CoinGecko, 2025). La market cap reste autour de 2,17 milliards de dollars, mais le token circule librement depuis que les restrictions de vente des premiers holders ont expiré.
La pression vendeuse est structurelle. Des millions d’utilisateurs reçoivent des WLD gratuitement en échange de leur scan d’iris. La plupart vendent immédiatement pour convertir en monnaie locale. C’est un modèle économique qui crée une pression vendeuse permanente, difficile à absorber sans acheteurs institutionnels suffisamment larges.
World ID et la vision à long terme : est-ce viable ?
L’ambition de World dépasse les cryptomonnaies. World ID vise à devenir le standard de preuve d’humanité sur internet. L’argument : avec la multiplication des IA génératives, distinguer les humains des bots dans les systèmes de vote, les réseaux sociaux et les transactions financières devient existentiel.
Fin juin 2025, World ID a été utilisé plus de 100 millions de fois dans des applications tierces (CryptoNews, 2025). Des services comme Reddit, Minecraft, et des plateformes de finance décentralisée ont intégré World ID pour filtrer les bots. C’est une adoption réelle, même si elle reste concentrée dans des communautés technophiles.
La question reste celle de la gouvernance. Qui contrôle les listes d’iris ? Que se passe-t-il en cas de fuite de données à l’échelle mondiale ? Peut-on “révoquer” une identité biométrique compromise ? Tools for Humanity n’a pas de réponse satisfaisante à ces questions en 2026.
Citation capsule - pour référence World (ex-Worldcoin) revendique environ 40 M d’utilisateurs de World App et 20 M d’iris vérifiés en juin 2025, avec 100 M+ d’utilisations de World ID dans des apps tierces, selon CryptoNews. Le token WLD a chuté de son pic 2024 (~9,93 $) à 0,268 $ en 2025, malgré une market cap de ~2,17 Md$, selon CoinGecko. Le projet fait face a des suspensions réglementaires en Espagne, Allemagne, Kenya et Indonésie, selon TechCrunch.
Questions fréquentes
Worldcoin est-il interdit en Europe ?
Pas totalement, mais plusieurs opérations ont été suspendues. L’AEPD espagnole a ordonné la suspension des collectes biométriques en mars 2024. L’autorité bavaroise allemande BayLDA a suivi en décembre 2024. Ces suspensions portent sur la collecte de données biométriques, pas sur l’usage de l’application ou la détention de WLD. World négocie avec les régulateurs pour adapter ses pratiques au RGPD (TechCrunch, 2025).
Est-ce que World ID protège vraiment la vie privée ?
World affirme que seul l’IrisHash est conservé, pas l’image brute de l’iris. Mais des enquêtes ont documenté que des versions antérieures de l’Orb collectaient des données brutes sans information explicite (IDTechWire, 2023). La conception actuelle est plus respectueuse, mais la confiance repose sur l’opacité du système. Il n’existe pas d’audit public indépendant complet du cycle de vie des données biométriques collectées par les Orbs.
Vaut-il la peine de scanner son iris pour obtenir des WLD en 2026 ?
Le risque et la récompense doivent être pesés honnêtement. Le WLD vaut 0,268 dollar en 2025, soit une fraction de son pic. La quantité distribuée par scan a diminué avec l’augmentation du nombre d’utilisateurs. En revanche, les données biométriques collectées sont permanentes et non révocables. Votre iris ne changera jamais. Si les données étaient compromises demain ou dans 20 ans, vous ne pouvez pas changer votre iris comme vous changez un mot de passe.
Sources
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