En janvier 2018, un développeur ouvrait un ticket sur le GitHub de TRON pour signaler que son code source reproduisait mot pour mot celui d’Ethereumj, la version Java du protocole Ethereum, sans aucun crédit aux auteurs originaux. La fondation TRON a reconnu les faits et promis de corriger. Huit ans plus tard, la blockchain de Justin Sun concentre environ 70 % de tout l’USDT en circulation, soit près de 80 milliards de dollars.

Au programme

  • En 2018, TRON a copié le code d’Ethereumj sans respecter la licence LGPL, déclenchant une crise de crédibilité internationale
  • Malgré ces origines controversées, TRON héberge aujourd’hui ~80 Md$ d’USDT, soit 70 % de l’offre mondiale (Tether, 2026)
  • Justin Sun fait face à une plainte de la SEC pour fraude et manipulation de marché depuis 2023, dossier encore en cours

Qu’a-t-on exactement reproché à TRON en 2018 ?

Le 4 janvier 2018, un utilisateur du GitHub de TRON ouvrit un ticket resté célèbre dans la communauté crypto. Sa conclusion était sans appel : des fichiers entiers du client java-tron reproduisaient les mêmes instructions que le projet ethereumj, sans mention de source ni de licence. La violation portait sur la licence LGPL, qui autorise l’utilisation du code open-source à condition de créditer explicitement les auteurs originaux. TRON avait non seulement omis ces crédits, mais supprimé les références existantes.

« Il est bien évident que java-tron est basé sur le projet ethereumj. […] D’autant que je sache, c’est une violation de la licence LGPL parce que vous n’avez pas mentionné que java-tron a été dérivé du projet ethereumj. »

Le ticket a rapidement circulé sur Reddit, où des développeurs ont documenté d’autres emprunts non crédités, alimentant plusieurs jours de polémique.

Comment la fondation TRON a-t-elle répondu ?

Face aux accusations, la fondation TRON a publié un communiqué en anglais et en chinois qui reconnaissait les faits sans les minimiser. Le texte admettait que “certains codes d’Ethereum ont été utilisés comme référence” et que les licences associées n’avaient pas été mentionnées. La fondation s’engageait à noter désormais les droits d’auteur et à ne pas reproduire ce type d’omission.

Cette reconnaissance a partiellement désarmé la polémique sur le plan juridique. Sur le plan de la réputation, le mal était fait : TRON entamait son existence publique avec une image de projet opportuniste. Les accusations de plagiat concernaient également le whitepaper, où des sections proches de celles d’IPFS et Filecoin avaient été identifiées par des chercheurs, sans qu’une procédure judiciaire ne soit jamais engagée sur ce point précis. Le lancement du mainnet TRON a finalement eu lieu en juin 2018, comme nous l’avions documenté à l’époque.

Chronologie des controverses TRON (2018-2026) De l'accusation de plagiat du code Ethereum en janvier 2018 jusqu'à la plainte SEC de 2023, les grandes étapes polémiques de la blockchain de Justin Sun. Janv. 2018 Plagiat code ETH Juin 2018 Mainnet lancé 2019-2022 Poloniex, Huobi, BTT Mars 2023 Plainte SEC 2026 80 Md$ USDT sur TRX Controverses TRON : 2018-2026 Source : CoinDesk, Tether (2026)

TRON est-il devenu un projet sérieux malgré ces débuts ?

La réponse est ambivalente. Sur le plan technique, TRON a développé une infrastructure fonctionnelle. Son mécanisme de consensus DPoS (Delegated Proof of Stake) permet des transactions rapides à moins de 1 dollar de frais, contre 5 à 10 dollars sur Ethereum selon les périodes. Cette différence de coût explique l’adoption massive du réseau pour les transferts de stablecoins entre plateformes et vers les marchés émergents.

Environ 5,2 millions d’adresses actives par jour transitent sur TRON en 2026, selon les données on-chain de DefiLlama. Le DEX SunSwap, inspiré d’Uniswap, enregistre entre 50 et 100 millions de dollars de volume quotidien. La TVL DeFi du réseau atteint 5 à 7 milliards de dollars, selon les métriques retenues pour les stablecoins.

Sur le plan réputationnel, les questions persistent. Justin Sun a multiplié les acquisitions controversées : Poloniex en 2019, Steemit en 2020, Huobi en 2022. En mars 2023, la SEC a déposé une plainte pour fraude et manipulation de marché contre lui personnellement, visant des pratiques de wash trading sur TRX et d’autres tokens. Le dossier restait en cours de discussion en 2026.

Pourquoi TRON domine-t-il le marché des stablecoins ?

La réponse tient à un avantage concurrentiel simple. Selon les données de transparence de Tether, près de 80 milliards de dollars d’USDT circulent sur la blockchain TRON, représentant environ 70 % de l’offre mondiale de l’actif. Cette concentration s’explique par 3 facteurs combinés.

  • Les frais de transfert restent inférieurs à 1 dollar contre 5 à 10 dollars sur Ethereum pour une transaction USDT
  • Les exchanges asiatiques et les plateformes de remittances ont standardisé le réseau TRON pour les dépôts et retraits
  • Tether a activement déployé ses émissions sur TRON dès 2019, créant un effet de réseau difficile à déloger

Cette dominance dans les transferts de stablecoins est aujourd’hui le principal cas d’usage de TRX, bien loin du projet de “décentralisation du Web” annoncé dans le whitepaper de 2017. L’ironie n’échappe pas à l’analyse : la blockchain accusée de plagier Ethereum est devenue son principal concurrent sur le segment des paiements USDT, un marché qu’Ethereum lui-même n’a pas réussi à conserver en raison de ses coûts. Pour comprendre comment s’articule la concurrence entre réseaux de stablecoins, notre dossier sur les stablecoins et leurs réseaux offre une mise en perspective utile.

Quel est le cours de TRX en 2026 et quelle est sa capitalisation ?

Après un sommet historique à 0,45 dollar en décembre 2024, TRX évolue en 2026 dans une fourchette comprise entre 0,18 et 0,32 dollar selon les données CoinGecko. La capitalisation boursière se situe entre 25 et 35 milliards de dollars, ce qui place TRON dans le top 10 des cryptomonnaies par valorisation.

Cette valorisation reflète moins la spéculation sur le protocole lui-même que la réalité économique des frais générés par le réseau USDT. Chaque transaction USDT sur TRON consomme de l’énergie TRX, créant une demande structurelle pour le token natif. Cette mécanique distingue TRX de nombreux altcoins dont la valeur repose principalement sur des anticipations. La plainte SEC de 2023 a pesé sur le cours sans l’effondrer, signe que le marché a intégré ce risque dans les prix actuels. Les investisseurs qui suivent les cryptomonnaies sous pression réglementaire trouveront dans le cas TRON un exemple documenté de survie malgré les poursuites.

Questions fréquentes

TRON a-t-il vraiment copié le code d’Ethereum ?

Oui. En janvier 2018, des développeurs ont établi que des fichiers entiers de java-tron reproduisaient le code d’ethereumj sans respecter la licence LGPL. La fondation TRON a reconnu les faits dans un communiqué officiel et s’est engagée à créditer les sources à l’avenir. Aucune action judiciaire n’a suivi sur ce point spécifique.

Pourquoi autant d’USDT circulent-ils sur TRON plutôt que sur Ethereum ?

Les frais de transfert USDT sur TRON restent inférieurs à 1 dollar, contre 5 à 10 dollars sur Ethereum selon les conditions de réseau. Cette différence a conduit les exchanges et les services de remittances vers les marchés émergents à standardiser TRON. En 2026, environ 80 milliards de dollars d’USDT y circulent, soit 70 % de l’offre mondiale selon Tether.

La SEC a-t-elle poursuivi Justin Sun ?

Oui. En mars 2023, la SEC a déposé une plainte contre Justin Sun pour fraude, manipulation de marché et wash trading sur TRX et d’autres tokens associés à l’écosystème TRON. Le dossier était toujours en cours de règlement en 2026, sans condamnation définitive à cette date. Notre analyse des poursuites régulatoires contre les fondateurs crypto détaille les implications de ce type de procédures.

TRX vaut-il quelque chose en 2026 ?

TRX s’échange entre 0,18 et 0,32 dollar en 2026, avec une capitalisation de 25 à 35 milliards de dollars. Sa valeur repose principalement sur la demande structurelle liée aux transactions USDT sur le réseau TRON plutôt que sur des anticipations spéculatives. C’est un profil différent de la plupart des altcoins de sa génération.

À retenir

TRON est né dans la controverse d’un plagiat reconnu. Il s’est imposé par un avantage concurrentiel simple : des frais bas qui ont capté 70 % de l’offre mondiale d’USDT. À surveiller : l’issue de la plainte SEC contre Justin Sun, qui pourrait redéfinir les conditions d’exploitation de tout l’écosystème.

Sources

Signal Neutre
Impact Mineur