L’Inde, le Nigéria et l’Indonésie occupent les 3 premières places de l’indice mondial d’adoption des cryptomonnaies publié par Chainalysis en octobre 2024, devant les États-Unis au 4e rang. Cet indice analyse 151 pays à partir de 4 sous-indices pondérés : volumes CEX retail, DeFi retail, P2P stablecoins et P2P classique. Le verdict est clair : ce sont les économies à forte inflation et les corridors de remittances qui font progresser l’adoption réelle, pas les marchés développés.
Au programme
- L’Inde domine le classement 2024 grâce à la DeFi et au retail, malgré une taxe maintenue à 1 % sur les transactions (Chainalysis, oct. 2024)
- Nigéria, Argentine et Turquie adoptent les stablecoins comme refuge : la supply de l’USDT a dépassé 150 milliards de dollars en 2025
- Philippines, Kenya et Mexique illustrent l’essor des remittances via USDC et Lightning Network, qui concurrencent Western Union sur le coût et la vitesse
Pourquoi les économies émergentes dominent-elles le classement ?
L’adoption réelle de la crypto est systématiquement plus forte dans les pays où la monnaie locale est fragile. L’indice Chainalysis 2024 le confirme : les volumes P2P en stablecoins progressent le plus vite dans les économies où l’inflation dépasse 30 % annuels. L’Argentine, la Turquie et le Venezuela sont des cas d’école où l’USDT s’est imposé comme outil de préservation du pouvoir d’achat, bien avant d’être un instrument de spéculation.
Cette réalité tranche avec l’image dominante de la crypto dans les pays riches, où le discours tourne encore autour de la volatilité du Bitcoin comme frein à son usage monétaire. Dans les zones où l’accès à un compte bancaire stable est limité, cette volatilité passe au second plan face à la souveraineté qu’offre un portefeuille auto-custodial. C’est précisément ce que Chainalysis cherche à mesurer avec son indice composite.
La méthodologie retenue pondère 4 sous-indices : volumes CEX retail, DeFi retail, échanges P2P en stablecoins et P2P classique. Cette approche favorise les pays où l’utilisation concrète (achats, épargne, transferts) prime sur la simple détention spéculative. C’est pourquoi l’Inde, peu associée à une crise monétaire aiguë, atteint la première place grâce à ses très larges bases d’utilisateurs DeFi et retail. Pour aller plus loin sur les mécanismes DeFi qui sous-tendent cette adoption, les protocoles de prêt et d’échange décentralisés jouent un rôle croissant dans les marchés émergents.
Comment Chainalysis mesure-t-elle l’adoption réelle dans 151 pays ?
Chainalysis calcule un score normalisé entre 0 et 1 pour chaque pays. Plus ce score approche 1, plus l’adoption populaire est forte. La clé de voûte de la méthode : tous les volumes sont pondérés par le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat. Ce choix évite que les États-Unis ou le Royaume-Uni, avec leurs volumes bruts considérables, écrasent mécaniquement le reste du classement.
“L’objectif de notre indice est de mesurer où la plupart des gens investissent la plus grande part de leur argent dans les cryptomonnaies, et de mettre en évidence les pays où les investisseurs individuels non professionnels adoptent le plus les actifs numériques.”
Chainalysis, Global Crypto Adoption Index 2024
Ce choix méthodologique explique pourquoi le Vietnam (#5), les Philippines (#8) ou le Kenya (#18) figurent systématiquement dans le top 20 depuis plusieurs éditions de l’indice. Leurs volumes absolus restent modestes face à ceux des États-Unis. Rapportés au revenu local, ils représentent toutefois une part significative des actifs détenus par les ménages. C’est ce ratio qui désigne les véritables territoires pionniers de l’adoption.
Quels sont les 3 moteurs principaux de l’adoption en 2024 ?
Les stablecoins comme refuge monétaire constituent le premier vecteur. En Argentine, en Turquie et au Venezuela, l’USDT est la première cryptomonnaie utilisée au quotidien. La supply totale de Tether a dépassé 150 milliards de dollars début 2025, portée en grande partie par la demande des marchés émergents. Ces usages transitent souvent par des échanges P2P, hors des circuits réglementés locaux.
Les remittances via crypto forment le deuxième pilier. Les Philippines (#8), le Kenya (#18) et le Mexique (#13) concentrent d’importants flux d’envois de fonds depuis des diasporas. L’USDC sur Stellar ou le Lightning Network permettent des transferts quasi instantanés pour une fraction du coût des circuits traditionnels. Cette économie des transferts reste l’un des cas d’usage les plus solides de la crypto dans ces régions. Les stablecoins comme l’USDC jouent ici un rôle d’infrastructure financière alternative.
La DeFi et le trading institutionnel constituent le troisième moteur, propre à l’Inde et aux États-Unis. Les volumes DeFi retail y sont parmi les plus élevés au monde, tirés par le rendement, les dérivés décentralisés et les stratégies de liquid staking. Ce profil d’adoption se distingue nettement de celui des marchés émergents, mais contribue tout autant à l’indice composite. En 2026, cette tendance s’accentue à mesure que les ETF Bitcoin spot et Ethereum spot drainent une partie de la demande institutionnelle vers des produits régulés.
La réglementation freine-t-elle vraiment l’adoption dans ces pays ?
Non, du moins pas systématiquement. La Chine, malgré un ban total sur les transactions crypto depuis 2021, maintient la 19e place du classement. Ses résidents continuent d’accéder aux marchés via des VPN et des plateformes offshore, produisant un volume P2P résiduel suffisant pour figurer dans le top 20. Ce cas illustre les limites de toute politique d’interdiction dans un secteur natif du numérique.
À l’inverse, certains pays ont rationalisé leur cadre réglementaire sans freiner l’adoption. L’Indonésie (#3) a transféré en 2024 la supervision des crypto-actifs de l’autorité des marchés de matières premières (Bappebti) vers le régulateur financier général OJK, selon The Block. Ce changement institutionnel signale une maturité du secteur sans pour autant durcir l’accès pour les particuliers.
L’Inde illustre une tension similaire. La taxe de 1 % sur les transactions crypto (TDS), maintenue depuis 2022, a réduit les volumes sur les plateformes domestiques. Pourtant, le pays conserve la première place de l’indice, preuve que sa base d’utilisateurs retail et DeFi absorbe cette contrainte fiscale. Le Nigéria (#2) représente peut-être le cas le plus instructif : après des tensions entre la banque centrale et les plateformes internationales en 2024, la SEC nigériane a maintenu un cap pro-crypto initié dès 2022, selon Reuters. Cette stabilité relative a permis à l’écosystème local de continuer à progresser, porté par une population jeune très connectée et un naira sous pression constante.
Où se situe l’Europe dans ce classement mondial ?
L’Europe est absente du top 20. La France, l’Allemagne et les Pays-Bas ne figurent dans aucune des 20 premières places de l’indice Chainalysis. Les États-Unis restent le seul pays à revenu élevé à maintenir une position notable, au 4e rang, grâce à ses volumes DeFi retail et à la profondeur de son marché institutionnel.
Cette absence ne reflète pas une faiblesse structurelle : elle tient à la méthode. Pondérer les volumes par le PIB par habitant pénalise les économies où le revenu médian est élevé, réduisant la part relative des actifs crypto dans le patrimoine des ménages. Un épargnant français qui détient 500 euros de Bitcoin représente une fraction de son épargne disponible bien plus faible qu’un équivalent philippin ou nigérian avec le même montant. L’entrée en vigueur de MiCA en 2024 a posé un cadre réglementaire clair pour les 27 États membres, sans produire d’effet immédiat sur les volumes d’adoption populaire.
À surveiller : l’Ukraine (#6) affiche depuis 2022 l’une des adoptions les plus rapides d’Europe de l’Est, portée par des besoins concrets de transferts transfrontaliers et de financement alternatif dans un contexte de guerre. Sa trajectoire mérite un suivi particulier dans les prochaines éditions de l’indice, et son éventuelle rapprochement institutionnel avec l’UE pourrait recomposer le paysage européen de l’adoption.
Lecture CryptoActu L’édition 2024 confirme un basculement structurel : les stablecoins ont supplanté le Bitcoin comme outil d’adoption de masse dans les marchés émergents. Trois des 5 drivers dominants du classement (P2P stablecoins, remittances USDC, refuge anti-inflation) reposent sur des actifs indexés sur le dollar, pas sur des cryptos natives. L’adoption crypto mondiale ressemble de plus en plus à une dollarisation numérique, ce qui soulève des questions sur la souveraineté monétaire des pays concernés et devrait alimenter les prochains débats réglementaires au FMI et à la Banque mondiale.
Questions fréquentes
Quel pays arrive en tête de l’adoption des cryptomonnaies en 2024 ?
L’Inde occupe la première place de l’indice Chainalysis 2024, devant le Nigéria et l’Indonésie. Ce classement pondère les volumes de transaction par le PIB par habitant pour mesurer l’adoption populaire réelle, et non les volumes bruts. Les États-Unis arrivent au 4e rang, seul pays à revenu élevé dans le top 5.
Pourquoi la France ne figure-t-elle pas dans le top 20 de l’adoption crypto ?
La méthode Chainalysis pondère les volumes crypto par le PIB par habitant. Dans les pays riches comme la France, les montants investis représentent une fraction plus faible du revenu disponible des ménages. L’adoption existe, mais reste sous le seuil nécessaire pour concurrencer des économies où la crypto répond à un besoin financier immédiat. Le cadre MiCA devrait cependant renforcer la confiance des particuliers européens à moyen terme.
Quels usages expliquent la présence du Nigéria et de l’Argentine dans ce classement ?
Les 2 pays illustrent l’usage des stablecoins comme refuge face à l’inflation. Avec un naira et un peso sous pression, leurs résidents ont massivement adopté l’USDT et l’USDC pour préserver leur épargne. Ces transactions passent souvent par des échanges P2P moins exposés aux restrictions réglementaires locales.
Comment la réglementation influence-t-elle l’adoption d’un pays ?
L’exemple de la Chine (19e malgré un ban total) montre que les restrictions ne suffisent pas à éradiquer l’usage crypto. À l’inverse, la refonte réglementaire indonésienne (passage à l’OJK en 2024) et le cap pro-crypto du Nigéria démontrent qu’une supervision claire peut coexister avec une forte adoption populaire sans pénaliser les utilisateurs.
À retenir
L’indice Chainalysis 2024 confirme que l’adoption réelle de la crypto se joue dans les économies émergentes, portée par les stablecoins anti-inflation et les remittances. L’Europe reste absente du top 20. À surveiller d’ici l’édition 2025 : l’impact de MiCA sur les volumes retail européens, et la montée en puissance des stablecoins face au Bitcoin comme principal outil d’adoption quotidienne.
Sources
- Chainalysis – Global Crypto Adoption Index 2024
- Chainalysis – Rapport méthodologique Geography of Crypto 2024
- CoinDesk – La supply de l’USDT dépasse 150 milliards de dollars
- The Block – L’Indonésie transfère la supervision crypto à l’OJK
- Reuters – La SEC nigériane publie ses règles sur les investissements crypto
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