La Banque d’Italie a officiellement appelé l’Union européenne à explorer une version tokenisée du système SEPA, selon The Block. Chiara Scotti, haut responsable de l’institution, estime que la tokenisation devient suffisamment avancée pour justifier une refonte partielle des infrastructures de paiement pan-européennes. SEPA traite aujourd’hui plus de 36 milliards de transactions par an. L’enjeu est considérable.
Qu’est-ce que la Banque d’Italie propose exactement ?
L’institution romaine ne demande pas un remplacement immédiat du SEPA. Elle préconise d’évaluer une extension tokenisée du système, reposant sur des dépôts tokenisés - soit des représentations numériques d’euros commerciaux enregistrées sur une blockchain. La différence avec un euro numérique de banque centrale (MNBC) est fondamentale : ici, ce sont les banques commerciales qui émettent les jetons, pas la BCE.
Chiara Scotti a mis en avant la “pertinence croissante” de la tokenisation dans le secteur financier pour justifier cette démarche. La proposition s’inscrit dans un contexte où plusieurs grandes banques européennes expérimentent déjà les dépôts tokenisés en circuit fermé, notamment via le réseau interbancaire.
Pourquoi le SEPA est-il concerné par la tokenisation ?
Le SEPA unifie les paiements en euros dans 36 pays. Sa force est sa standardisation ; sa faiblesse, sa lenteur relative face aux réseaux blockchain. Les virements SEPA classiques prennent encore 1 à 2 jours ouvrés dans certains cas, malgré le virement instantané introduit en 2017 et rendu obligatoire en 2025 pour les banques européennes.
Une infrastructure tokenisée permettrait théoriquement des règlements en temps quasi réel, avec une transparence accrue sur la chaîne de valeur. Les smart contracts pourraient automatiser les conditions de paiement, réduisant les frictions dans les transactions commerciales transfrontalières. Un enjeu direct pour les entreprises qui intègrent déjà des paiements numériques.
« L’UE devrait évaluer si son infrastructure de paiement actuelle est adaptée à un monde où la tokenisation devient de plus en plus pertinente. »
- Chiara Scotti, Banque d’Italie, mai 2026 (traduit de l’anglais)
Quel est le calendrier envisagé par Rome ?
Aucun calendrier précis n’a été communiqué. La Banque d’Italie formule une invitation à l’étude, pas un projet législatif. La décision appartient à la Commission européenne et au Parlement, avec l’aval de la BCE et des régulateurs nationaux comme la Banca d’Italia elle-même ou l’AMF française.
Le contexte réglementaire est cependant propice. MiCA, entré pleinement en vigueur en décembre 2024, encadre désormais les crypto-actifs mais laisse ouverte la question des dépôts tokenisés émis par des banques agréées. Une consultation de la BCE sur ce sujet est attendue au second semestre 2026.
Cette démarche italienne s’inscrit aussi dans un débat plus large sur la compétitivité européenne face aux initiatives similaires menées en Asie et aux États-Unis. Les initiatives de tokenisation d’actifs en Europe se multiplient, mais restent fragmentées.
Quelle différence avec l’euro numérique de la BCE ?
La distinction est technique mais décisive. L’euro numérique (MNBC) serait une monnaie de banque centrale : un passif direct de la BCE, accessible aux particuliers. Les dépôts tokenisés proposés pour le SEPA resteraient des passifs de banques commerciales, comme les euros ordinaires sur un compte bancaire.
Concrètement, cela signifie que les dépôts tokenisés conservent le risque de contrepartie bancaire (couvert jusqu’à 100 000 euros par le fonds de garantie FGDR en France). L’euro numérique BCE, lui, serait garanti par l’État. Les deux approches ne sont pas mutuellement exclusives. Certains économistes plaident pour une coexistence, à l’image du dispositif de paiement en cryptomonnaies qui cohabite avec les systèmes bancaires traditionnels.
Lecture CryptoActu La proposition italienne illustre une tendance de fond : les banques centrales européennes ne veulent plus laisser l’initiative de la tokenisation au secteur privé non bancaire. En poussant pour un SEPA tokenisé appuyé sur des dépôts bancaires classiques, Rome cherche à capter les bénéfices de la blockchain tout en maintenant le circuit de supervision traditionnel. Le vrai test sera la réaction de la BCE, qui défend son propre projet d’euro numérique depuis 2021.
À retenir
La Banque d’Italie ouvre un débat européen sur la tokenisation du SEPA via des dépôts tokenisés bancaires. Aucune échéance n’est fixée, mais la pression s’intensifie sur la Commission européenne pour trancher entre cette piste et l’euro numérique de la BCE. La consultation BCE attendue fin 2026 sera décisive.