En octobre 2021, la Société Générale est devenue la première grande banque européenne à soumettre officiellement une demande de prêt en stablecoin DAI auprès d’un protocole DeFi. Via sa filiale blockchain SG-Forge, elle proposait 20 millions de dollars de jetons obligataires tokenisés comme collatéral à MakerDAO, dont la valeur totale verrouillée dépassait alors 15 milliards de dollars (DeFiLlama, 2021).

En bref

  • SG-Forge, filiale blockchain de la Société Générale, a proposé 20M$ de collatéral obligataire à MakerDAO en octobre 2021
  • Les obligations tokenisées OFH proposées comme collatéral étaient notées AAA et reconnues par le droit français
  • Rune Christensen (fondateur MakerDAO) a comparé l’initiative à “Youri Gagarine après Spoutnik”
  • L’expérimentation visait à tracer l’architecture juridique pour l’intégration bancaire dans la DeFi
  • La TVL de la DeFi dépassait 180 milliards de dollars à l’automne 2021 selon DeFiLlama, alimentant l’intérêt bancaire

[IMAGE: Logo Société Générale et logo MakerDAO côte à côte sur fond de circuit blockchain - search terms: Societe Generale MakerDAO DeFi institutional partnership]

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Architecture du prêt DeFi entre SG-Forge et MakerDAO : les obligations tokenisées servent de collatéral pour emprunter du DAI en stablecoin.

[INTERNAL-LINK: MakerDAO et le DAI → fonctionnement du stablecoin décentralisé]

Pourquoi la Société Générale a-t-elle choisi MakerDAO pour son expérimentation DeFi ?

MakerDAO est l’un des protocoles DeFi les plus anciens et les plus audités de l’écosystème Ethereum. Son stablecoin DAI est adossé à du collatéral on-chain et sa gouvernance repose sur des détenteurs de tokens MKR. Pour une banque souhaitant une première expérimentation DeFi, c’est un choix logique : protocole mature, liquidité établie, mécanismes de gouvernance documentés.

La Société Générale, troisième banque française, avait déjà un historique avec la blockchain via SG-Forge. En 2019, SG-Forge avait émis pour la première fois des obligations sécurisées (covered bonds) directement sur la blockchain Ethereum, une première mondiale pour un titre noté AAA. La proposition MakerDAO de 2021 était la suite logique : utiliser ces obligations tokenisées comme collatéral dans un protocole DeFi (MakerDAO Forum, 2021).

[UNIQUE INSIGHT] La démarche de SG-Forge révèle une logique de financement innovante : plutôt que de vendre ses obligations sur les marchés traditionnels, la banque les utilisait comme collatéral pour emprunter de la liquidité en DAI directement sur un protocole décentralisé. C’est une optimisation du bilan bancaire via la DeFi, pas une spéculation.

Comment fonctionnait le collatéral obligataire dans ce prêt DeFi ?

La proposition technique de SG-Forge impliquait d’apporter des “OFH tokens” (obligations sécurisées tokenisées, émises en 2020 sur Ethereum) comme collatéral à MakerDAO. En échange, le protocole émettrait du DAI que la banque pourrait utiliser pour ses besoins de liquidité. Le remboursement libèrerait le collatéral obligataire.

L’architecture juridique était complexe. Elle nécessitait la désignation d’un “agent de sécurité” (le groupe DIIS était pressenti) pour garantir les droits de chaque partie dans un cadre qui échappait partiellement au droit national. Le statut des obligations en droit français était clair - reconnues comme valeurs mobilières équivalent au DAI - mais leur interaction avec un protocole décentralisé nécessitait des précisions juridiques nouvelles.

[ORIGINAL DATA] A l’automne 2021, MakerDAO avait déjà commencé à accepter des actifs du monde réel (Real World Assets) comme collatéral. Des prêts immobiliers tokenisés et des créances commerciales avaient précédé la proposition SG-Forge. La banque française n’entrait donc pas dans un protocole entièrement novice sur ce terrain, mais dans un cadre déjà expérimenté avec des partenaires moins institutionnels.

Quel a été le résultat de cette expérimentation avec MakerDAO ?

La proposition de SG-Forge a été soumise au processus de gouvernance de MakerDAO (MIP6) et a suscité de nombreux débats au sein de la communauté. La discussion portait notamment sur les conditions d’acceptation du collatéral institutionnel, les taux applicables et la complexité légale d’un tel arrangement.

L’expérimentation n’a pas abouti à un prêt finalisé dans les délais initialement envisagés, en partie à cause de la complexité juridique et de l’évolution du marché crypto en 2022. MakerDAO a par la suite revu sa stratégie sur les actifs réels, et la Société Générale a poursuivi ses initiatives blockchain sur d’autres fronts, notamment le lancement d’un service de conservation de cryptomonnaies institutionnel en 2022. Ces premières expérimentations ont néanmoins tracé des voies que d’autres institutions ont suivies.

[CHART: Graphique - évolution de la part des Real World Assets dans le collatéral MakerDAO, 2021-2024 - source: DeFiLlama / MakerDAO Forum]

Pourquoi les banques traditionnelles s’intéressent-elles à la DeFi ?

L’attrait de la DeFi pour les institutions financières tient à plusieurs facteurs concrets. Les rendements proposés par les protocoles de prêt DeFi (Aave, Compound, MakerDAO) dépassaient largement ceux des marchés obligataires traditionnels en 2021, une période de taux zéro en zone euro. Les stablecoins offrent une liquidité immédiate sans contraintes horaires ni délais de règlement. Et la DeFi fonctionne 24h/24, 7j/7, sans intermédiaires coûteux.

Rune Christensen, fondateur de MakerDAO, voyait dans la proposition SG-Forge “la prochaine étape logique de la mission de MakerDAO d’intégrer les économies crypto et réelles.” Il l’a comparée à Youri Gagarine après Spoutnik : une escalade majeure après une première étape exploratoire. Cette métaphore illustre bien l’ambition de la convergence entre DeFi et finance traditionnelle.

[INTERNAL-LINK: DeFi institutionnelle → état des lieux de l’adoption bancaire en 2026]

Questions fréquentes

Qu’est-ce que SG-Forge et quel est son rôle aujourd’hui ?

SG-Forge est la filiale blockchain de la Société Générale, créée pour explorer les applications de la technologie blockchain dans les marchés de capitaux. Elle a émis plusieurs premières mondiales sur Ethereum, dont des covered bonds tokenisés en 2019 et une obligation digitale en 2021. En 2023, SG-Forge a obtenu l’agrément PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques) de l’AMF en France, lui permettant d’opérer légalement comme prestataire crypto institutionnel.

Qu’est-il arrivé à MakerDAO depuis 2021 ?

MakerDAO a continué d’évoluer. En 2023, le protocole a lancé une restructuration majeure sous le nom “Endgame”, visant à décentraliser davantage sa gouvernance en plusieurs sous-DAOs. Le DAI a été rebrandé en USDS dans ce contexte. La part des actifs du monde réel (Real World Assets) dans le collatéral a fortement augmenté, avec des bons du Trésor américains tokenisés représentant une part significative de la garantie du stablecoin. Ce virage institutionnel reflète exactement la dynamique qu’incarnait la proposition SG-Forge de 2021.

Les banques françaises sont-elles actives en DeFi en 2026 ?

Plusieurs banques françaises maintiennent des divisions blockchain actives. SG-Forge (Société Générale), CA-Indosuez (Crédit Agricole) et BNP Paribas Securities Services ont chacune des initiatives en cours sur la tokenisation et la DeFi institutionnelle. Le cadre MiCA, en vigueur depuis 2024, a clarifié les conditions légales pour ces expérimentations. La Banque de France a également conduit plusieurs expérimentations de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) en collaboration avec des protocoles DeFi.

Sources

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