Le département du Trésor américain a lancé lundi l’opération Economic Outcast, une campagne économique sans précédent contre l’Iran qui place les actifs numériques au même rang que l’or, l’aviation et le transport maritime dans sa liste de secteurs ciblés. Près d’un milliard de dollars de fonds iraniens ont déjà été saisis en mai, et 344 millions supplémentaires en USDT avaient été gelés le mois précédent. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a annoncé que toute entité facilitant le blanchiment d’argent ou le contournement des sanctions au profit de Téhéran risque d’être exclue du système financier américain, quel que soit son lieu d’implantation.

Au programme

  • L’opération Economic Outcast étend les sanctions secondaires à cinq secteurs, dont les crypto-actifs, la technologie et l’or.
  • Six individus du ministère iranien du Renseignement sont nommés, accusés de piratages et de vols de cryptomonnaies.
  • Près d’un milliard de dollars de fonds iraniens ont déjà été saisis, dont 344 millions d’USDT gelés par Tether en avril.

L’opération Economic Outcast étend explicitement le périmètre des sanctions secondaires aux crypto-actifs, un signal fort après la saisie de près d’un milliard de dollars en fonds iraniens en mai dernier. Le Trésor a déjà sanctionné un groupe cyber du ministère iranien du Renseignement impliqué dans des piratages de plateformes d’échange, une pratique que les régulateurs américains surveillent de près depuis plusieurs années. Une grande institution financière devrait être visée cette semaine.

Comment le Trésor définit-il le risque crypto iranien ?

L’ordre exécutif 13902 sert de base juridique à cette extension. L’OFAC peut désormais sanctionner « toute personne, où qu’elle se trouve », opérant dans cinq secteurs de l’économie iranienne : les actifs numériques, la technologie, l’or, l’aviation et le transport maritime. La formulation est large : elle couvre les plateformes d’échange, les services de garde, les émetteurs de stablecoins et tout intermédiaire facilitant des transactions en cryptomonnaies pour le compte d’entités iraniennes.

« Toute entité qui facilite le blanchiment d’argent ou le contournement des sanctions au nom de l’Iran risque d’être coupée du système financier américain. » : Département du Trésor américain

Le premier volet de sanctions vise un groupe cyber rattaché au ministère iranien du Renseignement et de la Sécurité (MOIS). Six individus sont nommés : Mojtaba Ghal’eh-Kuhi, Behzad Mesri, Keyvan Fayyaz Ghareh Blagh, Saber Shahbazi Balujeh, Mohammad Reza Kadkhoda’i et Arman Kahzadian. Ils sont accusés d’avoir ciblé des institutions américaines et d’avoir exécuté des vols de cryptomonnaies. Cette méthode punitive n’est pas nouvelle : le Trésor avait déjà gelé 130 millions de dollars liés aux Gardiens iraniens.

Quelles sommes ont déjà été saisies sur le volet crypto ?

Le précédent iranien en matière de saisies crypto est lourd. En mai, Scott Bessent a confirmé la confiscation de près d’un milliard de dollars de fonds iraniens. Au mois d’avril, 344 millions de dollars en USDT ont été retirés de deux adresses Tron grâce à la collaboration de Tether, qui avait déjà gelé des fonds liés à l’Iran via l’OFAC. Par ailleurs, TRM Labs a identifié 30 adresses Bitcoin, Ethereum et Tron liées à l’institut Mabna, qui ont reçu environ 16,8 millions de dollars depuis janvier 2018.

Les chiffres montrent la concentration des flux : 10 adresses contrôlées par Keyvan Fayaz concentrent 92 % des fonds on-chain attribués au réseau Mabna, soit environ 15,5 millions de dollars. Le département de la Justice américain considère Mabna comme un groupe de piratage à louer actif depuis au moins 2013, ayant notamment travaillé pour les Gardiens de la révolution. Washington avait déjà saisi près d’un milliard de dollars en crypto dans des dossiers similaires.

Quels pays sont les plus exposés à ces sanctions secondaires ?

Les économies les plus dépendantes du commerce avec l’Iran sont en première ligne. La Chine, qui achète du pétrole iranien, figure en tête de liste. L’Irak et la Turquie, qui importent du gaz iranien pour leur production d’électricité, sont également concernées, tout comme l’Inde et la Russie. Le Trésor a fixé une méthode : chaque pays recevra un calendrier précis pour couper les activités identifiées avec l’Iran.

À défaut d’action, Washington agira unilatéralement. Cette approche rappelle le durcissement observé sur les exchanges crypto iraniens ces derniers mois. Elle marque une rupture dans la pression exercée jusqu’ici, notamment après le gel de 130 millions de dollars liés à la banque centrale iranienne. Le Trésor avait déjà hausse le ton sur les sanctions applicables à Binance dans des dossiers impliquant l’Iran.

Lecture CryptoActu La désignation des actifs numériques comme secteur sanctionnable prioritaire transforme le risque de conformité pour tout acteur crypto exposé au Moyen-Orient. Les plateformes devront renforcer leurs contrôles sur les chaînes de transactions touchant l’Iran, sous peine de perdre l’accès aux correspondants bancaires américains.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’opération Economic Outcast ?

L’opération Economic Outcast est une campagne lancée par le Trésor américain qui étend les sanctions secondaires à cinq secteurs de l’économie iranienne : les crypto-actifs, la technologie, l’or, l’aviation et le transport maritime. Toute entité facilitant le contournement des sanctions risque d’être exclue du système financier américain.

Quelles sommes ont été saisies dans le cadre des sanctions contre l’Iran ?

Près d’un milliard de dollars de fonds iraniens ont été saisis en mai, après le gel de 344 millions de dollars d’USDT en avril sur des adresses Tron. Le réseau Mabna a par ailleurs reçu environ 16,8 millions de dollars depuis 2018, concentrés à 92 % sur dix adresses.

Quels pays sont les plus exposés aux sanctions secondaires ?

La Chine, premier acheteur de pétrole iranien, figure en tête de liste. L’Irak et la Turquie, qui importent du gaz iranien, sont également concernées, ainsi que l’Inde et la Russie. Chaque pays recevra un calendrier précis pour couper ses activités identifiées avec l’Iran, sous peine d’action unilatérale américaine.

À retenir

L’opération Economic Outcast place la crypto dans le viseur direct de la politique de sanctions américaine, avec une extension à cinq secteurs et un calendrier contraignant pour les pays tiers. La première salve vise six individus du MOIS et préfigure de nouvelles actions. La question reste de savoir si l’administration appliquera ces restrictions avec la même intensité envers la Chine, principal acheteur de pétrole iranien.

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