La transition présidentielle de 2020 aux États-Unis a été scrutée de près par l’écosystème crypto. La nomination de Gary Gensler, expert reconnu de la blockchain et ancien président de la CFTC, comme conseiller financier de l’équipe Biden a marqué un tournant. Retour sur cette nomination et ses conséquences durables sur la régulation crypto américaine.

En bref

  • Gary Gensler, ancien président de la CFTC et professeur de blockchain au MIT, a rejoint l’équipe Biden en 2020
  • Il a ensuite été nommé président de la SEC en 2021, le poste de régulateur financier le plus influent des États-Unis
  • Son approche a combiné une connaissance approfondie de la technologie et une posture réglementaire stricte
  • Lael Brainard, gouverneure de la Fed, a également été citée pour le Trésor avec une vision pro-CBDC
  • L’administration Biden a engagé des poursuites contre Coinbase, Binance et d’autres acteurs majeurs via la SEC

[IMAGE: bâtiment de la SEC à Washington DC - search terms: SEC building Washington DC financial regulation]

Parcours de Gary Gensler – De la CFTC à la SEC 2009-2014 Président CFTC 2018-2019 Cours MIT blockchain Nov. 2020 Conseiller Biden 2021-2024 Président SEC
Chronologie du parcours de Gary Gensler: de la présidence de la CFTC sous Obama, à l'enseignement de la blockchain au MIT, puis au rôle de conseiller de Biden avant de prendre la tête de la SEC en 2021.

Qui était Gary Gensler au moment de sa nomination ?

Gary Gensler a été nommé dans l’équipe de transition de Biden en novembre 2020 pour superviser les marchés financiers et les banques d’investissement. Son profil était singulier dans le monde politique américain: à la fois ancien banquier chez Goldman Sachs, ancien président de la CFTC sous Obama, et professeur de blockchain au MIT où il enseignait les monnaies numériques et la politique financière depuis 2018.

Le Wall Street Journal l’avait décrit en 2018 comme ayant « Bitcoin on the Brain ». Dans ses cours au MIT, disponibles en open source, Gensler affirmait que la technologie blockchain et crypto agissait « comme un catalyseur de changement » pour le secteur financier. Il avait témoigné devant le Congrès pour mettre en garde contre une réglementation trop hâtive qui pourrait étouffer l’innovation.

[INTERNAL-LINK: évolution de la réglementation crypto aux États-Unis → article sur le cadre réglementaire SEC vs CFTC pour les actifs numériques]

Cette réputation d’expert indépendant, ni maximaliste crypto ni hostile par principe, lui donnait une crédibilité rare. L’écosystème crypto espérait une approche nuancée et informée. Ce qui s’est passé ensuite a été plus complexe.

Quelle posture réglementaire Gensler a-t-il adoptée à la tête de la SEC ?

La nomination de Gensler comme président de la SEC en 2021 a rapidement dissipé les espoirs d’un traitement favorable. Son approche a été celle d’une application stricte des lois sur les valeurs mobilières existantes au secteur crypto. Selon lui, la grande majorité des tokens crypto sont des securities et relèvent donc de la juridiction de la SEC.

[CITATION CAPSULE]: Gary Gensler a déclaré en 2021, peu après sa prise de fonctions à la SEC, que la plupart des plateformes crypto et des tokens non enregistrés opéraient en dehors du cadre légal des valeurs mobilières. Cette position a conduit la SEC à engager des poursuites contre Coinbase, Binance, Ripple et plus d’une vingtaine d’autres entités entre 2021 et 2024 (SEC, communiqués officiels).

Cette approche a été vivement critiquée par une partie de l’industrie, qui estimait que l’application des règles conçues pour les marchés traditionnels des années 1930 à des actifs numériques créait une insécurité juridique néfaste. Gensler répondait que les règles existantes suffisaient et que les entreprises crypto devaient simplement se conformer.

[UNIQUE INSIGHT]: La contradiction entre le Gensler professeur de MIT, ouvert aux possibilités de la blockchain, et le Gensler président de la SEC, engageant des poursuites massives, est l’une des plus commentées du secteur. Elle illustre que la compréhension technique d’une technologie n’implique pas nécessairement une posture politique favorable à son adoption. Les contraintes institutionnelles et politiques d’un régulateur sont radicalement différentes de celles d’un académique.

Quelle était l’alternative représentée par Lael Brainard ?

Lael Brainard, gouverneure de la Réserve fédérale, était alors pressentie pour le poste de secrétaire au Trésor. Son profil sur la question crypto était différent de celui de Gensler: favorable aux recherches sur un dollar numérique (CBDC), mais réservée vis-à-vis de Bitcoin et des cryptomonnaies privées. C’est une position classique des banquiers centraux, qui voient dans les CBDC un moyen de moderniser les paiements sans perdre le contrôle de la politique monétaire.

Elle a finalement été nommée présidente de la Réserve fédérale de Minneapolis, puis directrice du Conseil économique national de la Maison-Blanche. Sa trajectoire illustre la position de l’administration Biden sur les actifs numériques: intérêt pour les infrastructures numériques publiques, vigilance vis-à-vis des acteurs privés non régulés.

[PERSONAL EXPERIENCE]: La couverture de la transition Biden en 2020 montrait une communauté crypto dans l’attente, après quatre ans d’une administration Trump qui avait affiché une hostilité explicite (Trump avait déclaré ne pas être fan du Bitcoin en 2019). La nomination de Gensler avait suscité un optimisme qui s’est avéré mal calibré. C’est un rappel utile: connaître une technologie ne signifie pas soutenir ses acteurs économiques.

Quel bilan tirer de l’influence crypto de l’administration Biden ?

L’administration Biden a eu une approche réglementaire agressive vis-à-vis du secteur crypto, symbolisée par les nombreuses poursuites de la SEC sous Gensler. En parallèle, elle a travaillé sur des cadres réglementaires plus formels, notamment via l’executive order de mars 2022 demandant une évaluation nationale des actifs numériques.

Cette période a coïncidé avec le bear market de 2022 et les effondrements de Terra, FTX et plusieurs prêteurs centralisés. Ces événements ont fourni des arguments supplémentaires aux partisans d’une régulation stricte.

Gensler a quitté la SEC en janvier 2025, avec la transition vers l’administration Trump. Son bilan a laissé le secteur crypto américain dans une situation paradoxale: davantage contraint réglementairement, mais aussi plus conscient de la nécessité de cadres légaux clairs pour attirer les capitaux institutionnels à long terme.

Questions fréquentes

Pourquoi Gary Gensler est-il une figure importante pour la régulation crypto ?

Gensler cumule une rare combinaison de compétences: connaissance technique de la blockchain (cours MIT), expérience réglementaire de haut niveau (CFTC, SEC) et réseau politique (Goldman Sachs, administrations Obama et Biden). Sa nomination en 2020 puis sa présidence de la SEC ont fait de lui l’une des personnes les plus influentes sur le cadre réglementaire crypto américain pendant cinq ans. Ses décisions ont conditionné la stratégie de la plupart des acteurs crypto opérant aux États-Unis.

Quelle est la différence entre la SEC et la CFTC pour la régulation crypto ?

La SEC (Securities and Exchange Commission) réglemente les valeurs mobilières (securities). La CFTC (Commodity Futures Trading Commission) réglemente les marchés de dérivés sur matières premières et certains actifs considérés comme des commodities. Pour le secteur crypto, la question de savoir si un token est un security ou une commodity détermine quel régulateur est compétent. Bitcoin est généralement considéré comme une commodity relevant de la CFTC, tandis que la SEC revendique la compétence sur la plupart des autres tokens.

Qu’est-ce qu’une CBDC et pourquoi les banques centrales s’y intéressent-elles ?

Une CBDC (Central Bank Digital Currency) est une version numérique d’une monnaie nationale émise et contrôlée directement par la banque centrale. Contrairement aux stablecoins privés, une CBDC est une obligation directe de l’État. Les banques centrales s’y intéressent pour moderniser les systèmes de paiement, améliorer l’inclusion financière et contrer l’essor des cryptomonnaies privées. La Chine a lancé son e-yuan à grande échelle. L’Europe travaille sur un euro numérique. Les États-Unis restent plus prudents sur le sujet.

Sources

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