En décembre 2019, Nike déposait un brevet auprès de l’USPTO pour tokeniser ses sneakers sur Ethereum. C’était la première incursion d’un géant de la mode dans les NFTs, avant même que le terme ne soit connu du grand public. Six ans plus tard, Nike a généré plus de 185 millions de dollars en ventes NFT primaires et 93 millions en royalties via sa filiale RTFKT (CryptoNews, 2024). Puis a tout fermé. Voici l’histoire complète.

En bref

  • Décembre 2019 : Nike dépose le brevet CryptoKicks pour tokeniser ses sneakers sur Ethereum (USPTO, 2019).
  • Décembre 2021 : Nike acquiert RTFKT, studio spécialisé dans les sneakers virtuelles (Business of Fashion, 2021).
  • Revenus NFT Nike/RTFKT : +185 M$ en ventes primaires + 93 M$ en royalties ; volume total 1,4 Md$ (CryptoNews, 2024).
  • CloneX (avec Takashi Murakami) : +100 M$ de ventes en 2 mois au lancement fin 2021.
  • Janvier 2025 : RTFKT ferme. Décembre 2025 : Nike revend la structure.
Nike et blockchain : brevet 2019, RTFKT 2021, 1,4 Md$ NFT, fermeture 2025 Timeline Nike blockchain de 2019 a 2025. 2019 Brevet CryptoKicks Dec. 2021 Achat RTFKT 2022-2023 1,4 Md$ volume NFT Jan. 2025 Fermeture RTFKT 185 M$ ventes primaires + 93 M$ royalties (Source : CryptoNews)

Le brevet CryptoKicks de 2019 : une vision avant l’'heure

Nike a déposé le brevet “CryptoKicks” en décembre 2019 auprès du Bureau américain des brevets et des marques. L’objectif principal était la lutte contre la contrefaçon, un problème massif : plus de 600 milliards de dollars disparaissent chaque année dans des marchés parallèles, dont 40% concernent des chaussures de marque (USPTO, 2019).

Le concept était de lier chaque paire physique à un token ERC-1155 sur Ethereum. Chaque chaussure aurait son jumeau numérique unique, son “certificat de naissance” blockchain vérifiable. La propriété physique et numérique seraient liées, voire interchangeables : acheter une paire réelle, obtenir son NFT ; acheter le NFT, pouvoir le “brûler” pour recevoir la paire physique.

C’était visionnaire en 2019. Les NFTs n’existaient pas encore dans la conscience collective. Beeple n’avait pas vendu son oeuvre 69 millions, BAYC n’existait pas. Nike voyait la technologie NFT comme un outil anti-fraude avant de la voir comme un marché spéculatif.

La stratégie blockchain de Nike en 2019 était défensive, pas offensive. Elle cherchait à protéger sa marque contre les faux, pas à créer un nouveau flux de revenus. Le pivot vers RTFKT en 2021 a inversé cette logique : les NFTs sont devenus un produit en soi, pas un outil.

L’'acquisition de RTFKT en 2021 : Nike mise tout sur les sneakers virtuelles

En décembre 2021, Nike a acquis RTFKT Studios, un studio fondé en 2020 spécialisé dans les sneakers virtuelles et les avatars NFT (Business of Fashion, 2021). Le montant de la transaction n’a pas été divulgué, mais des sources sectorielles l’estimaient dans les 100-200 millions de dollars.

RTFKT était déjà connu pour ses collaborations avec des artistes : en 2021, un partenariat avec le jeune artiste FEWOCiOUS avait généré 3,1 millions de dollars en 7 minutes. Le studio avait su créer une communauté autour d’un concept simple : des sneakers impossibles à porter physiquement, mais que les acheteurs affichent fièrement sur leurs avatars numériques.

La collection CloneX, créée avec le célèbre artiste japonais Takashi Murakami à la fin de 2021, a généré plus de 100 millions de dollars en deux mois. C’était la confirmation que les métavers et les avatars NFT constituaient un marché réel.

Les chiffres réels : 1,4 milliard de volume pour 278 millions de revenus

Les résultats financiers de l’aventure NFT de Nike sont impressionnants sur le papier. Volume total de transactions secondaires sur les collections RTFKT : 1,4 milliard de dollars. Revenus directs : 185 millions en ventes primaires plus 93 millions en royalties sur les reventes (CryptoNews, 2024).

Pour une marque dont le chiffre d’affaires annuel dépasse 50 milliards de dollars, 278 millions sur 3 ans représentent moins de 0,2% des revenus. Rentable, mais pas transformationnel. Et les coûts d’exploitation de RTFKT (une centaine d’employés, infrastructure blockchain, service client spécialisé) rongeaient une partie conséquente de ces marges.

Pourquoi Nike a-t-il fermé RTFKT en 2025 ?

RTFKT a officiellement fermé en janvier 2025 (Retail TouchPoints, 2025). Nike a ensuite revendu la structure en décembre 2025. L’explication officielle était vague : “concentrer les ressources sur les priorités stratégiques”.

La vraie raison est plus simple. Le marché NFT s’est effondré à partir de 2022. Les volumes de ventes secondaires des collections RTFKT ont chuté de 90% entre le pic 2022 et 2024. La communauté CloneX, active et engagée à son lancement, s’est progressivement dispersée.

Nike a fait ce qu’une grande marque fait quand une expérience ne scale pas : elle ferme proprement et passe à autre chose. La plateforme .Swoosh, qui permettait d’acheter des “physical-backed digital objects”, a été maintenue mais avec une présence très réduite.

L’histoire RTFKT révèle une tension fondamentale dans les stratégies NFT des grandes marques. Les clients qui achètent des Nike physiques ne sont pas les mêmes que ceux qui achètent des avatars numériques à 1 000 dollars. Ces deux audiences ne se chevauchent pas autant que les directions marketing le croyaient en 2021.

Nike .Swoosh : la stratégie de repli en 2026

Après la fermeture de RTFKT, Nike maintient une présence dans le Web3 via sa plateforme .Swoosh. L’approche est plus sobre : des “physical-backed digital objects” qui combinent un objet physique et son jumeau numérique. Moins de spéculation, plus d’utilité réelle.

La logique est proche du brevet CryptoKicks original de 2019 : utiliser la blockchain pour certifier l’authenticité et l’histoire d’un objet physique. Un retour aux sources, après le détour coûteux par la bulle des avatars.

D’autres grandes marques ont suivi une trajectoire similaire. Adidas, Gucci, Louis Vuitton ont tous lancé des programmes NFT entre 2021 et 2022, tous considérablement réduits depuis. La leçon commune : les NFTs de collection pure ne constituent pas un marché de masse durable pour des marques de consommation.

Citation capsule - pour référence Nike a généré plus de 185 M$ en ventes NFT primaires et 93 M$ en royalties via RTFKT, pour un volume total de transactions de 1,4 Md$, selon CryptoNews (2024). La collection CloneX, co-créée avec Takashi Murakami, a généré plus de 100 M$ en deux mois fin 2021. RTFKT a été fermé en janvier 2025, la structure revendue en décembre 2025, selon Retail TouchPoints.

Questions fréquentes

Qu’'est-ce que le brevet CryptoKicks de Nike ?

Nike a déposé en décembre 2019 auprès de l’USPTO un brevet pour lier des sneakers physiques à des tokens ERC-1155 sur Ethereum. L’objectif principal était de lutter contre la contrefaçon en créant un “jumeau numérique” unique pour chaque paire. Ce brevet a posé les bases conceptuelles de la stratégie NFT qui s’est ensuite développée via RTFKT.

Pourquoi RTFKT a-t-il fermé ?

L’effondrement du marché NFT après 2022 a réduit les volumes de ventes secondaires de 90%. RTFKT ne représentait pas un volume suffisant pour justifier son maintien au sein d’une grande structure comme Nike. La collection CloneX et les autres projets ont perdu une grande partie de leur communauté active. Nike a fermé proprement en janvier 2025 plutôt que de laisser une structure non rentable, puis a revendu l’IP en décembre 2025 (Retail TouchPoints, 2025).

Les collections NFT RTFKT ont-elles encore de la valeur en 2026 ?

Oui, mais très réduite par rapport aux pics de 2022. CloneX et les principales collections RTFKT s’échangent encore sur les marchés secondaires, portées par leur statut historique de collections “Nike officielles”. La fermeture de RTFKT a paradoxalement stabilisé les prix : plus de nouvelles collections ne diluent pas le marché existant. La valeur future dépend de si Nike ou le nouveau propriétaire de la marque maintient une présence active.

Sources

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