La procureure générale de New York, Letitia James, a conclu un accord de 5 millions de dollars avec la plateforme crypto Uphold, sanctionnant la promotion trompeuse du produit CredEarn entre 2019 et 2020. C’est la première action en justice de l’État de New York visant un promoteur d’un produit yield crypto tiers, et non son émetteur direct, selon The Block.

Au programme

  • Uphold versera plus de 5 M$ aux utilisateurs lésés par la promotion de CredEarn, produit qui finançait des prêts à haut risque accordés à des joueurs en ligne chinois (The Block, 2026)
  • Le produit était présenté comme sécurisé et couvert par une assurance complète, deux affirmations qualifiées de mensongères par le parquet
  • Cred a fait faillite fin 2020, laissant les clients d’Uphold sans recours et sans remboursement

Que reproche le parquet à Uphold ?

Entre 2019 et 2020, Uphold a activement promu CredEarn, un produit de rendement développé par la société Cred. Les clients déposaient leurs cryptomonnaies, Cred les prêtait à des tiers, puis reversait les intérêts. Rien d’exceptionnel sur le papier. Le problème : la nature réelle de ces prêts.

D’après les éléments cités dans le dossier, Cred accordait une partie significative de ses prêts à des joueurs en ligne basés en Chine, présentant un profil de crédit faible. Uphold n’aurait jamais communiqué cette information à ses utilisateurs. Pire, la plateforme aurait affirmé que les dépôts bénéficiaient d’une assurance complète, ce que le parquet qualifie de déclaration fausse.

« Uphold a présenté CredEarn comme un produit sûr et garanti, sans révéler que les rendements provenaient de prêts à haut risque accordés à des joueurs en ligne à faible solvabilité. »

  • Bureau du procureur général de New York (traduit de l’anglais)

Cred a déposé le bilan en novembre 2020, après avoir reconnu des détournements internes. Les clients d’Uphold qui avaient placé leurs fonds via CredEarn n’ont pas pu récupérer leur mise.

Pourquoi cette décision marque un précédent ?

La portée juridique de cet accord dépasse le simple remboursement. Jusqu’ici, les actions réglementaires américaines contre les produits yield crypto ciblaient presque toujours l’émetteur du produit : la société qui collecte les fonds et promet un rendement. Ici, c’est le promoteur qui est sanctionné, une plateforme tierce qui n’a ni émis ni géré CredEarn mais s’est contentée de le distribuer à sa clientèle.

Ce glissement de responsabilité est notable. Il signifie qu’une plateforme d’échange ne peut plus se contenter de proposer un produit partenaire sans effectuer sa propre vérification. La diligence raisonnable sur les produits distribués devient une obligation légale exigible, pas une simple recommandation de bonnes pratiques. Des erreurs classiques des investisseurs crypto découlent souvent précisément du manque d’information sur le risque sous-jacent des produits de rendement.

Pour les exchanges actifs sur le segment du yield, cette décision constitue un signal d’alerte. La NYDFS, qui facture déjà les sociétés crypto pour sa supervision, voit son arsenal répressif complété par cette nouvelle jurisprudence du parquet.

Comment les 5 millions seront-ils redistribués ?

L’accord prévoit une restitution directe aux utilisateurs new-yorkais lésés. Le montant exact par personne dépendra du volume de fonds placés et de la procédure de réclamation que le parquet organisera. Aucun calendrier précis n’a été rendu public au moment où ces lignes sont écrites.

Uphold n’a pas reconnu de faute dans le cadre de cet accord, une formulation classique dans les settlements américains. La plateforme reste active et continue de proposer d’autres services. Cred, elle, n’existe plus depuis sa faillite de 2020.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte où les régulateurs américains intensifient leur regard sur les produits de rendement crypto, après plusieurs effondrements retentissants. La saga CredEarn rappelle les mécanismes qui ont conduit à des pertes massives pour des milliers d’épargnants, bien au-delà de New York.

À retenir

L’accord Uphold-New York fixe un précédent clair : distribuer un produit yield crypto trompeur engage la responsabilité du distributeur, pas seulement de l’émetteur. À surveiller, les potentielles actions similaires dans d’autres États américains contre des plateformes ayant promu des produits Celsius, Voyager ou BlockFi.

Sources

Signal Baissier
Impact Mineur