En avril 2020, la Banque de France lançait un appel à candidatures pour expérimenter une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) dans les règlements interbancaires. Six ans plus tard, le projet a considérablement évolué. La BCE a achevé en octobre 2025 sa phase de préparation de l’'euro numérique, avec 70 acteurs de marché testés et 66% des citoyens européens déclarant un intérêt pour cette monnaie (BCE, 2025). Ce dossier technique est devenu un enjeu politique majeur pour la souveraineté monétaire européenne.

En bref

  • La BCE a testé 70 acteurs de marché dans sa phase de préparation (clôturée oct. 2025).
  • 66% des citoyens UE sont intéressés par l’'euro numérique selon la BCE (2025).
  • Première émission possible en 2029, si le cadre juridique est adopté d’'ici fin 2026.
  • La Banque de France a développé DL3S, son infrastructure DLT propriétaire, validée en tests avec BNP Paribas et la banque centrale autrichienne en mai 2024.
  • Le cout de développement de l’‘euro numérique est estimé à 1,3 milliard d’'euros (BCE).
Euro numerique : de l appel BdF (2020) a la premiere emission possible en 2029 Chronologie du developpement de l euro numerique de 2020 a 2029. Avr. 2020 BdF : appel 2023-2025 BCE : 70 acteurs Fin 2026 Cadre legal UE 2029 1ere emission possible Cout dev. 1,3 Md EUR - 66% citoyens UE interesses (BCE 2025)

Qu’‘est-ce que la MNBC wholesale et en quoi diffère-t-elle de l’'euro numérique ?

La distinction est fondamentale et souvent mal comprise. La MNBC wholesale, expérimentée par la Banque de France depuis 2020, est une monnaie numérique réservée aux transactions entre institutions financières (règlement-livraison de titres, paiements interbancaires). Elle ne sera jamais dans votre portefeuille. L’'euro numérique, lui, est une CBDC retail : il viserait le grand public et coexisterait avec les billets et pièces.

Ces deux instruments répondent à des besoins distincts. La MNBC wholesale cherche à réduire les délais et les coûts de règlement entre banques, aujourd’‘hui encore lents et couteux malgré TARGET2. L’‘euro numérique vise à préserver l’'ancrage de la BCE dans les paiements quotidiens des citoyens, face à la montée des solutions privées (Visa, Mastercard, stablecoins) et des CBDC étrangères comme le yuan numérique.

Il existe aussi une troisième couche, souvent oubliée : les expérimentations de MNBC wholesale cross-border, auxquelles la Banque de France participe via des projets comme mBridge ou des tests bilatéraux. Ces projets permettent des règlements en monnaies de banques centrales entre pays différents, sans passer par des correspondants bancaires privés.

Comment la Banque de France a-t-elle développé son infrastructure DLT propriétaire ?

La Banque de France a fait le choix audacieux de développer sa propre infrastructure de registre distribué. Baptisée DL3S (DLT for Securities Settlement in a Safety Sphere), cette plateforme propriétaire a été validée lors de tests incluant BNP Paribas et la banque centrale autrichienne (OeNB) en mai 2024 (Banque de France, 2024). Ces tests ont couvert des cas d’'usage de règlement-livraison de titres en monnaie de banque centrale tokenisée.

Ce choix de souveraineté technologique tranche avec la tendance générale. La plupart des banques centrales s’‘appuient sur des infrastructures DLT de fournisseurs privés (R3 Corda, Hyperledger). La BdF a préféré maitriser sa chaine de dépendance technologique, au prix d’'investissements de développement plus élevés.

L’‘appel à candidatures de 2020, qui avait surpris par sa modestie (dix dossiers retenus, sans rémunération des participants), a finalement rempli son rôle : il a permis à la BdF de tester des approches variées, d’'identifier les meilleurs partenaires, et de poser les bases de ce qui est devenu DL3S.

Capsule citation (DL3S) La Banque de France a développé DL3S, une infrastructure DLT propriétaire pour le règlement en monnaie de banque centrale. Testée avec BNP Paribas et la banque centrale autrichienne en mai 2024, elle représente l’‘un des rares exemples de souveraineté technologique complète d’'une banque centrale sur son infrastructure numérique (Banque de France, 2024).

Où en est la BCE avec l’'euro numérique en 2026 ?

La BCE a clos sa phase de préparation en octobre 2025 avec un bilan positif : 70 acteurs de marché ont été testés sur des cas d’‘usage concrets (BCE, 2025). Les scenarios incluaient les paiements en point de vente, les paiements entre particuliers et les paiements gouvernementaux. Le cout de développement total est estimé à 1,3 milliard d’'euros.

Le calendrier reste conditionnel. Une première émission est possible en 2029, à condition que le cadre juridique soit adopté par le Parlement européen et le Conseil d’‘ici fin 2026. Un pilote limité pourrait démarrer dès mi-2027 si les textes avancent. Ce séquencement législatif est le principal goulot d’'étranglement du projet.

La question de la confidentialité reste sensible. Lors de la consultation publique de 2020-2021, la protection de la vie privée était la priorité absolue des citoyens européens, citée par 43% des répondants (BCE, 2021). La BCE a répondu en proposant des niveaux de confidentialité différenciés selon les montants, mais le débat politique sur ce point reste vif dans plusieurs Etats membres.

Quels sont les risques et les limites de l’'euro numérique ?

Le risque de désintermédiation bancaire est le plus souvent cité par les économistes. Si les citoyens transfèrent massivement leurs dépôts vers des comptes en euro numérique directement auprès de la BCE, les banques commerciales perdent des ressources de financement. La BCE a répondu par un mécanisme de plafonnement : les détenteurs individuels ne pourraient pas stocker plus de 3 000 euros numériques, selon les scénarios discutés.

Un autre défi est la compatibilité avec les systèmes de paiement existants. L’‘euro numérique devra fonctionner avec les terminaux de paiement actuels, les applications bancaires, et les systèmes de virement en place. Ce coût d’‘intégration pour le secteur privé est estimé comme significatif, même si la BCE n’'a pas publié de chiffre officiel.

La vraie concurrence de l’‘euro numérique n’‘est pas Bitcoin. Ce sont les stablecoins libellés en dollars comme USDC ou USDT, massivement utilisés dans les transactions transfrontalières européennes. Si l’‘UE ne déploie pas rapidement un euro numérique crédible, une part croissante des règlements en euros pourrait transiter par des infrastructure américaines, au détriment de l’'autonomie monétaire européenne.

Capsule citation (euro numérique) Selon le rapport de clôture de la phase de préparation de la BCE (octobre 2025), 66% des citoyens européens sont intéressés par l’‘euro numérique et 70 acteurs de marché ont participé aux tests. Une première émission reste conditionnelle à l’‘adoption du cadre juridique d’'ici fin 2026, avec une échéance possible en 2029 (BCE, 2025).

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre l’'euro numérique et un virement bancaire classique ?

Un virement bancaire classique transfère une créance sur une banque commerciale : votre solde est une dette de votre banque envers vous. L’'euro numérique serait une créance directe sur la BCE, comme un billet de banque en version numérique. Cette distinction change la nature du risque de contrepartie. Le cadre technique et les plafonds de détention sont encore en cours de finalisation par la BCE (BCE, 2025).

Quand l’'euro numérique sera-t-il disponible pour les particuliers ?

La BCE vise une première émission possible en 2029, sous réserve que le Parlement européen et le Conseil adoptent le cadre juridique nécessaire avant fin 2026. Un pilote limité pourrait démarrer dès mi-2027. Ces dates restent indicatives et conditionnelles à l’'avancement du processus législatif européen (BCE, 2025).

La Banque de France abandonne-t-elle la recherche sur les MNBC wholesale ?

Non. La Banque de France continue ses travaux sur les MNBC wholesale via DL3S et des projets cross-border. Ces recherches sont complémentaires au projet d’‘euro numérique retail de la BCE. DL3S cible les règlements interbancaires (obligations, repo), tandis que l’'euro numérique vise les paiements quotidiens des particuliers et des entreprises (Banque de France, 2024).

Sources

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