Les innovations technologiques d’envergure traversent souvent le même genre de saisonnalité de la part de leurs investisseurs. Avec un engouement proche de l’hystérie lorsque certains commencent à estimer que le sujet mérite d’y placer de l’argent. Puis un désintérêt tout aussi soudain à l’apparition d’une nouvelle révolution technologique, comme l’intelligence artificielle depuis quelques mois. Mais finalement une seule véritable unité de mesure reste pertinente dans le cas présent : à quel moment Meta va décider de se renommer en une variante de l’acronyme « iA » ?
Car il ne faut pas toujours confondre euphorie spéculative et développement d’un écosystème. Un exercice de style que connaissent bien les investisseurs de longue date dans le secteur des cryptomonnaies, suite aux multiples annonces répétitives de la mort du Bitcoin. Pourtant certains continuent à user et abuser de ce genre d’annonces funestes, comme dans le récent cas du média Business Insider à l’origine d’une « nécrologie pour la dernière mode à rejoindre le cimetière de la technologie. » Spoiler Alert : il s’agit du métavers.
Métavers – « La dernière mode à rejoindre le cimetière de la technologie »
Écrire un article intitulé « Le métavers est mort » aura au moins eu le mérite de faire revivre ce sujet tombé dans les oubliettes de la technologie. Une affirmation un peu osée de la part d’un média répondant au nom de Business Insider, surtout si elle émane de son PDG Ed Zitron. Et cela tout particulièrement lorsqu’un véritable « insider » de renom vient contredire ce rapide constat mené avec la finesse d’un fossoyeur.
« Le Metaverse, cette technologie autrefois bourdonnante qui promettait de permettre aux utilisateurs de traîner maladroitement dans un monde de jeu vidéo désorientant, est mort après avoir été abandonné par le monde des affaires. C’était il y a trois ans. »
En effet, cette simple introduction assassine a rapidement fait réagir Tim Sweeney, patron et créateur désormais milliardaire du studio de gaming Epic Game. Une société à l’origine de jeux emblématiques comme les célèbres Fortnite et Unreal Engine, inscrite dans le développement de mondes virtuels depuis de nombreuses années. C’est-à-dire un constructeur actif face aux déclarations d’un investisseur déjà – peut-être un peu trop rapidement – passé à autre chose.
De plus, Tim Sweeney n’est pas connu pour garder ses réflexions pour lui même. Au point de s’être vivement opposé au géant Apple, afin de contourner ses commissions jugées prohibitives et source d’un étouffement des technologies naissantes comme les NFTs. Et selon lui la mort annoncée du métavers est simplement une blague d’un gout douteux, comme il ne manque pas de l’expliquer avec ironie sur Twitter.
« Le métavers est mort ! Organisons une veillée en ligne afin que nous, les 600 000 000 d’utilisateurs actifs mensuels de Fortnite, Minecraft, Roblox, PUBG Mobile, Sandbox et VRChat, puissions pleurer ensemble son décès en temps réel 3D.«
Epic Game – Ne pas vendre la peau du métavers…
Dans les faits, l’article de Ed Zitron dresse un bilan catastrophique de l’expérience métavers de la désormais très mal nommée Meta. Et en effet, à part perde des milliards de dollars et licencier en masse, cette expérience n’a pour le moment rien de véritablement positive pour le GAFAM de Marc Zuckerberg. Avec comme dernière décision emblématique à propos de cette débâcle version Web3, l’abandon pur et simple des NFTs sur Instagram et Facebook.
Mais son analyse ne s’arrête pas là, car Ed Zitron estime également que le métavers Otherside ne répond pas aux promesses faites à la communauté du projet Bored Ape Yacht Club (BAYC). Mais c’est oublier un peu trop rapidement la domination sans faille que Yuga Labs exerce toujours sur l’écosystème des NFTs. Et son constat est identique au sujet de Decentraland. Avec ce qu’il résume à une « incapacité à définir le métavers de manière significative (qui) n’a pas empêché son ascension au sommet du monde des affaires. »
Mais Tim Sweeney n’est pas d’accord. Car ce dernier affirme que les 600 millions d’utilisateurs des principales plateformes de mondes virtuels sont là pour contredire les affirmations funestes d’Ed Zitron. Tout comme le cycle de financement de 2 milliards de dollars initié l’année dernière par Epic Game afin d’accélérer les plans de l’entreprise dans le métavers. Mais également son partenariat avec le groupe LEGO, annonce en mars dernier, afin de construire un « métavers familial. »
Tim Sweeney croit encore fermement à un avenir pour le métavers. Ou tente-t-il simplement de confirmer une tendance moribonde sur laquelle il a misé des milliards de dollars à la manière de Mark Zuckerberg ? Quoi qu’il en soit sa vision est claire et, selon lui, ce nouveau paradigme nécessite simplement « un changement de phase. » La question reste de savoir quand (et si) il va intervenir…
« Internet n’est-il qu’un grand réseau local ? Parfois, l’échelle d’une chose induit un changement de phase qui lui donne une utilité totalement différente de la version plus petite. »