La cour d’appel de Tanger a prononcé le 21 mai 2026 une peine de 25 ans de réclusion contre Badiss Mohamed Amide Bajjou, dirigeant présumé d’un réseau criminel organisé autour du kidnapping de détenteurs de cryptomonnaies. Interpellé à Tanger en juin 2025 à la suite d’une notice rouge Interpol et d’une demande d’entraide internationale du parquet de Versailles, ce Franco-Marocain de 25 ans refusait d’être extradé vers la France en raison de sa double nationalité, ce qui avait conduit la justice marocaine à le juger sur place.

Ce que le dossier révèle

Les éléments à charge couvrent des enlèvements avec violences, de l’extorsion et des demandes de rançon visant des investisseurs en cryptomonnaies, ainsi que des opérations de blanchiment au profit d’un réseau international de criminalité organisée actif en France. Parmi les affaires imputées au réseau figure le rapt du co-fondateur de Ledger David Balland en janvier 2025 : ses ravisseurs lui avaient sectionné un doigt tout en exigeant une rançon en crypto. La tentative d’enlèvement en plein jour de la fille du PDG de Paymium dans le XIe arrondissement de Paris avait également eu un très fort écho médiatique.

Lors de son arrestation à Tanger, Bajjou était en possession de plusieurs armes blanches, de dizaines de téléphones et d’appareils de communication, ainsi que d’une somme d’argent présentée comme liée à des activités criminelles. L’affaire avait impliqué une coordination entre la Brigade nationale de la police judiciaire marocaine (BNPJ), la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et les autorités françaises.

Pourquoi cette condamnation compte

La peine rendue à Tanger s’inscrit dans un contexte de montée en puissance des agressions physiques ciblant des détenteurs de crypto en Europe. Selon CertiK, 34 agressions physiques contre des détenteurs de crypto ont été documentées sur les 4 premiers mois de 2026 seulement, soit une hausse de 41 % par rapport à la même période en 2025. 82 % de ces attaques se sont produites en Europe, la France enregistrant à elle seule 24 incidents en 4 mois.

La condamnation à 25 ans reste un signal judiciaire fort. La sécurité des wallets et la discrétion patrimoniale deviennent des enjeux croissants pour les investisseurs en Bitcoin et autres actifs numériques. La fuite de données Ledger de 2020, qui avait exposé les noms et adresses de 270 000 clients, demeure un facteur déterminant dans le ciblage des victimes. Les hacks et agressions liés à la crypto ne se limitent plus aux vecteurs numériques : la menace physique s’est installée dans le paysage des risques à surveiller.

Et pour la France ?

Les autorités françaises ont mis en examen 88 suspects fin avril 2026, dont plus de dix mineurs, dans le cadre des affaires connexes. La condamnation marocaine ne clôt pas les procédures judiciaires françaises : plusieurs co-accusés restent sous instruction à Versailles. Les autorités françaises avaient confirmé que l’ensemble des membres identifiés du gang avaient été arrêtés, Bajjou inclus.

Sources

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