Un tribunal de Tanger a condamné Mohammed Hamid Bajou à 25 ans de prison pour son rôle présumé d’organisateur dans une série d’enlèvements visant des détenteurs de cryptomonnaies en France. L’affaire illustre une menace physique croissante contre les investisseurs crypto identifiés, au carrefour de deux juridictions nationales aux coopérations judiciaires encore fragiles.

Au programme

  • Mohammed Hamid Bajou, franco-marocain, condamné à 25 ans par un tribunal de Tanger pour enlèvements ciblant des détenteurs de crypto en France
  • Les victimes étaient choisies pour leur exposition supposée aux cryptomonnaies, un mode opératoire en hausse depuis 2023
  • La double nationalité des suspects complique la coordination entre justice française et marocaine

Qui est Mohammed Hamid Bajou ?

Le nom de Mohammed Hamid Bajou a circulé dans le cadre d’enquêtes françaises portant sur plusieurs enlèvements avec demande de rançon en cryptomonnaies. Franco-marocain, il aurait été arrêté sur le sol marocain, permettant au tribunal de Tanger de le juger localement. La peine prononcée, 25 ans d’emprisonnement, correspond aux infractions les plus graves prévues par le code pénal marocain en matière de séquestration aggravée.

Le détail des chefs d’accusation retenus à Tanger n’est pas connu à ce stade. La procédure judiciaire française, si elle existe en parallèle, reste distincte : l’extradition vers la France n’est pas évoquée dans les éléments disponibles.

Comment ces réseaux ciblent-ils les détenteurs de crypto ?

Le mode opératoire documenté dans plusieurs affaires françaises depuis 2023 suit un schéma précis. Les victimes sont identifiées via leurs activités publiques sur les réseaux sociaux, leurs déclarations fiscales accessibles à des complices ou leur notoriété dans les cercles crypto locaux. Une fois ciblées, elles sont enlevées, parfois avec des membres de leur famille, pour contraindre au virement de fonds en cryptomonnaies, réputés irrécupérables une fois transférés.

Ce type d’attaque, parfois appelé « attaque à la clé à molette » dans les milieux de la sécurité informatique, contourne entièrement les protections techniques des wallets. Aucun pare-feu ne protège contre une contrainte physique. En France, plusieurs affaires similaires ont été recensées, certaines impliquant des sommes de plusieurs centaines de milliers d’euros.

Les enquêteurs notent que la criminalité organisée autour des cryptomonnaies a évolué : après les escroqueries en ligne, les groupes les plus violents se tournent vers l’extorsion physique, jugée plus rentable et plus difficile à tracer.

Pourquoi la coordination franco-marocaine reste-t-elle complexe ?

La double nationalité de plusieurs suspects dans ces affaires crée une difficulté juridique structurelle. Le Maroc ne livre pas ses ressortissants à des États étrangers, même dans le cadre d’une convention bilatérale. Résultat : un suspect arrêté à Casablanca ou Tanger sera jugé par les juridictions marocaines selon le droit local, sans que la France puisse imposer ses propres poursuites.

Cette situation n’est pas inédite. Des précédents similaires ont conduit à des condamnations prononcées au Maroc pour des faits commis en Europe, avec des peines parfois lourdes mais des modalités d’exécution opaques pour les victimes françaises. La peine de 25 ans prononcée contre Bajou est significative sur le papier. Son effectivité réelle dépendra du système pénitentiaire marocain.

Pour les enquêteurs français, l’enjeu est aussi documentaire : obtenir les éléments de preuve produits lors du procès à Tanger, afin d’alimenter d’éventuelles procédures parallèles contre des complices restés en France.

Aspect France Maroc
Compétence juridictionnelle Faits commis sur sol français Ressortissants marocains jugés localement
Extradition Non applicable (double nationalité) Refus constitutionnel pour ses citoyens
Peine Bajou Procédure distincte, non précisée 25 ans prononcés à Tanger
Partage de preuves Demandé via entraide judiciaire Variable selon les affaires

Et pour la France ?

Pour les investisseurs français, cette affaire rappelle que l’exposition publique à la crypto comporte un risque physique documenté. L’AMF et le ministère de l’Intérieur ont tous deux évoqué, depuis 2024, la nécessité de sensibiliser les détenteurs à la discrétion patrimoniale. La fiscalité crypto française impose depuis 2026 une déclaration des cessions via le formulaire 2086, ce qui accroît mécaniquement la traçabilité des plus-values, sans pour autant protéger contre les menaces physiques.

Lecture CryptoActu La condamnation à 25 ans prononcée à Tanger est une première significative dans ce type d’affaires transfrontalières. Elle établit un précédent judiciaire marocain sur les enlèvements crypto visant des ressortissants français. Reste à observer si ce verdict dissuade effectivement d’autres réseaux, ou si l’asymétrie de coopération judiciaire continue de favoriser l’impunité relative des organisateurs opérant depuis le Maroc.

À retenir

Mohammed Hamid Bajou a été condamné à 25 ans de prison par un tribunal de Tanger pour son rôle présumé dans des enlèvements ciblant des détenteurs de crypto en France. À surveiller : les suites judiciaires en France pour les éventuels complices, et l’évolution de la coopération anti-blanchiment entre les deux pays sur les affaires crypto.

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