Emmanuel Macron a appelé les pays du G7 à durcir la régulation des cryptoactifs lors de la conférence internationale No Money For Terror. Le président français a mis en garde contre un « nouveau Far West financier » susceptible d’offrir aux criminels et aux groupes terroristes un canal de financement hors de portée des régulateurs.

Pourquoi Macron cible-t-il la crypto dans la lutte antiterroriste ?

La conférence No Money For Terror réunit régulièrement les ministres et chefs d’État pour coordonner les outils de lutte contre le financement du terrorisme. À la clôture de cette édition, Macron a choisi de pointer les cryptoactifs comme vecteur de risque prioritaire.

Sa déclaration est sans ambiguïté : « Ne laissons pas s’installer autour des cryptoactifs une forme d’opportunité pour les criminels et terroristes. » Le chef de l’État a insisté sur 3 risques distincts : le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et les activités criminelles plus larges.

Ce positionnement n’est pas inédit. Depuis 2022, l’UE a progressivement durci ses sanctions crypto contre la Russie, jusqu’à passer de la limitation à l’interdiction de certains services : une trajectoire que Macron semble vouloir accélérer à l’échelle du G7.

Quelle régulation internationale Macron appelle-t-il de ses vœux ?

Le président n’a pas détaillé de dispositif précis, mais l’appel au G7 oriente clairement vers une coordination multilatérale plutôt qu’une réponse purement nationale ou européenne.

Deux axes se dégagent des éléments disponibles. Le premier concerne la traçabilité des transactions : les autorités françaises et européennes poussent depuis plusieurs années pour une application stricte de la Travel Rule, déclenchée au-delà de 1 000 € sur les transferts entre prestataires enregistrés. Le second axe porte sur l’extension des obligations de vigilance aux plateformes non européennes accessibles depuis l’UE.

Ce discours intervient alors que le cadre MiCA est entré en vigueur pour les stablecoins en juin 2024 et pour l’ensemble des prestataires de services en décembre 2024. La période transitoire pour les PSAN français court jusqu’au 1er juillet 2026. La Commission européenne réfléchit déjà à un MiCA 2, dont Christine Lagarde a appelé à aller plus loin sur la régulation.

Quel contexte géopolitique explique la tonalité de ce discours ?

Le financement du terrorisme via les cryptoactifs reste une réalité documentée, même si son poids dans le financement terroriste global demeure marginal selon les rapports annuels du GAFI. En 2024, les autorités américaines ont estimé à moins de 1 % la part des cryptoactifs dans les flux financiers illicites totaux.

Pourtant, la visibilité de certains cas : financement de groupes armés via des adresses bitcoin publiées, usage de mixeurs pour contourner les sanctions : alimente une rhétorique politique qui dépasse les statistiques. Macron en fait un argument de coordination diplomatique, dans un contexte où Washington pousse simultanément pour une intégration plus large des actifs numériques dans le système financier officiel.

Lecture CryptoActu Le paradoxe est saisissant. Alors que les États-Unis avancent vers une reconnaissance institutionnelle des cryptoactifs : ETF spot bitcoin approuvés, stablecoin Act en discussion au Sénat : Macron adopte une posture répressive qui rappelle le vocabulaire de 2018. Ce décalage transatlantique pourrait compliquer une harmonisation G7 que le président français appelle de ses vœux. Reste à voir si ce discours débouche sur des propositions concrètes ou demeure une position de tribune.

Et pour la France ?

En France, les PSAN doivent basculer vers l’agrément CASP avant le 1er juillet 2026, sous peine de cessation d’activité. L’AMF dispose déjà d’outils de surveillance des flux suspects via le reporting DAC8, actif depuis janvier 2026. Un durcissement sur le financement du terrorisme passerait vraisemblablement par une extension des obligations de gel d’avoirs et un renforcement des contrôles à l’entrée sur les plateformes étrangères non agréées dans l’UE.

À retenir

Emmanuel Macron a placé la crypto au cœur du discours antiterroriste international lors de la conférence No Money For Terror, appelant le G7 à prévenir un « Far West financier ». La portée concrète dépendra de la traduction de ce discours en propositions réglementaires multilatérales, à surveiller lors du prochain sommet G7.

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