En janvier 2023, le bureau du procureur du district Est de New York et la SEC ont ouvert une enquête sur les transferts financiers internes au sein du Digital Currency Group (DCG). Le conglomérat, qui pesait encore plus de 10 milliards de dollars peu avant, se retrouvait fragilisé par la faillite de sa filiale Genesis et les retombées de l’effondrement de FTX.

En bref

  • Le bureau du procureur du district Est de New York et la SEC ont examiné les flux financiers entre DCG et Genesis en 2023.
  • Genesis devait plus de 1,8 milliard de dollars à ses créanciers, dont 900 millions à l’exchange Gemini.
  • Le Grayscale Bitcoin Trust (GBTC) affichait à l’époque une décote historique, accentuant la pression sur le groupe.
  • DCG a toujours nié tout acte répréhensible, affirmant n’avoir reçu aucune notification officielle d’enquête.

[IMAGE: Organigramme simplifié des filiales de DCG - Grayscale, Genesis, Luno, Foundry, CoinDesk - search terms: “corporate structure fintech diagram”]

Écosystème DCG — interconnexions clés (2022-2023) DCG (holding) Genesis (prêts) Grayscale Foundry Luno / CoinDesk Source : CoinDesk, Bloomberg (2023)
Schéma des principales filiales du Digital Currency Group et de leurs liens avec la maison mère.

[INTERNAL-LINK: faillite de Genesis → article détaillant les créanciers de Genesis et les 1,8 milliard de dollars de dettes]

Quels transferts ont attiré l’attention des autorités américaines ?

Ce sont les flux financiers entre DCG et sa filiale Genesis qui ont mobilisé les enquêteurs, selon des sources proches du dossier citées par Bloomberg en janvier 2023. Genesis, bras armé du groupe dans le prêt institutionnel, avait accumulé des pertes massives en 2022. L’exposition au fonds Three Arrows Capital (3AC) et à l’effondrement de FTX l’avait laissée insolvable.

[ORIGINAL DATA] Les investigations auraient débuté avant la faillite de FTX en novembre 2022, ce qui signifie que les régulateurs surveillaient DCG bien avant que la contagion ne devienne publique. Aucun acte répréhensible n’avait été formellement établi au moment des premières révélations.

DCG a répondu fermement aux allégations. Un porte-parole a déclaré à Bloomberg que le groupe “a toujours mené ses activités en toute légalité” et qu’il n’avait “aucune connaissance ni aucune raison de croire” à l’existence d’une enquête. Le groupe contestait même l’existence même de ces investigations.

Pourquoi Cameron Winklevoss a mis DCG en cause

En parallèle de l’enquête fédérale, Cameron Winklevoss, co-fondateur de l’exchange Gemini, a publiquement accusé Barry Silbert en janvier 2023. Selon lui, DCG aurait vidé les réserves que Genesis devait à ses créanciers, dont 900 millions de dollars revenant à Gemini pour son programme Earn.

[UNIQUE INSIGHT] L’affrontement public entre Winklevoss et Silbert a accéléré la médiatisation de l’enquête. Cette guerre de tranchées entre insiders a mis en lumière un problème structurel : dans un conglomérat crypto très intégré, les conflits d’intérêts entre maison mère et filiales sont difficiles à détecter sans accès aux livres de comptes internes.

Winklevoss avait fixé un ultimatum à Silbert, exigeant un accord de restructuration dans un délai très court. Cet épisode illustre à quel point les grandes structures crypto avaient bâti des interdépendances opaques, devenues incontrôlables lors du retournement de marché de 2022.

[CHART: Timeline - Chronologie des événements DCG/Genesis de juin 2022 à janvier 2023 - source Bloomberg, CoinDesk]

Grayscale et l’effet domino sur les produits phares de DCG

L’enquête n’a pas épargné Grayscale Investments, autre filiale majeure du groupe. Le Grayscale Bitcoin Trust (GBTC) affichait en 2022-2023 une décote historique par rapport à la valeur nette de ses actifs. Cette décote reflétait la défiance des investisseurs envers l’ensemble du conglomérat, au-delà des seuls problèmes de Genesis.

La structure de GBTC, incapable d’être converti en ETF spot faute d’approbation de la SEC à l’époque, amplifiait la pression. Les investisseurs institutionnels ne pouvaient pas arbitrer la décote efficacement. DCG, déjà valorisé plus de 10 milliards de dollars en 2021 selon ses propres déclarations, voyait sa réputation s’éroder à mesure que chaque filiale publiait de mauvaises nouvelles.

[INTERNAL-LINK: décote GBTC → article sur la conversion de GBTC en ETF Bitcoin spot approuvée en 2024]

Qu’est-il arrivé à DCG après l’enquête ?

L’affaire DCG-Genesis s’est conclue par une restructuration négociée. En 2023, Genesis a déposé le bilan sous le chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Un accord de règlement avec ses créanciers, incluant Gemini, a finalement été conclu après plusieurs mois de procédures judiciaires. DCG a vendu plusieurs actifs pour faire face à ses obligations.

CoinDesk, le média financier crypto appartenant à DCG, a été cédé en 2023 à un consortium conduit par Bullish. Grayscale a fini par obtenir la conversion de GBTC en ETF Bitcoin spot en janvier 2024, ce qui a réduit la pression sur la filiale. Ces événements illustrent comment un conglomérat construit rapidement peut se retrouver fragilisé par les interdépendances entre ses entités en période de stress de marché.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que DCG et pourquoi était-il aussi influent dans le secteur crypto ?

Digital Currency Group est un conglomérat fondé en 2015 par Barry Silbert. Il regroupait des acteurs clés de l’écosystème : le gestionnaire d’actifs Grayscale, le prêteur institutionnel Genesis, le mineur Foundry, l’exchange Luno et le média CoinDesk. Cette diversification en faisait l’un des groupes les plus influents du secteur, avec une valorisation dépassant 10 milliards de dollars en 2021, selon ses propres déclarations.

Quel rôle a joué FTX dans les difficultés de DCG et Genesis ?

L’effondrement de FTX en novembre 2022 a déclenché une vague de retraits chez Genesis, exposée à l’exchange de Sam Bankman-Fried. Genesis avait déjà subi des pertes importantes après la faillite du fonds Three Arrows Capital (3AC) en juin 2022. La combinaison des deux chocs a rendu Genesis insolvable, contraignant DCG à tenter des transferts de soutien qui ont ensuite attiré l’attention des régulateurs.

L’enquête a-t-elle abouti à des poursuites pénales contre DCG ou Barry Silbert ?

Au moment des faits, aucune charge pénale n’avait été retenue contre DCG ou son dirigeant. L’enquête portait sur la légalité des transferts internes entre la maison mère et Genesis. La procédure s’est principalement résolue sur le terrain civil et de la restructuration, avec des accords entre créanciers supervisés par les tribunaux de faillite américains, conformément au chapitre 11.

Sources

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