En avril 2022, John Glen, secrétaire au Trésor britannique, a présenté un plan officiel pour faire du Royaume-Uni un “pôle mondial de technologie des crypto-actifs”. Ce pivot post-Brexit affichait une ambition claire : proposer un cadre réglementaire différent de celui de l’Union Européenne, plus souple, inspiré du modèle américain du bac à sable réglementaire.

En bref

  • En 2022, le gouvernement britannique a annoncé un plan officiel pour attirer l’industrie crypto (HM Treasury, 2022)
  • Première mesure phare : légaliser les stablecoins comme moyen de paiement
  • Approche dite “bac à sable” : tester les solutions crypto hors du cadre réglementaire conventionnel
  • L’UE suivait alors une approche MiCA plus contraignante, influencée par la position française
  • Rishi Sunak, Chancelier de l’Echiquier en 2022, a demandé l’émission d’un NFT royal

[INTERNAL-LINK: réglementation MiCA → analyse complète du règlement européen sur les crypto-actifs]

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Comparaison schématique des approches réglementaires crypto du Royaume-Uni et de l'UE en 2022. Sources : HM Treasury, Parlement Européen.

Quelle était l’option réglementaire choisie par le Royaume-Uni en 2022 ?

Le Royaume-Uni a opté pour ce que John Glen appelait une approche de “code réglementaire agile” : un cadre conçu pour être réécrit et affiné en fonction des évolutions du secteur. Le principe central était de proposer aux acteurs crypto un espace expérimental, hors du cadre réglementaire conventionnel, pour tester leurs solutions sans devoir respecter immédiatement l’ensemble des contraintes juridiques normales.

Glen résumait l’ambition lors du sommet Innovate Finance : “Nous ne devrions pas considérer la réglementation comme une chose statique et rigide. Au lieu de cela, nous devrions penser en termes de code réglementaire - comme le code informatique - que nous affinons et réécrivons lorsque nous en avons besoin.”

Cette méthode dite de “bac à sable” (regulatory sandbox) avait été rejetée par les institutions européennes. La France notamment la jugeait trop complexe et coûteuse à mettre en oeuvre, lui préférant une approche de précaution plus exhaustive qui allait culminer dans le règlement MiCA.

Pourquoi la légalisation des stablecoins était-elle centrale dans ce plan ?

La première mesure concrète annoncée par le Trésor britannique visait à reconnaître les stablecoins comme moyen de paiement légal. C’était un signal fort envoyé à l’industrie : le Royaume-Uni ne considérait pas ces actifs comme une menace à neutraliser, mais comme une innovation à intégrer dans le système financier.

Glen l’explicitait directement : “Cela permettra aux consommateurs d’utiliser les services de paiement stablecoins en toute confiance. Le gouvernement présentera cette législation dans le cadre de l’ambition de mettre en place un régime réglementaire de premier plan pour les stablecoins.”

[UNIQUE INSIGHT] La légalisation des stablecoins comme moyen de paiement avait une implication concrète sur les émetteurs. Circle (USDC), Tether et d’autres acteurs auraient pu opérer depuis Londres avec un statut juridique reconnu, à une époque où leur statut légal restait flou dans la plupart des pays européens. C’était un avantage compétitif tangible.

Quelles autres mesures accompagnaient cette stratégie crypto-friendly ?

Au-delà des stablecoins, le plan britannique comportait plusieurs volets complémentaires. Un programme de recherche devait explorer la faisabilité et les avantages potentiels de la blockchain pour les services publics et financiers. Une révision du régime fiscal applicable aux crypto-actifs était prévue, incluant une consultation spécifique sur la finance décentralisée.

Le volet symbolique était aussi assumé. Rishi Sunak, alors Chancelier de l’Echiquier, avait demandé l’émission d’un NFT estampillé du sceau de la Royal Mint d’ici l’été 2022. Au-delà de l’aspect anecdotique, cette initiative visait à signaler publiquement le virage numérique d’une des places financières les plus influentes du monde.

[PERSONAL EXPERIENCE] L’utilisation d’un NFT royal comme signal politique illustre comment des instruments crypto peuvent servir de marqueurs d’engagement institutionnel. La FCA, régulateur britannique réputé pour sa sévérité, continuait d’imposer des conditions strictes aux opérateurs crypto sur son territoire, créant une tension entre ambition politique et réalité réglementaire quotidienne.

Comment la stratégie britannique s’est-elle développée depuis 2022 ?

La trajectoire annoncée en 2022 a connu des évolutions significatives. Après le départ de Rishi Sunak et le changement de gouvernement en 2024, la politique crypto britannique a conservé ses grandes orientations pro-innovation, mais le rythme d’implémentation s’est modéré. La FCA a progressivement durci ses exigences d’enregistrement pour les prestataires de services crypto.

L’UE de son côté a adopté MiCA en 2023, entrant en application en 2024. Ce cadre exhaustif, initialement perçu comme contraignant, a paradoxalement attiré plusieurs acteurs qui cherchaient une clarté juridique durable plutôt que la flexibilité du bac à sable. La compétition réglementaire entre Londres et Bruxelles reste active, mais ses termes ont évolué.

[INTERNAL-LINK: FCA et enregistrement crypto → guide des obligations réglementaires pour les entreprises crypto au Royaume-Uni]

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un bac à sable réglementaire (regulatory sandbox) dans le contexte crypto ?

Un bac à sable réglementaire est un espace légal dérogatoire où les entreprises peuvent tester leurs produits et services innovants sans respecter immédiatement l’ensemble du cadre réglementaire normal, sous supervision d’une autorité compétente. La FCA britannique avait développé ce modèle dès 2016 pour les fintech. En 2022, le gouvernement souhaitait l’étendre explicitement aux acteurs crypto. L’UE a rejeté cette approche au profit d’un cadre exhaustif unifié (ACPR, 2018).

Le Royaume-Uni est-il devenu un hub crypto majeur après 2022 ?

Partiellement. Londres attire toujours des acteurs crypto significatifs, mais la FCA reste un régulateur exigeant qui a refusé ou retiré l’enregistrement à de nombreux opérateurs. La promesse de 2022 d’un cadre plus souple que l’UE s’est nuancée dans la pratique. La clarté juridique qu’offre MiCA en Europe a également réduit l’écart perçu entre les deux approches.

Qu’est-il advenu du NFT de la Royal Mint annoncé par Rishi Sunak en 2022 ?

La Royal Mint a effectivement développé un projet NFT, mais son lancement a été retardé et ses modalités ont évolué par rapport à l’annonce initiale. Le projet symbolisait la volonté politique d’associer des institutions britanniques historiques aux actifs numériques, mais n’a pas abouti dans les délais et les formes initialement envisagés.

Sources

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