La plateforme d’échange néo-zélandaise Cryptopia a annoncé ce 15 mai 2019, par un communiqué sur son site web, la fin de son service. L’exchange avait été la malheureuse victime d’un piratage de grande envergure en janvier dernier.
I. Le piratage de début 2019 a été trop douloureux pour l’entreprise
Pour rappel, Cryptopia faisait partie des petits exchanges. Basée à Christchurch, elle employait une cinquantaine de personnes et revendiquait plus d’un million de comptes, pour un volume quotidien de l’ordre du million de dollars, contre plus de 1,5 milliard chez Binance. Elle était connue pour lister rapidement les projets sortant d’ICO.
Une enquête de la police locale était en cours pour récupérer les cryptomonnaies volées, sans résultat probant. Le vol de la mi-janvier 2019 a porté sur environ 30 millions de dollars néo-zélandais, soit 16 à 23 millions de dollars américains selon les estimations, près de 15 % de ses cryptoactifs. Repassé en lecture seule le 5 mars, le site a rouvert au trading le 19 mars 2019, avec des soldes amputés. Il n’aura tenu que deux mois de plus.
Malgré leur volonté de sécuriser les actifs de leurs clients, les plateformes d’échange échouent parfois : les attaques sont trop fréquentes pour qu’une entité soit inviolable. En 2018, les tentatives de piratage des exchanges ont atteint leur paroxysme.
II. La plateforme ferme définitivement et se met en liquidation
La plateforme est hors ligne depuis le 14 mai 2019, officiellement pour maintenance. En réalité, l’exchange est en liquidation.

David Ruscoe et Russell Moore, du cabinet Grant Thornton, sont nommés responsables de la liquidation de Cryptopia. Malgré de nombreuses tentatives infructueuses, il a été convenu que la liquidation était la meilleure solution pour l’intérêt des clients, des parties prenantes et de l’équipe.
La liquidation se concentre sur le fait de sécuriser les actifs, notamment pour les parties prenantes. Le trading est évidemment suspendu durant cette période. La complexité de cette affaire, fait que les recherches risquent de prendre plusieurs mois plutôt que plusieurs semaines.
Les clients et fournisseurs seront contactés très rapidement.
La procédure a duré bien plus longtemps que prévu. Le 8 avril 2020, la Haute Cour de Nouvelle-Zélande a jugé, dans Ruscoe v Cryptopia ([2020] NZHC 728), que les cryptomonnaies sont des biens incorporels détenus en fiducie (trust) au profit des titulaires de comptes, et qu’elles échappent donc au pot commun des créanciers non garantis. La décision fait depuis référence en common law.
Les remboursements se sont étalés sur des années : en décembre 2024, les liquidateurs annonçaient avoir distribué environ 400 millions de dollars néo-zélandais à plus de 10 000 titulaires vérifiés, sur près de 960 000 comptes. La liquidation était toujours en cours en 2026. Un ancien salarié, Michael Glaser, a par ailleurs été condamné à de la détention à domicile pour un vol d’environ 250 000 dollars néo-zélandais, affaire distincte du piratage.
Cette histoire rappelle qu’il faut être absolument prudent dans le domaine des cryptomonnaies et ne pas laisser traîner ses cryptoactifs sur une plateforme d’échange. Même un exchange solide n’est pas infaillible : le piratage de Binance, le 7 mai 2019, a coûté 7 000 bitcoins. Souvenez-vous : en 2014, Mt. Gox, qui organisait près de 80% des transferts de BTC, a subi un piratage sans équivalent faisant crasher le marché du Bitcoin.
Voici un article qui revient sur les bonnes pratiques de sécurité à adopter.
-
ÉCONOMIE & MACROPCE : l'inflation core stagne à 3,3 %, la Fed attendue