Voilà déjà plusieurs années que le yuan numérique a surgi sur le devant de la scène chinoise, au fil d’expérimentations à grande échelle. Car, rappelons-le, le RMB numérique (abréviation de « renminbi», l’argent du peuple en mandarin), émanation de la Banque centrale de Chine, la PBoC- ne se réclame pas des CBDC (Central Bank Digital Currency), ou MNBC en français, mais s’affiche comme un DCPE (Digital Currency Electronic Payment).
Pas sûr que la nuance soit d’importance ; ce qui l’est, c’est l’avance prise par la Chine de Xi Jinping en la matière.
Et qu’elle la maintient en testant tous azimuths son nouveau fleuron monétaire. Au printemps 2023, la promotion du e-CNY, autre appellation de cette version 2.0 du yuan, enclenche une vitesse supplémentaire.
Changshu, ville-laboratoire du yuan numérique pour le paiement des fonctionnaires
A cet effet, la ville de Changshu va verser, à partir de mai 2023, la totalité du salaire de ses fonctionnaires et personnels apparentés dans ce nouveau mode de paiement, comme l’ont annoncé les autorités financières de la ville. Sont concernés les agents municipaux, mais aussi enseignants, soignants et salariés d’entreprises et d’institutions publiques. L’initiative n’est pas inédite : la ville avait déjà réglé en e-CNY les heures supplémentaires de quelque 4 900 salariés d’entreprises d’État en 2022, selon le South China Morning Post (SCMP).
Et une continuité pour cette commune de plus de 1 million d’habitants, qui s’inscrit dans la promotion très active du yuan numérique par le gouvernement provincial de Jiangsu. La monnaie y sert déjà à régler les transports et les dépenses de logement des agents publics, et la province prévoyait alors d’étendre d’ici 2025 l’utilisation du RMB numérique aux marchés publics, aux impôts, à l’éducation et aux frais de santé. Une démarche censée le populariser face à WeChat Pay et Alipay, largement préférés par la population.
XuzHou : « La Ceinture et la Route »
Mais Pékin ne limite pas ses ambitions à ses frontières. Dans le cadre de son projet de revitalisation des anciennes routes de la soie, par de nouvelles voies maritimes et terrestres, il veut placer le yuan numérique au coeur de ses échanges commerciaux.
Pour initier le mouvement, il a choisi Xuzhou, point de départ de nombreux trains de marchandises vers l’Asie centrale et l’Europe. La ville est une base de test idéale pour « La Ceinture et la Route », ce « projet du siècle » selon le président chinois. Le e-CNY servira d’abord à régler les services et les frais de stockage des marchandises acheminées, avant un usage plus large sur les routes commerciales du projet.
En plus de Xuzhou, l’Autorité monétaire de Hong Kong (HKMA) a annoncé, selon le SCMP, que la Grande Baie Guangdong-Hong Kong-Macao servirait aussi de terrain d’essai aux paiements transfrontaliers en yuan numérique.
De bonne augure pour Pékin au moment où une partie du commerce international cherche à se distancer du dollar. En mars 2023, la Chine a signé avec le Brésil, son partenaire de l’alliance BRICS, un protocole pour régler leurs échanges en yuan et en réal, après des accords comparables avec la Russie et l’Argentine.
Le déploiement s’est poursuivi depuis. La PBoC a fait état, fin novembre 2025, de 3,48 milliards de transactions en e-CNY pour 16 700 milliards de yuans (environ 2 370 milliards de dollars) cumulés depuis le début des tests. Le volet international a pris corps le 24 septembre 2025, avec l’ouverture à Shanghai d’un centre opérationnel international de l’e-CNY dédié aux paiements transfrontaliers. Et depuis le 1er janvier 2026, les banques doivent rémunérer les soldes des portefeuilles e-CNY selon la réglementation applicable aux dépôts, rapprochant la monnaie numérique de banque centrale d’un dépôt à vue plutôt que d’un équivalent d’espèces.
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