En mars 2022, un amendement au règlement MiCA propose d’interdire les blockchains Proof of Work (PoW) en Europe à partir du 1er janvier 2025, visant en premier lieu Bitcoin. La levée de boucliers de l’industrie force le report du vote. L’amendement est finalement rejeté. Retour sur cet épisode fondateur du débat énergie-crypto en Europe, dont les effets se prolongent en 2026.

En bref

  • Un amendement MiCA veut interdire les blockchains PoW pour “mécanismes de consensus écologiquement non durables”
  • Bitcoin est visé en premier lieu, avec une date butoir fixée au 1er janvier 2025
  • Le vote est reporté de 2 à 4 semaines après une mobilisation sans précédent de l’industrie crypto
  • Stefan Berger, rapporteur de la commission économique, déclare que la directive “ne doit pas être interprétée comme une interdiction de facto du Bitcoin”
  • L’amendement PoW est finalement retiré avant le vote final de MiCA en avril 2022
Chronologie MiCA et amendement PoW 2022Frise chronologique : amendement PoW soumis (feb. 2022), vote reporté (mars 2022), amendement retiré, MiCA voté sans restriction PoW (avril 2022).MiCA et Proof of Work : chronologie 2022Fev. 2022AmendementPoW soumisMars 2022Vote reportéLobbying intenseAvril 2022AmendementretiréJuin 2023MiCA publiésans PoW ban

Que proposait exactement l’amendement PoW dans MiCA ?

L’amendement vise les blockchains dont le mécanisme de consensus est jugé “écologiquement non durable”. Le texte ne cite pas Bitcoin explicitement, mais la cible est évidente : le Proof of Work, utilisé par Bitcoin et, à l’époque, par Ethereum avant son passage au Proof of Stake en septembre 2022. La date butoir du 1er janvier 2025 aurait contraint les acteurs européens à cesser toute activité sur ces blockchains ou à les migrer vers un autre mécanisme de consensus.

Stefan Berger, président de la commission économique du Parlement européen et rapporteur en charge du vote, est contraint de préciser publiquement que la directive MiCA “ne doit pas être interprétée à tort comme une interdiction de facto du Bitcoin”. Cette clarification, jugée insuffisante par l’industrie, confirme néanmoins que l’amendement pouvait légitimement être lu ainsi. Le vote est reporté de deux à quatre semaines sous la pression combinée de l’industrie et de plusieurs délégations nationales.

Quels sont les vrais enjeux énergétiques du débat PoW en Europe ?

La consommation électrique du réseau Bitcoin est réelle et mesurable. Le Cambridge Centre for Alternative Finance (CCAF) estime la consommation annuelle du réseau Bitcoin entre 100 et 150 TWh selon les périodes (CCAF - CBECI, 2022). C’est comparable à la consommation annuelle de pays comme l’Argentine ou la Norvège. L’argument écologique n’est pas infondé sur ce seul chiffre brut.

Mais le mix énergétique du minage nuance fortement ce constat. En 2022, après l’expulsion des mineurs de Chine en 2021, une part croissante du minage mondial se concentre dans des régions à forte capacité en énergies renouvelables (Islande, Scandinavie, Texas hydraulique). L’ADAN soulève un argument de souveraineté numérique dans sa position officielle : interdire le PoW en Europe revient à déléguer la sécurisation des transactions futures à des acteurs non-européens, sans réduire d’un watt la consommation globale du réseau.

L’argument de souveraineté : pourquoi l’ADAN s’oppose-t-elle à l’interdiction ?

L’Association pour le Développement des Actifs Numériques publie une position claire contre l’amendement PoW. Son argument central porte sur la compétitivité et la souveraineté numérique européenne. Interdire le PoW en Europe ne supprime pas le réseau Bitcoin, qui continue de fonctionner via des nœuds et des mineurs situés hors UE. Elle élimine simplement la capacité européenne à participer à la sécurisation de ce réseau.

L’ADAN formule ainsi le risque : “L’Europe sera entièrement dépendante d’acteurs étrangers pour soutenir son économie numérique.” Ce raisonnement est proche de celui utilisé pour justifier la politique industrielle européenne dans les semi-conducteurs ou les batteries. Abandonner la capacité de minage européenne, c’est accepter que les validateurs de transactions numériques futures soient hors de portée réglementaire européenne.

Qu’est-il arrivé à MiCA et au PoW depuis 2022 ?

MiCA est publié au Journal Officiel de l’Union Européenne en juin 2023, sans aucune restriction sur le Proof of Work. L’amendement est complètement retiré lors des négociations finales. La régulation entre en application progressive entre 2023 et 2024. Elle couvre les émetteurs de crypto-actifs, les prestataires de services, et les stablecoins, mais ne touche pas aux mécanismes de consensus.

En 2026, le débat énergie-crypto s’est déplacé. La Commission européenne travaille sur un cadre de reporting des émissions carbone pour les actifs numériques. Bitcoin reste en dehors du champ de MiCA stricto sensu, classé comme “crypto-actif décentralisé”. Le débat sur l’empreinte énergétique persiste, mais le scénario d’une interdiction directe du PoW semble écarté pour la prochaine décennie en Europe.

Questions fréquentes

Le Proof of Work a-t-il finalement été interdit en Europe ?

Non. L’amendement proposant l’interdiction des blockchains PoW est retiré avant le vote final sur MiCA en avril 2022. Le règlement MiCA, publié en juin 2023 et entré en application en 2024, ne contient aucune restriction sur le mécanisme de consensus. Bitcoin reste accessible et échangeable en Europe dans le cadre réglementaire MiCA.

Quelle est la consommation énergétique de Bitcoin en 2026 ?

Le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index (CBECI) reste la référence. La consommation du réseau Bitcoin fluctue avec le hashrate et le prix. En 2022, elle était estimée entre 100 et 150 TWh annuels. La proportion d’énergies renouvelables dans le mix des mineurs augmente progressivement, sans consensus sur le chiffre exact en 2026.

Qu’est-ce que MiCA couvre exactement pour les investisseurs particuliers ?

MiCA encadre les émetteurs de crypto-actifs (obligation de livre blanc), les fournisseurs de services sur crypto-actifs (CASP, équivalent des prestataires de services en actifs numériques - PSAN français), et les stablecoins. Les investisseurs particuliers bénéficient d’obligations d’information et de protection contre les abus de marché. Bitcoin et Ether, considérés comme “suffisamment décentralisés”, restent hors du champ principal de MiCA.

Sources

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